05 novembre 2009
Tu veux donc je suis
Dans mon sac, le livre.
- Je suis venue vous le montrer, mais je ne sais plus si c'est ce que je dois faire.
_ Pourquoi voulez-vous me le montrer
- Je ne sais pas. Pour concrétiser mon projet?
_ Mais il est déjà concrétisé votre projet. Vous voulez que je le lise?
- Nonnnnnnnnn
_Alors vous me demandez quoi exactement?
-Je ne sais pas. J'imagine que si je vous le montre c'est pour déclencher la suite. Je suis bloquée. Tout à coup, j'hésite, je doute, j'ai peur, je panique.
_Pourquoi vous paniquez?
-Parce que des personnes me l'ont commandé.
_C'est ce que vous vouliez non?
- Non! Enfin oui! Mais j'ai peur de les décevoir.
_ Mais ces gens vous connaissent à travers ce que vous avez déjà écrit. Ils ont envie de lire ce livre. Pourquoi essayer de penser à leur place?
- Oui, c'est vrai, mais tout à coup, tout devient concret, et je ne me sens pas d'attaque. J'ai besoin de reprendre confiance en moi.
_ C'est ce que vous me demandez? Que je vous donne l'autorisation de continuer?
- Je ne sais pas, peut être oui.
_ Alors pourquoi me le montrer? Ce n'est pas utile puisque vous ne voulez pas que je le lise. Et de toute façon, vous êtes seule à décider.
- Je crois que ce n'est pas votre autorisation que je cherche mais le rejet.
_ Expliquez vous.
- J'attends de vous que vous me disiez de tout arrêter.
_ C'est pour ça que vous voulez me le montrer?
- Oui, il n'est pas tout à fait fini. J'imagine que je cherche votre désapprobation. Vous voyez le livre, vous le trouvez moche. Vous lisez le résumé, vous le trouvez nul. Et vous me dites que tout ça est débile.
_ Ce que vous cherchez, c'est donc a être rejetée.
- Sans doute, c'est mieux que la peur de décevoir.
_ Mais ce n'est pas l'enfant que vous étiez qui a écrit ce livre. C'est l'adulte que vous êtes aujourd'hui. Imaginez que les gens qui sont en face de vous, ceux qui vous connaissent un peu soient bienveillants, et ils le sont puisqu'ils aiment ce que vous écrivez. Pourquoi ne pas accepter les choses comme elles sont, plutôt que de faire remonter des émotions négatives.
Je ne veux pas voir ce livre, puisque vous me demandez quelque chose que je ne suis pas en droit de vous accorder, ou de vous refuser.
- Vous me laissez me dépêtrer toute seule alors?
_ Oui! Vous avez bien écrit ce livre toute seule. Ce projet, il est terminé, vous avez été au bout, ce n'est pas a vous d'écrire la suite de cette histoire, mais à vos lecteurs.
- Et si je me trompais? Si ....
_ Si rien du tout! Vous vendez le fruit de votre travail. A eux de juger si LE livre est bon ou pas. Cela ne remet pas en cause l'amitié qu'ils ont pour vous.
Le livre est resté dans mon sac. Et moi je cherche toujours à ce qu'on m'empêche de me réaliser, comme si cela m'était interdit.
J'ai peur de penser par moi-même. J'oublie de me reposer sur la bienveillance de ceux qui m'aiment un peu, beaucoup, pas.........
C'est pourquoi quoi qu'il arrive, je vais terminer ce foutu bouquin et ne plus me poser de question.
25 septembre 2009
Accepter les compliments
« C'est la première fois que vous m'en parlez! »
Voilà ce qu'il m'a dit. En deux ans, c'est la première fois que je parlais de l'écriture et du piano.
Ce sont les 2 choses les plus passionnantes pour moi et je n'en n'ai jamais parlé à mon psy.
On a parlé de mes progrès, de mes échecs dans ma thérapie comportementale.
On a mis en place des objectifs.
Au début, j'ai parlé des attaques de panique, puis de l'agoraphobie.
Ensuite on a bifurqué sur mon plus gros handicap: l'anxiété sociale (il préfère ce mot à phobie)
Des petits trucs pour affronter, il m'en a donnés plein. J'ai essayé de faire mes devoirs au mieux. Je rendais mes exercices à temps: un café par ci, une autoroute par là, un pétage de plomb au boulot, quelques vérités bonnes à dire, envoyées par ci par là.
Depuis le début du mois, je n'ai plus à « affronter ». Boulot terminé, plus de pression.
Alors je me recentre sur moi et sur ce que je veux faire.
Des décisions à prendre, je ne sais pas comment m'y prendre. Il me donne une astuce:
« Écrivez le pour et le contre et pour chacun les conséquences que ça entraîne. Mettez des points, faites le calcul et prenez la décision en fonction du résultat »
Bien! Tout ça paraissait simple. Pas tant que ça. J'ai mis le pour et le contre puis j'ai été incapable de poser les conséquences, ni de mettre une note.
Ce sera pour la prochaine fois. Mais le positif c'est que dans le POUR, j'ai mis:
Je me remets réellement à travailler le piano
Je prends plus de temps pour écrire et lire
Je finis de corriger mon livre et en écrire un autre.
C'est là qu'il m'a coupée.
« Vous n'en n'avez jamais parlé, c'est ce qu'il y a de plus important dans votre vie et je l'apprends aujourd'hui »
Parce que ce n'est pas si important, je joue très mal et je n'écris que pour me défouler.
« On ne vous fait pas de compliments sur votre écriture? »
Si et ils sont souvent positifs.
« Alors? Vous ne les croyez pas? Ou bien vous refusez les compliments! »
Je les refuse car je ne sais pas quoi en faire. Je pense qu'ils se trompent! J'ai toujours l'impression qu'on parle de quelqu'un d'autre, que ce n'est pas moi, ou bien qu'ils mentent ou bien qu'ils ont juste envie de me faire plaisir.
« Pourquoi vous les refusez? »
Bonne question, je n'en n'ai aucune idée........... Je crois que c'est parce que j'ai peur!!!
"C'est un schéma que vous reproduisez à l'infini.
C'est comme un mauvais pli sur une feuille de papier, on n'arrive pas à le faire partir. Il faut alors déplier la feuille, bien la plisser et la replier correctement".
Je ne sais pas comment m'y prendre!
"Nous verrons ça la prochaine séance!!!!!!!!!!!!!!"
En rentrant chez moi, j'ai eu l'irrésistible envie de lui téléphoner à lui, mon ami de là-bas, pour lui poser la question, pour apprendre à accepter sa réponse que pourtant je connais depuis longtemps.
« Réellement, tu crois qu'il est bon mon livre? »
Maintenant, je vais essayer d'accepter sa réponse.......... Je suis quand même en train de le corriger ce livre. Laissé en plan depuis 2 ans et demi, il était temps!
01 mai 2009
Mot pour mot
......Il y a des jours où mes mots restent désespérément bloqués à l'intérieur de moi au lieu de pouvoir s'exprimer sur une feuille, des jours où je suis incapable d'expliquer le pourquoi des choses, ce que je ressens, comment je ressens.... Je sais seulement que c'est comme un cri du ventre......
Mot pour mot ce que j'aurais sans doute écrit il y a peu de temps encore. Et pourtant pas de moi mais de l'auteur d'un mail à mon intention.
Un cri du ventre, peut être parce que la vie vient de là, du creux de ce ventre capable d'extirper le meilleur en donnant la vie, comme de cacher le pire dans le fond de ces entrailles. A l'endroit le plus protégé, le plus intime de son corps de femme qui crie en silence, sans aller au delà des limites de ce monde intérieur.
Cri de ventre parce que ce ventre trouve son essentiel dans le respect de ce qu'il protège. Trop beau ou trop laid pour être étalé au grand jour.
Cri du ventre parce que cri de l'enfant à naître, conscient des emmerdes dans lesquelles il sera propulsé dès la sortie du tunnel.
Cri du ventre, parce que les mère pleurent fort, mais crient en silence, leur colère, leur révolte.
Petites fourmis qui s'activent, dans l'indifférence des grands décideurs, pourvoyeurs de mort et de guerres incessantes. Armée de fourmis besogneuses qui ne livrent jamais bataille avec armes et fracas, mais avec patience et amour, afin de protéger la vie qu'elles ont enfantée.
Cri du ventre parce qu'une vie se façonne dans un acte d'amour, et s'arrache de votre ventre en un acte violent et douloureux, qui vous laisse entre deux rives.
Partagée que vous êtes entre le bonheur de pouvoir bercer l'enfant né de vos entrailles, et la douleur de vous savoir déjà condamnée à lui apprendre à quitter le nid pour son monde à lui.
Cri du ventre parce que dès l'instant ou l'acceuil n'est pas celui espéré, vous petit enfant, vous ne rêvez que d'appuyer sur la touche stop/rewind. Revenir en arrière. On peut refaire la scène siouplait? Ils ne savaient pas leur texte, le père dit et fait n'importe quoi et la mère n'a pas appris à dire je t'aime. Mauvais navet. Retournez au tout début et recommencez.
Pas possbile? On n'est pas dans un film? Alors juste retrouver le ventre bien chaud et surtout y rester. Attendre que l'orage passe, une génération ou deux. Ou peut être même ne plus y penser et revenir encore plus en arrière.
Voyage dans le passé. C'est pas un titre de film?
Mais c'est l'histoire sans fin qui tourne en boucle.
Une grain de sable, coincé dans un ventre, qui crie sa douleur, et qu'on a tant recouvert d'autres détritus, qu'on si'magine ne jamais avoir le courage de faire ce qu'il faudra bien faire un jour, pour enfin se sentir vivre: un grand néttoyage de printemps.
Vider la corbeille et récupérer ce petit grain de sable, qui est finalement abordable puisqu'il fait partie de nous, et qu'on apprend à aimer, puisqu'il nous a construit tel qu'on est.
Et on est pas si mal que ça, vu la charge de détritus qu'on traîne derrière soi.
Parce que sinon, on est aussi humain. Mais pour le coup, y'a rien à faire du tout!
31 mars 2009
Mauvaise journée
Mauvaise nuit.
Mauvais réveil.
Jour de repos sans repos.
Une demie-heure de psy: rien à dire.
Je fais semblant, j'énumère sans grande conviction.
Il faut continuer à « travailler seule, rester à la même place tant qu'il y a une once d'angoisse »
A ce rythme là, le café aura pris sa retraite avant que j'ai eu le temps d'en faire le tour.
Faire le tour: comprenez (pour ceux qui suivent, et ils sont pas légions) se déplacer dans le café, changer de place. Dedans, sur la terrasse. Demander un verre d'eau, enlever lunettes de soleil, aller aux toilettes. Bref tout ce que fait une personne « normale » dans un café, sans y penser.
Le faire sans y penser, avant de passer à autre chose.
Il est content de mes progrès. Moi, pas, mais je ne le suis jamais.
Je souris en lui serrant la main.
Prochain objectifs écrits de ma main sur un bout de papier:
venir la prochaine fois après avoir enlever la petite boîte de cachets miracles de mon sac
Je me souviens plus
J'ai pas la tête à ça.
Je suis pas en forme, jour de repos sans repos. Je rentre. J'ai le sentiment que je tourne en rond: mauvais signe.
Je me plante au milieu de mon salon. Je laisse monter cet irrépressible besoin de...... Tout déménager.
Pour la énième fois.
Le psy m'a donné la marche à suivre lorsque mon cerveau a une des ces idées fixes.
Je me fous de ce qu'il a dit, il faut que ça bouge.
Une journée de repos sans repos. Une tornade se déplace dans la maison.
Consciencieusement, pièce par pièce, j'enlève, je vide, je remplis, je déplace.
Ce meuble? A dégager, il sera mieux! Ailleurs! Dans la salle de bain tiens!
Le lit? À déplacer, je le tourne dans un sens, dans l'autre, aux 4 coins de la chambre, jusqu'à ce que je trouve l'emplacement idéal pour chaque meuble et moindre bibelot.
Puis je passe à une autre pièce. Rien ne m'apaise, ça bouge dans tous les sens. Je me sens épuisée mais je continue car rien ne pourras m'arrêter tant que le dernier objet n'aura pas trouver la place qui lui incombe cette fois.
18h: le téléphone sonne!
Maman, j'ai craqué! Elle me raconte en larmes l'angoisse qui la étreinte dès 5h du matin, puis la crise de panique qui l'a envahie au moment de partir.
Elle l'a fait, dans un état second, et elle hurle au téléphone:
« Je pouvais y arriver, et cette putain de phobie va me faire échouer sur la dernière marche.
Personne à qui expliquer. Expliquer qu'une salle d'examen peut devenir une arène où la mort va se jeter sur moi. Comment dire?
« Tu y es allée, tu l'as fait. Peu importe le résultat, je suis si fière de toi.
Et ce soir, je te parlerai au téléphone juste avant que tu t'endormes.
Et demain dès ton lever je serai là aussi, pour que tu ne sois pas seule avec ta peur.
Et si cette nuit, la douleur t'envahie, appelle. Je te donnerai toute la force nécessaire pour que tu arrives au bout de cette semaine marathon, pour que cette année ne soit pas un échec, pour que tu puisses dire: je l'ai fait.
Un jour de repose sans repos. Je ne comprenais pas pourquoi. Je sais maintenant.
Mon enfant vit encore dans mes entrailles. Je souffre avec elle sans en avoir conscience.
Mais quand il faut affronter, je le fais aussi, pour elle, avec elle.
Pour ne plus jamais revivre cet examen auquel je n'ai pas été, par peur de je ne sais quel monstre près à bondir sur moi et stopper mon désir d'aller de l'avant.
Il y a déjà plus de 20 ans. Pendant que d'autres bûchaient pour y arriver, j'entendais des blouses blanches me crier: ne dormez pas, ne dormez pas. Combien avez vous pris de cachets. Et je sentais un tuyau s'enfoncer dans mon nez, et des aiguilles dans mes bras.
Mourir plutôt que d'affronter. Comment peut-on en arriver là?
11 mars 2009
Le mal à l'âme
Il est plus facile de maîtriser l'amour que l'on porte aux autres, que l'amour que l'on vous porte.
Celui là, vous ne pouvez pas le doser, vous n'avez aucune influence sur lui, si ce n'est celle de le rejeter.
Il m'arrive souvent de me dire que je ne sais pas aimer. J'aime "trop fort". Vous savez lorsqu'on est petit, on dit "je t'aime grand comme ça" en étendant ses bras le plus loin possible.
J'aime comme ça. J'étends les bras si loin que je n'arrive plus à les refermer. Alors je vacille, sous le poids de cet amour, des coups de vents, des coups du sort qui peuvent l'emporter.
La vérité c'est que j'ai peur de tout ce qui fait du mal à l'âme. Et l'amour mal construit, mal utilisé, mal perçu, peut faire de gros dégâts à l'âme.
J'aime la solitude, parce qu'elle me rassure, parce que je la maîtrise? Parce que finalement je ne suis jamais seule, tant mon monde intérieur est peuplé de sensations, de sentiments, d'idées, de scénarios.
Dans mon monde intérieur, j'aime, je déteste, je prends des décisions que je ne conteste pas. Je ne culpabilise pas, je n'ai ni honte, ni froid, ni mal ni peur.
Je n'entretiens pas l'amitié en général. Quand elle commence à prendre trop de place, je m'éloigne tout doucement, naturellement, je m'efface un peu et puis un peu plus. Je rentre dans ma bulle.
L'amitié qui prend de la place, c'est un regard qui devient plus critique, un respect que j'ai peur de ne pas honorer, une confiance qui me pèse, une attente peut être que je sais ne pas être capable d'assumer.
Le paradoxe c'est qu'en face, on s'imagine que je m'éloigne par désinterêt, par égoïsme peut être.
Alors je rentre tout naturellement dans ma bulle, que je ne referme pas tout de suite. Je laisse un porte ouverte, entrouverte.
Car je suis faite de paradoxes, le contact me fait peur mais j'ai besoin de ce contact pour donner ce que j'ai à donner, et prendre une raison de vivre.
13 janvier 2009
Mon psy et moi (3)
Je suis dans ce café.
Je n'ai plus à me concentrer sur mon café, sur un détail, sur un point précis.
Je suis là et bien là dans ce café.
On peut dire que vous maîtrisez?
Tant que rien ne se passe d'imprévu, oui je maîtrise.
Je suis assise sur la banquette, face à la porte d'entrée, toujours à la même place.
Je maîtrise.
Nous pouvons aller plus loin maintenant?
Oui, nous pouvons.
Un objectif précis? Quel sera le suivant?
Je vais essayé de changer de place dans le café.
Bien! C'est à dire?
Je vais tourner le dos à la porte d'entrée.
C'est difficile?
Oui, cela me paraît impossible!
Pourquoi?
Parce que je ne vois plus l'extérieur.
Que peut-il arriver si vous ne voyez pas l'extérieur?
Je ne maîtrise pas ce qui m'entoure.
Pourquoi vous ne maîtrisez pas? En quoi vous ne maîtrisez pas?
J'ai l'impression que je respire moins bien, que le café est plus petit, que je suis enfermée.
Respirez-vous moins bien?
Quand je panique oui!
Parce qu'il y a moins d'air?
Non, il y a le même air que lorsque je fais face à la porte.
Alors il n'y a pas de danger de manquer d'air?
Non!
Le café est-il plus petit? Êtes-vous enfermée?
Non! Enfin pas plus que lorsque je faisais face à la porte.
Alors vous allez faire quoi la prochaine fois?
Je vais me mettre dos à la porte.
05 décembre 2008
Juste un café
Seule dans ce café, devant mon café, je dois sans cesse garder mon esprit connecté à la réalité.
Rien d'autre qu'un café brûlant devant moi, un expresso comme je les aime, deux sucres, un petit chocolat posé sur l'assiette.
Rien d'autre qu'une petite cuiller qui tourne dans le liquide sombre.
Rien d'autre que le métal qui cogne, deux fois, contre le rebord de la tasse. Ne pas en perdre une goutte. J'aime fignoler, ça me rassure.
Ne pas laisser mon esprit "partir en vrille" comme le dit mon psy.
Ne pas contrôler à tout prix. Juste ne pas partir ailleurs que dans ce café, devant ce café que je vais déguster.
Ne pas laisser les prémices d'une quelconque angoisse me prendre en otage.
C'est un travail de tous les instants.
Je connais tous les muscles de mon corps, de mon coeur dans les moindres recoins. Je les sens se mettre en mouvement dans un ballet sans fin dès que le stress m'étreint.
Reconnaître les prémices de l'émotion naissante, celle avant la sensation de danger puis la peur, puis la panique.
Désamorcer la bombe. Revenir à l'essentiel: l'odeur du café, la brillance de la cuiller, la rondeur du chocolat.
Ne pas laisser l'émotion aller chercher ailleurs, dans mon passé, une autre émotion, violente, intolérable, destructrice. Rester dans le réel, s'accrocher tant et plus au présent:
Le goût du café dans ma gorge serré.
Ne pas laisser la première once de douleur, celle qui signerait l'échec.
Parce qu'elle serait immanquablement suivie d'une déferlante qui annoncerait la fuite.
Rester concentré sur mon café. Mettre mon énergie dans l'instant présent et rien d'autre.
Et tout à coup, en une fraction de seconde, être là, bien présente dans le brouhaha de ce café, réchauffer ma main entourant la tasse brûlante. Et déguster, enfin déguster, quelques gorgées de café.
Je suis là, bien ancrée dans le présent et je savoure, je savoure la liberté d'être juste vivante. Si vous saviez le bonheur que cela procure. Ne courez plus. Vivez juste le moment présent, vous que rien n'enchaîne!
11 novembre 2008
Mon psy et moi (2)
Je marche vite.
Je marche vite et tête baissée.
C'est tellement ancré en moi que je ne m'en rends même plus compte.
Je ne suis pas physionomiste, et pour cause, je marche tête baissée.
Je me souviens des personnes par une odeur, un détail, une anecdote, une posture.
Je ne reconnais pas leur visage, leur corps, leur façon de s'habiller.
Moi: Je marche vite
Psy: pourquoi vous marchez vite
Moi: par habitude, pour aller vite
Psy: pourquoi aller vite?
Moi: Pour ne pas être en retard
Psy: pourquoi seriez-vous en retard?
Moi: parce que si je ne marche pas vite, je serais en retard.
Psy: partez plus tôt!
Moi: vous savez que c'est impossible, que c'est tout mon fonctionnement que je devrais revoir.
Psy: alors commencez par prendre le temps d'observer autour de vous, de lever la tête et de regarder autour de vous. Si on commençait dans le café? Disons que cela fait partie du prochain exercice
Je marche vite pour ne pas arriver en retard. Si je ralentis je sais que je serai en retard.
Je ne veux pas être en retard, cela déclencherait une attaque de panique.
C'est pour cette raison que je marche vite.
Et si je pars plus tôt, je risque d'arriver à l'avance. Attendre m'est insupportable.
Attendre trop longtemps déclencherait une attaque de panique, c'est pourquoi je pars au dernier moment.
Je tiens compte du fait que je risque d'attendre un peu, on attend souvent dans les salles d'attentes.
Alors je pars presque en retard, et je marche vite, pour arriver juste à l'heure.
Si j'attends , cela sera quelques minutes ( pas plus n'est-ce pas? C'est sûr? Car je paniquerai!) et quelques minutes, je peux gérer, mais pas une de plus. C'est pourquoi je dois arriver juste à l'heure.
Je marche vite et j'arrive à l'heure. J'attends à peine quelques minutes car c'est lui qui est en retard.
Moi je suis pile à l'heure.
Psy: Qu'est-ce qui se passerait si vous étiez en retard?
Moi: je paniquerai
Psy: Prenez le risque
Moi: Je ne veux pas prendre le risque, cela me compliquerait, et il faudrait que je revois tout mon système de préparation.
Il faudrait que je parte plus tard, mais à quel heure? Je ne suis jamais en retard. De combien a-t-on le droit d'être en retard sans être « jugé », sans passé pour une malpolie. Pire, sans se faire remarquer?
Si je pars quelque minutes après, et même si je marche vite, je serai en retard, c'est fatal.
Je vais devoir assumer ce retard. Bien sûr, je n'aurai pas le stress d'attendre dans la salle d'attente, puisque je ne serai pas en avance.
Mais je ne dois pas paniquer, un petit retard de rien du tout, ce n'est pas grave.
Alors pourquoi la simple idée d'être en retard. Pire: de faire exprès d'être en retard, me mets en état d'angoisse.
Psy: nous en reparlerons
Moi: OK! Mais pour l'instant je m'en tiens.....à mon petit café du coin.
28 octobre 2008
Mon psy et moi (1)
Je suis une TCC (thérapie comportementale et cognitive) depuis 1 an.
Je n'en n'ai pas encore parlé ici. Ce n'était pas le moment. Je n'en ressentais pas le besoin. C'était sans doute trop tôt.
Presque 1 an que je vais le voir, une demi heure toutes les semaines durant les 6 premiers mois, puis une par quinzaine.
On a bataillé tous les deux, moi sur mes gardes, lui en attente du déclic salutaire.
J'en ai mis du temps à poser mon sac de maux sur son bureau. J'ai mis encore plus de temps à l'entrouvrir ce sac.
Et puis au bout de quelques mois, j'ai vidé une à une les poches et je le fais encore.
En prenant soin de déballer en vrac sur son bureau, et de bien le laisser là avant de partir, entre de bonnes mains.
Parce que ce que je vide est en attente. En attente d'être trié, ordonné, nettoyé, et rangé.
Et puis le jour où j'ai senti que je nous faisais confiance, tout a été plus vite.
C'était le jour où je préférais ne pas y aller, pour ne pas avoir à lui dire que je ne faisais pas les exercices, que je n'y croyais pas, que je ne me sentais pas prête.
J'ai fini par y aller, parce que je n'aime pas tricher.
Et dans la salle d'attente, j'ai décidé de lui mentir, de lui dire que je faisais les exercices, que ça marchait de mieux en mieux, que je voulais continuer.
Mais face à lui je n'ai pas voulu mentir, je ne sais pas mentir.
Alors je lui ai dit que je ne faisais pas les exos, et puis je lui ai déballé que j'avais failli ne pas venir, et même lui mentir, pour ne pas......... Le décevoir!
« Mais vous ne me décevrez jamais. Est ce que je vous donne l'air d'être déçu? Me voyez vous comme un juge? Si oui, si ce que vous percevez vous inquiète, dites le moi, que je m'adapte à vous.
Quand à cette thérapie, elle est en perpétuel ajustement, à vous, à ce que vous êtes, à comment vous percevez votre environnement. C'est vous qui me guidez.
Nous irons à votre rythme, et si un chemin est trop difficile, nous en essaierons un autre.
Vous choisirez jusqu'où vous voulez aller. C'est à vous de fixer les règles »
Un accompagnement, c'est ce dont j'ai besoin. Une oreille attentive qui sait comme les mots peuvent peser lourds.
« J'entends ce que vous exprimez! » me répète-t'il dès qu'un mot important est exprimé.
Il m'écoute parler, il entend. Il note très peu. C'est moi qui fixe les objectifs, à mon rythme. Ce dont j'ai besoin, pas de chaînes, pas de limites, pas de contraintes, par d'obligation.
J'ai trouvé un psy qui ne jure pas au grands dieux qu'il va me guérir, mais au moins m'aider à aller mieux.
J'ai trouvé quelqu'un qui ne me guide pas, mais qui m'accompagne, à mon pas, que je sais libre d'accélérer ou pas.
Et c'est de ça dont j'ai besoin. Je sais déjà des tas de choses sur moi, sur ce que je suis, sur ce que je veux, sur ce qui me guide et ce qui fait ma différence.
Je me suis apprivoisée au cours de ces dernières année. Ce que je veux maintenant, c'est m'envoler.
Je veux palper mes ailes. Les utiliser m'importe peu. Juste savoir que je ne suis pas emputée de mon désir d'envol.
Mon 1er objectif, il était tout con, vraiment très con.
Faire 2 choses somme toute tellement banale pour le commun des mortels.
Parler de mon père à mon psy
Rentrer dans un café. Passer la porte, m'asseoir, commander un café et le déguster.
Facile me direz-vous? Terrorisant pour moi.
18 septembre 2008
Transfert
On peut appeler amour, passion, attachement viscéral, une relation avec l'autre.
Il n'en reste pas moins que cette relation particulière est souvent un transfert.
C'est difficile d'admettre qu'on fait un transfert. D'autant plus que la plupart du temps, cela arrive lorsqu'on est fragilisé par une rupture, ou un traumatisme (deuil, accident etc.....)
Je crois que ce transfert est bénéfique, que c'est un passage obligé dans un parcours difficile, semé d'embûche, de fausses perceptions, d'espoirs déçus.
Il faut en passer par là pour se reconstruire. A condition de cheminer jusqu'au bout.
On se voile la face un certain temps, parce qu'on veut y croire, on veut penser que c'est possible. Et on pense ne pouvoir se reconstruire qu'à travers un ou une autre. Celui qui devient notre miroir.
Et puis un jour, on finit par comprendre qu'il y a transfert. Qu'il est temps d'ouvrir les yeux, de se l'avouer. Passage obligé pour ne plus se regarder à travers l'autre (ou les autres) mais se tourner enfin vers soi.
Pourquoi c'est lui qui m'a attiré? Pourquoi il est venu vers moi? Pourquoi ce lien si particulier? J'ai l'impression que lui seul peut comprendre (et c'est souvent le cas) C'est lui qui m'aide à voir plus clair en moi, qui m'aide à avancer. Seule je n'y arrive pas, je n'y arriverai pas.
C'est exactement ça un transfert. Et puis on finit par comprendre qu'on peut y arriver seule, parce que dans la vie, notre meilleur ami ne peut être que nous-même. A quoi bon chercher, espérer, attirer, si le fond du problème est le désamour qu'on a pour soi?
Il y a des étapes à passer après un deuil, une rupture.......Des étapes incontournables. Celles que j'ai moi-même franchies après le départ de mon conjoint, et que je résume ici:
Mai 2003: mon conjoint me quitte, après la rencontre avec une autre, plus jeune, plus libre, moins phobique. Sa relation durera 18 mois. Mais pour nous 2, ce sera 4 ans de séparation.
Mai/Août 2003: Je n'ai plus envie de vivre, je me laisse aller.
Août 2003: J'ai peur d'en mourir, je dois faire quelque chose, pour mes enfants, pour ma famille, pour ne pas avoir gâché ma vie pour rien.
Septembre 2003 : Ma mère tombe malade (tumeur au cerveau)Je dois relever la tête, pour elle que j'ai voulu protéger en ne lui disant rien de ma séparation) pour moi, par fierté.
Octobre 2003 Je relève la tête, je recommence à me lever le matin, m'occuper des enfants, de ma mère qui oublie, qui se perd, qui tombe. Je prends à bras le corps mon agoraphobie (ma 1ere étape sera de marcher dans la rue la tête haute). Je décide que ma mère ne subira aucun traitements pour reculer le moment fatal. Pas d'opération, pas de chimiothérapie, ni de radiothérapie. Elle a toujours été très claire sur le sujet, et je respecterai son choix, même si je perds 1 an ou 18 mois de sa vie. Elle partira sans acharnement.
Novembre 2003: Je trouve une clinique près de chez moi, au milieu des bois, un endroit qui accueille maman pour ses dernières semaines. Un endroit apaisant ou nous avons toutes 2 rendez-vous avec sa mort. Nous allons longuement nous dire au revoir, je suis immensément seule près de son lit, seule chez moi, dans ma chambre à pleurer sa mort prochaine.
Décembre 2003: décès de maman, 10 jours avant Noël. Je ne suis plus qu'un poids léger de 45 kilos, avec une force qui grandit en moi, une force de milliers de tonnes.
Début 2004: Je trouve du travail en mars, j'arrête de maigrir, ma force se transforme en détermination. Je dois savoir si je suis encore séduisante, si je peux plaire, si je suis encore capable d'avoir une place dans la société.
Avril 2004, j'entame une relation assez particulière, avec un homme qui n'est pas « libre » et que n'envisage pas, ni lui d'ailleurs, de transformer en vie commune, une relation qui durera jusqu'en juillet 2005)
Durant cette année 2004, Je me libère, des liens qui m'unissaient à mon conjoint, petit à petit, mois après mois. Je me fais mal, je fais mal aux autres. J'extériorise ma douleur. Je fais mes propres expériences. Je recule les barrières du possible.
Juillet 2004: mon ex conjoint demande sa mutation pour une autre région. Pour mettre un terme à sa relation difficile avec celle pour qui il m'a quittée. Chacun sa route, directions opposées.
Décembre 2004, je rencontre (par internet) celui qui me ressemble, qui me comprend. Je fais un transfert. Libérée du lien qui m'a unit pendant presque 20 ans à mon conjoint, mais si fragile, j'ai besoin de reconnaissance, de respect, d'écoute, d'aide. 18 mois après ma « séparation », je découvre celui qui va être mon guide, ma conscience, mon double, mon amour ami confident.
Avril 2005, J'imagine que le lien qui nous unit est un amour passionnel, un lien trop fort pour y renoncer. Je veux plus, je suis sûr d'avoir raison. Une vie loin de cet homme n'est pas concevable. J'ai trouvé le chemin, je dois le parcourir avec celui qui me comprend le mieux.(Je me laisse convaincre qu'il le veut aussi: un année entière à espérer)
Eté 2005, je mets un terme à la relation que j'entretiens avec l'homme que j'ai rencontré en avril 2004. J'ai choisi évidemment un amour impossible, celui qui me lie à cet homme sur qui j'ai fait un transfert, et qui vit à des milliers de kilomètres de moi.
Distance infranchissable, perceptions différentes, complications familiales ou autre chose qui fait que cet amour ne peut se concrétiser dans le temps. (Je le réalise très lentement, au fil des mois qui passent, sans arriver à y renoncer)Eté 2006: J'accuse le coup, je me sens vide, je dois continuer mon cheminement seule. Je réalise que cette relation est un transfert. Je fais le deuil d'un avenir commun, sans pour autant renoncer à l'amour que je lui porte. En même temps, les relations avec mon conjoint deviennent moins conflictuelles. Lui a stoppé sa relation extra conjugale depuis 2 ans. Il s'est fait muté dans une autre région juste après avoir stoppé sa relation avec celle pour qui il m'a quittée.
En général, arrivé à ce stade là, le lien qui unit 2 personnes dont l'une (ou les 2) fait un transfert se coupe de lui même (ce ne sera pas le cas pour nous) Le transfert permet de comprendre que l'on doit avant tout se faire confiance, s'aimer, ne pas se fuir.Début 2007: Je m'apaise. Je continue ma route. Je m'écoute, je cherche qui je suis, ce que je veux. Je réagis moins par excès, par peur, par force. Mon ex-conjoint a changé, il a fait sa route, j'ai fait la mienne. Nous nous redécouvrons.
Juillet 2007, cela fait un peu plus de 4 ans que mon conjoint et moi sommes séparés. Mais depuis 1 an, notre relation n'est plus conflictuelle, nous nous voyons plus souvent, avec les enfants, chacun a fait son chemin de son côté. Ce qui nous amène à réaliser que nous sommes prêts à, non pas « retenter notre chance ensemble » mais construire un avenir commun. Et ça marche: nouveau départ, déménagement, nouvelle ville, nouvelle région, nouvelle vie ensemble (les enfants sont HEUREUX).
Septembre 2008: Je suis enfin capable d'entendre, de ressentir de la sérénité, de retrouver du plaisir à être avec mes enfants, avec mon conjoint, de partager avec eux. Je me sens Aimée. Je ne cherche pas à être comprise à tout prix (je suis ma meilleure confidente). Je ne regrette RIEN. Tout a un sens. J'ai fait les bons choix, à chaque étape de ce cheminement.
Et c'est comme ça qu'on arrive, après bien des années à ressentir un plaisir immense, non partagé, seul(e) allongé(e) dans l'herbe, simplement en ......... admirant les nuages se former dans le ciel.
Et c'est ainsi qu'on se sent en vie juste en sirotant une boisson fraîche assise sur une chaise longue.
Ce parcours initiatique, beaucoup de ceux que je lis par blog interposé l'on vécu, le vivent, ou le vivront. Certains en sont au début, d'autres sont déjà passé à autre chose.
Pour ma part, je pense avoir gagné ce premier combat. Il aura duré presque 5 ans. Et je peux, depuis quelques semaines assurer que j'ai acquis une certaine sérénité.
Quand à la personne sur qui j'ai fais un transfert (il se reconnaîtra) J'ai (nous avons lui et moi) la chance d'avoir su faire évoluer cette relation en une amitié très particulière, à la fois complice et respectueuse de nos différences (et j'ai du mérite, vu son caractère !!! Mais que voulez-vous, c'est mon meilleur ami)
Mon second combat, il dure depuis bien plus longtemps. C'est le combat de toute une vie. C'est celui de la phobie sociale. J'y travaille. Pour celui là, je suis devenue fourmi, consciencieuse et attentive, à mon corps, à ma tête, à ce que je veux réellement.
Je rêve, comme chacun d'entre nous. Je réalise ces rêves à ma façon. Je ne cherche pas à atteindre les étoiles, je veux juste apercevoir la lune, et je fais en sorte que le ciel, juste en dessous, soit toujours bleu.
PS: Je n'étais pas du tout partie pour écrire une si longue entrée, et encore moins pour revenir sur ces dernières années. Surtout que j'en ai longuement parlé il y a ......... Un siècle il me semble.
Je voulais faire une entrée sur le transfert, et puis...... J'ai dérapé sur moi.
J'avais peut être besoin de resservir le couvert une nouvelle fois, de façon méthodique et chronologique. Pour la dernière fois. C'est juré craché!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!