13 octobre 2009
Résonnance
En discutant avec Pati ce matin, puis en laissant un commentaire sur son blog, je n'imaginais pas que nous pouvions à ce point être en « résonance »
Je l'écoutais me parler de son père et en même temps je me disais: ça ne risque pas de m'arriver, mon père vit à 400 km d'ici et nos rapports sont épisodiques. Malgré tout, mon père ayant à peu près le même âge que le sien, je n'ai pu m'empêcher de faire la comparaison.
Et puis, ce soir un coup de fil de mon père.
Contrairement à Pati, mon père a été quelque peu « absent » dans ma vie, si ce n'est physiquement, du moins émotionnellement.
Lorsqu'il m'appelle c'est qu'il ne va pas bien. Mais je ne lui en veux pas, ou disons plus du tout. En tout cas de moins en moins.
Je m'accommode de mieux en mieux de ce père dont je n'ai pas voulu pendant les ¾ de ma vie.
Mon père qui a perdu un oeil accidentellement quand il était enfant, est en train de perdre l'autre. Ça dure depuis un an et il est impossible de lui faire entendre raison pour tout ce qu'il refuse d'admettre, y compris le fait que le traitement ne peut plus grand chose pour lui.
Mon père déprime, et je le comprends fort bien. Perdre la vue, c'est perdre ses repères, son plaisir de jouer de la musique et surtout son envie de vivre.
Le problème c'est que alors qu'il vient chercher du réconfort auprès de moi, il refuse totalement que je lui dise ce qu'il ne veut pas attendre, si bien que lorsque je le sens se refermer, je le rassure en lui donnant raison, pour ne pas accentuer son malaise.
Si bien que je repose en général le téléphone en l'ayant un peu rassuré mais en me mettant dans tous mes états.
Je crois que j'ai fini par accepter ce père différent, mais que cela me pèse tout autant.
Mon père refuse la maison de retraite, et sa plus grande peur est que je l'oblige à y aller.
Je n'ai aucune envie ni intention de faire cela. J'espère qu'il vivra le plus longtemps possible chez lui et je comprends tout à fait sa peur de quitter son appartement.
Il est suivi par une assistance sociale et il a toute l'aide dont il a besoin. Je n'ai pas à m'inquiéter pour ça. Mais ce coup de fil était différent des autres fois. Différent car pour la 1ere fois je l'ai entendu dire des choses que je n'avais jamais entendu auparavant, et je n'ai pas su réagir.
Étant donné son état psychologique l'assistante sociale lui a envoyé une psychologue chez lui. Elle lui a posé des tas de questions et il a pas aimé ça du tout.
Elle a parlé de ses enfants, de sa femme, de nos rapports. J'ai ainsi cru comprendre qu'elle lui avait demandé si il s'était un jour préoccupé de ses enfants, ce à quoi il a répondu que c'est ma mère qui s'en chargeait car lui travaillait.
Elle a encore insisté en lui demandant si il « parlait » avec nous, si il nous posait des questions si il s'était préoccupé un jour de nos soucis, si il savait quelle était notre vie, nos problèmes, si un jour il avait eu un quelconque dialogue avec nous. Ce à quoi il a répondu que non, qu'il ne s'était jamais posé ce genre de question.
Il en est venu à se sentir accusé, jugé, questionné et du coup a refusé le 3ème rendez vous.
Il me racontait ça en me disant:" je lui demandais de m'aider, pas de parler de toi et de ta mère."
J'ai fais des erreurs, mais c'est normal de pas « s'occuper « de ça (parlant des problèmes que j'aurai pu avoir dans ma vie)
J'ai voulu saisir la perche en lui expliquant qu'elle était là pour l'aider et que parler de lui, de nous pouvait l'aider il a coupé court en m'expliquant qu'il avait pas attendu d'avoir 79 ans pour se faire engueuler par une étrangère et qu'il demandait qu'on s'occupe de lui, pas qu'on l'emmerde avec ce genre de truc.
En écrivant ça, je n'ai aucune amertume, ni aucune mauvaise pensée par rapport à lui.
C'est la première fois qu'il abordait ce genre de sujet avec moi. L'histoire d'un dialogue, d'une rencontre, d'un échange avec son enfant. Et c'était pour me dire qu'il rejetait toute discussion de ce genre.
C'est peu mais ça me suffit. Car sans presque rien me dire, il disait ce que je voulais entendre.
Un personne étrangère qui ne me connaît pas, qui lui a juste posé quelques questions, mettait le doigt là où ça faisait mal. Elle avait tout de suite saisi le personnage. En quelque sorte, en lui parlant un peu, elle donnait un sens à mon mal. Elle mettait juste un petit accent sur qui il était. Elle lui faisait un petit signe sur ce qu'il aurait du être. Elle suggérait que ses enfants et sa femme avait souffert de son comportement.
Il ne l'a pas accepté mais il a été obligé d'entendre un minimum, et il me l'a rapporté.
Et c'est énorme pour moi.
Je ne me suis pas engouffrée dans cette brèche. J'ai essayé mais je l'ai paralysé. J'ai senti que j'allais perdre le peu de liens qui nous unissait encore. J'ai préféré me taire,et le rassurer.
Non ce n'était pas grave. Je n'avais pas de problème. Je n'avais pas l'intention de l'obliger à quitter l'appartement. J'irai le voir très bientôt (2 ans et demi que je ne l'ai pas vu!)
J'avais le coeur très gros après. Avoir ne serait-ce qu'une bride de conversation sur ce qu'il avait été pour nous, ça m'a d'abord anéanti. Sans doute parce que tout est remonté à la surface.
Alors j'ai fait ce que je sais faire le mieux dans ces cas là: écrire ceci.
Je me sens apaisée Je ne lui en veut absolument pas.
Je le sais depuis toujours, mon père est un enfant.
A 10 ans, c'est dur de se charger d'un enfant quand on l'est soi même.
A 20 ans, on maudit la terre entière de grandir en traînant un enfant comme père.
A 40 ans on souffre de ne pas pouvoir se débarrasser de sa peine. Mais un enfant ne peut pas tout entendre.
A 49 ans, il est temps d'accepter, et d'apprendre à aimer cet enfant, puisqu'il n'y a rien d'autre à faire.
Est-ce que j'aime mon père?
Non, je n'aime pas le père, mais je suis bien obligée de constater que l'enfant qu'il demeure me condamne à l'aimer pour le protéger.
31 mars 2009
Mauvaise journée
Mauvaise nuit.
Mauvais réveil.
Jour de repos sans repos.
Une demie-heure de psy: rien à dire.
Je fais semblant, j'énumère sans grande conviction.
Il faut continuer à « travailler seule, rester à la même place tant qu'il y a une once d'angoisse »
A ce rythme là, le café aura pris sa retraite avant que j'ai eu le temps d'en faire le tour.
Faire le tour: comprenez (pour ceux qui suivent, et ils sont pas légions) se déplacer dans le café, changer de place. Dedans, sur la terrasse. Demander un verre d'eau, enlever lunettes de soleil, aller aux toilettes. Bref tout ce que fait une personne « normale » dans un café, sans y penser.
Le faire sans y penser, avant de passer à autre chose.
Il est content de mes progrès. Moi, pas, mais je ne le suis jamais.
Je souris en lui serrant la main.
Prochain objectifs écrits de ma main sur un bout de papier:
venir la prochaine fois après avoir enlever la petite boîte de cachets miracles de mon sac
Je me souviens plus
J'ai pas la tête à ça.
Je suis pas en forme, jour de repos sans repos. Je rentre. J'ai le sentiment que je tourne en rond: mauvais signe.
Je me plante au milieu de mon salon. Je laisse monter cet irrépressible besoin de...... Tout déménager.
Pour la énième fois.
Le psy m'a donné la marche à suivre lorsque mon cerveau a une des ces idées fixes.
Je me fous de ce qu'il a dit, il faut que ça bouge.
Une journée de repos sans repos. Une tornade se déplace dans la maison.
Consciencieusement, pièce par pièce, j'enlève, je vide, je remplis, je déplace.
Ce meuble? A dégager, il sera mieux! Ailleurs! Dans la salle de bain tiens!
Le lit? À déplacer, je le tourne dans un sens, dans l'autre, aux 4 coins de la chambre, jusqu'à ce que je trouve l'emplacement idéal pour chaque meuble et moindre bibelot.
Puis je passe à une autre pièce. Rien ne m'apaise, ça bouge dans tous les sens. Je me sens épuisée mais je continue car rien ne pourras m'arrêter tant que le dernier objet n'aura pas trouver la place qui lui incombe cette fois.
18h: le téléphone sonne!
Maman, j'ai craqué! Elle me raconte en larmes l'angoisse qui la étreinte dès 5h du matin, puis la crise de panique qui l'a envahie au moment de partir.
Elle l'a fait, dans un état second, et elle hurle au téléphone:
« Je pouvais y arriver, et cette putain de phobie va me faire échouer sur la dernière marche.
Personne à qui expliquer. Expliquer qu'une salle d'examen peut devenir une arène où la mort va se jeter sur moi. Comment dire?
« Tu y es allée, tu l'as fait. Peu importe le résultat, je suis si fière de toi.
Et ce soir, je te parlerai au téléphone juste avant que tu t'endormes.
Et demain dès ton lever je serai là aussi, pour que tu ne sois pas seule avec ta peur.
Et si cette nuit, la douleur t'envahie, appelle. Je te donnerai toute la force nécessaire pour que tu arrives au bout de cette semaine marathon, pour que cette année ne soit pas un échec, pour que tu puisses dire: je l'ai fait.
Un jour de repose sans repos. Je ne comprenais pas pourquoi. Je sais maintenant.
Mon enfant vit encore dans mes entrailles. Je souffre avec elle sans en avoir conscience.
Mais quand il faut affronter, je le fais aussi, pour elle, avec elle.
Pour ne plus jamais revivre cet examen auquel je n'ai pas été, par peur de je ne sais quel monstre près à bondir sur moi et stopper mon désir d'aller de l'avant.
Il y a déjà plus de 20 ans. Pendant que d'autres bûchaient pour y arriver, j'entendais des blouses blanches me crier: ne dormez pas, ne dormez pas. Combien avez vous pris de cachets. Et je sentais un tuyau s'enfoncer dans mon nez, et des aiguilles dans mes bras.
Mourir plutôt que d'affronter. Comment peut-on en arriver là?
13 janvier 2009
Mon psy et moi (3)
Je suis dans ce café.
Je n'ai plus à me concentrer sur mon café, sur un détail, sur un point précis.
Je suis là et bien là dans ce café.
On peut dire que vous maîtrisez?
Tant que rien ne se passe d'imprévu, oui je maîtrise.
Je suis assise sur la banquette, face à la porte d'entrée, toujours à la même place.
Je maîtrise.
Nous pouvons aller plus loin maintenant?
Oui, nous pouvons.
Un objectif précis? Quel sera le suivant?
Je vais essayé de changer de place dans le café.
Bien! C'est à dire?
Je vais tourner le dos à la porte d'entrée.
C'est difficile?
Oui, cela me paraît impossible!
Pourquoi?
Parce que je ne vois plus l'extérieur.
Que peut-il arriver si vous ne voyez pas l'extérieur?
Je ne maîtrise pas ce qui m'entoure.
Pourquoi vous ne maîtrisez pas? En quoi vous ne maîtrisez pas?
J'ai l'impression que je respire moins bien, que le café est plus petit, que je suis enfermée.
Respirez-vous moins bien?
Quand je panique oui!
Parce qu'il y a moins d'air?
Non, il y a le même air que lorsque je fais face à la porte.
Alors il n'y a pas de danger de manquer d'air?
Non!
Le café est-il plus petit? Êtes-vous enfermée?
Non! Enfin pas plus que lorsque je faisais face à la porte.
Alors vous allez faire quoi la prochaine fois?
Je vais me mettre dos à la porte.
29 décembre 2008
Un début, une fin
Dans une année il y a des débuts et des fins.
Souvent liés à des évènement, qui débutent ou se terminent
Il y a des débuts d'années faciles ou difficiles, marqués par des circonstance heureuses ou douloureuses, ponctués d'expériences positives ou négatives.
Il en est de même pour les fins d'années.
Partant de ce principe, je pourrais faire ainsi le bilan de ces 5 dernières années:
Une année: Un début - Une fin
2003: Une séparation - Un décès
2004: Une reprise de travail - Un ami
2005: Un déménagement - La naissance d'un blog
2006 : Un nouveau travail - Une réconciliation
2007: Un nouveau déménagement - La naissance de Kaléïdoplumes
2008: Une année mal commencée: chômage, blessure qui dure, printemps pluvieux.
Et puis très vite, un rayon de soleil et puis un autre.
Résultat:Une satisfaction pour tout ce que j'ai entrepris, que ce soit côté boulot, familial, thérapie, travail d'écriture.
Maman me manque depuis 5 ans
Mon amitié fête ses 4 ans d'existence
Mon blog ses 3 ans d'existence
Kaléïdoplumes entre dans sa seconde année
Ma thérapie en fait de même.
Je me sens bien ici même, au pied de la montagne qui me fait de l'oeil.
Je me sens de mieux en mieux dans cette maison achetée par hasard, au hasard. Seule maison que j'ai pu visiter sans paniquer. ( les autres j'y suis même pas rentrée)
J'aime les balades avec mes chiens.
J'aime m'asseoir dans le jardin et surveiller le passage des oies sauvages.
J'aime écrire, écrire, et écrire encore, pour le simple plaisir de voir les lettres apparapître sur l'écran aussi vite que mon esprit les formule.
J'ai de plus en plus envie de compter les oiseaux dans le ciel, de regarder pousser les fleurs, de jouer avec mes chiens.
J'ai envie de croquer tous les instants d'une journée, de l'oderu de café jusqu'au soir qui tombe sur l'herbe mouillée.
Je veux m'asseoir, ne rien faire, juste penser que c'est bon d'être vivant.
05 décembre 2008
Juste un café
Seule dans ce café, devant mon café, je dois sans cesse garder mon esprit connecté à la réalité.
Rien d'autre qu'un café brûlant devant moi, un expresso comme je les aime, deux sucres, un petit chocolat posé sur l'assiette.
Rien d'autre qu'une petite cuiller qui tourne dans le liquide sombre.
Rien d'autre que le métal qui cogne, deux fois, contre le rebord de la tasse. Ne pas en perdre une goutte. J'aime fignoler, ça me rassure.
Ne pas laisser mon esprit "partir en vrille" comme le dit mon psy.
Ne pas contrôler à tout prix. Juste ne pas partir ailleurs que dans ce café, devant ce café que je vais déguster.
Ne pas laisser les prémices d'une quelconque angoisse me prendre en otage.
C'est un travail de tous les instants.
Je connais tous les muscles de mon corps, de mon coeur dans les moindres recoins. Je les sens se mettre en mouvement dans un ballet sans fin dès que le stress m'étreint.
Reconnaître les prémices de l'émotion naissante, celle avant la sensation de danger puis la peur, puis la panique.
Désamorcer la bombe. Revenir à l'essentiel: l'odeur du café, la brillance de la cuiller, la rondeur du chocolat.
Ne pas laisser l'émotion aller chercher ailleurs, dans mon passé, une autre émotion, violente, intolérable, destructrice. Rester dans le réel, s'accrocher tant et plus au présent:
Le goût du café dans ma gorge serré.
Ne pas laisser la première once de douleur, celle qui signerait l'échec.
Parce qu'elle serait immanquablement suivie d'une déferlante qui annoncerait la fuite.
Rester concentré sur mon café. Mettre mon énergie dans l'instant présent et rien d'autre.
Et tout à coup, en une fraction de seconde, être là, bien présente dans le brouhaha de ce café, réchauffer ma main entourant la tasse brûlante. Et déguster, enfin déguster, quelques gorgées de café.
Je suis là, bien ancrée dans le présent et je savoure, je savoure la liberté d'être juste vivante. Si vous saviez le bonheur que cela procure. Ne courez plus. Vivez juste le moment présent, vous que rien n'enchaîne!
18 septembre 2008
Transfert
On peut appeler amour, passion, attachement viscéral, une relation avec l'autre.
Il n'en reste pas moins que cette relation particulière est souvent un transfert.
C'est difficile d'admettre qu'on fait un transfert. D'autant plus que la plupart du temps, cela arrive lorsqu'on est fragilisé par une rupture, ou un traumatisme (deuil, accident etc.....)
Je crois que ce transfert est bénéfique, que c'est un passage obligé dans un parcours difficile, semé d'embûche, de fausses perceptions, d'espoirs déçus.
Il faut en passer par là pour se reconstruire. A condition de cheminer jusqu'au bout.
On se voile la face un certain temps, parce qu'on veut y croire, on veut penser que c'est possible. Et on pense ne pouvoir se reconstruire qu'à travers un ou une autre. Celui qui devient notre miroir.
Et puis un jour, on finit par comprendre qu'il y a transfert. Qu'il est temps d'ouvrir les yeux, de se l'avouer. Passage obligé pour ne plus se regarder à travers l'autre (ou les autres) mais se tourner enfin vers soi.
Pourquoi c'est lui qui m'a attiré? Pourquoi il est venu vers moi? Pourquoi ce lien si particulier? J'ai l'impression que lui seul peut comprendre (et c'est souvent le cas) C'est lui qui m'aide à voir plus clair en moi, qui m'aide à avancer. Seule je n'y arrive pas, je n'y arriverai pas.
C'est exactement ça un transfert. Et puis on finit par comprendre qu'on peut y arriver seule, parce que dans la vie, notre meilleur ami ne peut être que nous-même. A quoi bon chercher, espérer, attirer, si le fond du problème est le désamour qu'on a pour soi?
Il y a des étapes à passer après un deuil, une rupture.......Des étapes incontournables. Celles que j'ai moi-même franchies après le départ de mon conjoint, et que je résume ici:
Mai 2003: mon conjoint me quitte, après la rencontre avec une autre, plus jeune, plus libre, moins phobique. Sa relation durera 18 mois. Mais pour nous 2, ce sera 4 ans de séparation.
Mai/Août 2003: Je n'ai plus envie de vivre, je me laisse aller.
Août 2003: J'ai peur d'en mourir, je dois faire quelque chose, pour mes enfants, pour ma famille, pour ne pas avoir gâché ma vie pour rien.
Septembre 2003 : Ma mère tombe malade (tumeur au cerveau)Je dois relever la tête, pour elle que j'ai voulu protéger en ne lui disant rien de ma séparation) pour moi, par fierté.
Octobre 2003 Je relève la tête, je recommence à me lever le matin, m'occuper des enfants, de ma mère qui oublie, qui se perd, qui tombe. Je prends à bras le corps mon agoraphobie (ma 1ere étape sera de marcher dans la rue la tête haute). Je décide que ma mère ne subira aucun traitements pour reculer le moment fatal. Pas d'opération, pas de chimiothérapie, ni de radiothérapie. Elle a toujours été très claire sur le sujet, et je respecterai son choix, même si je perds 1 an ou 18 mois de sa vie. Elle partira sans acharnement.
Novembre 2003: Je trouve une clinique près de chez moi, au milieu des bois, un endroit qui accueille maman pour ses dernières semaines. Un endroit apaisant ou nous avons toutes 2 rendez-vous avec sa mort. Nous allons longuement nous dire au revoir, je suis immensément seule près de son lit, seule chez moi, dans ma chambre à pleurer sa mort prochaine.
Décembre 2003: décès de maman, 10 jours avant Noël. Je ne suis plus qu'un poids léger de 45 kilos, avec une force qui grandit en moi, une force de milliers de tonnes.
Début 2004: Je trouve du travail en mars, j'arrête de maigrir, ma force se transforme en détermination. Je dois savoir si je suis encore séduisante, si je peux plaire, si je suis encore capable d'avoir une place dans la société.
Avril 2004, j'entame une relation assez particulière, avec un homme qui n'est pas « libre » et que n'envisage pas, ni lui d'ailleurs, de transformer en vie commune, une relation qui durera jusqu'en juillet 2005)
Durant cette année 2004, Je me libère, des liens qui m'unissaient à mon conjoint, petit à petit, mois après mois. Je me fais mal, je fais mal aux autres. J'extériorise ma douleur. Je fais mes propres expériences. Je recule les barrières du possible.
Juillet 2004: mon ex conjoint demande sa mutation pour une autre région. Pour mettre un terme à sa relation difficile avec celle pour qui il m'a quittée. Chacun sa route, directions opposées.
Décembre 2004, je rencontre (par internet) celui qui me ressemble, qui me comprend. Je fais un transfert. Libérée du lien qui m'a unit pendant presque 20 ans à mon conjoint, mais si fragile, j'ai besoin de reconnaissance, de respect, d'écoute, d'aide. 18 mois après ma « séparation », je découvre celui qui va être mon guide, ma conscience, mon double, mon amour ami confident.
Avril 2005, J'imagine que le lien qui nous unit est un amour passionnel, un lien trop fort pour y renoncer. Je veux plus, je suis sûr d'avoir raison. Une vie loin de cet homme n'est pas concevable. J'ai trouvé le chemin, je dois le parcourir avec celui qui me comprend le mieux.(Je me laisse convaincre qu'il le veut aussi: un année entière à espérer)
Eté 2005, je mets un terme à la relation que j'entretiens avec l'homme que j'ai rencontré en avril 2004. J'ai choisi évidemment un amour impossible, celui qui me lie à cet homme sur qui j'ai fait un transfert, et qui vit à des milliers de kilomètres de moi.
Distance infranchissable, perceptions différentes, complications familiales ou autre chose qui fait que cet amour ne peut se concrétiser dans le temps. (Je le réalise très lentement, au fil des mois qui passent, sans arriver à y renoncer)Eté 2006: J'accuse le coup, je me sens vide, je dois continuer mon cheminement seule. Je réalise que cette relation est un transfert. Je fais le deuil d'un avenir commun, sans pour autant renoncer à l'amour que je lui porte. En même temps, les relations avec mon conjoint deviennent moins conflictuelles. Lui a stoppé sa relation extra conjugale depuis 2 ans. Il s'est fait muté dans une autre région juste après avoir stoppé sa relation avec celle pour qui il m'a quittée.
En général, arrivé à ce stade là, le lien qui unit 2 personnes dont l'une (ou les 2) fait un transfert se coupe de lui même (ce ne sera pas le cas pour nous) Le transfert permet de comprendre que l'on doit avant tout se faire confiance, s'aimer, ne pas se fuir.Début 2007: Je m'apaise. Je continue ma route. Je m'écoute, je cherche qui je suis, ce que je veux. Je réagis moins par excès, par peur, par force. Mon ex-conjoint a changé, il a fait sa route, j'ai fait la mienne. Nous nous redécouvrons.
Juillet 2007, cela fait un peu plus de 4 ans que mon conjoint et moi sommes séparés. Mais depuis 1 an, notre relation n'est plus conflictuelle, nous nous voyons plus souvent, avec les enfants, chacun a fait son chemin de son côté. Ce qui nous amène à réaliser que nous sommes prêts à, non pas « retenter notre chance ensemble » mais construire un avenir commun. Et ça marche: nouveau départ, déménagement, nouvelle ville, nouvelle région, nouvelle vie ensemble (les enfants sont HEUREUX).
Septembre 2008: Je suis enfin capable d'entendre, de ressentir de la sérénité, de retrouver du plaisir à être avec mes enfants, avec mon conjoint, de partager avec eux. Je me sens Aimée. Je ne cherche pas à être comprise à tout prix (je suis ma meilleure confidente). Je ne regrette RIEN. Tout a un sens. J'ai fait les bons choix, à chaque étape de ce cheminement.
Et c'est comme ça qu'on arrive, après bien des années à ressentir un plaisir immense, non partagé, seul(e) allongé(e) dans l'herbe, simplement en ......... admirant les nuages se former dans le ciel.
Et c'est ainsi qu'on se sent en vie juste en sirotant une boisson fraîche assise sur une chaise longue.
Ce parcours initiatique, beaucoup de ceux que je lis par blog interposé l'on vécu, le vivent, ou le vivront. Certains en sont au début, d'autres sont déjà passé à autre chose.
Pour ma part, je pense avoir gagné ce premier combat. Il aura duré presque 5 ans. Et je peux, depuis quelques semaines assurer que j'ai acquis une certaine sérénité.
Quand à la personne sur qui j'ai fais un transfert (il se reconnaîtra) J'ai (nous avons lui et moi) la chance d'avoir su faire évoluer cette relation en une amitié très particulière, à la fois complice et respectueuse de nos différences (et j'ai du mérite, vu son caractère !!! Mais que voulez-vous, c'est mon meilleur ami)
Mon second combat, il dure depuis bien plus longtemps. C'est le combat de toute une vie. C'est celui de la phobie sociale. J'y travaille. Pour celui là, je suis devenue fourmi, consciencieuse et attentive, à mon corps, à ma tête, à ce que je veux réellement.
Je rêve, comme chacun d'entre nous. Je réalise ces rêves à ma façon. Je ne cherche pas à atteindre les étoiles, je veux juste apercevoir la lune, et je fais en sorte que le ciel, juste en dessous, soit toujours bleu.
PS: Je n'étais pas du tout partie pour écrire une si longue entrée, et encore moins pour revenir sur ces dernières années. Surtout que j'en ai longuement parlé il y a ......... Un siècle il me semble.
Je voulais faire une entrée sur le transfert, et puis...... J'ai dérapé sur moi.
J'avais peut être besoin de resservir le couvert une nouvelle fois, de façon méthodique et chronologique. Pour la dernière fois. C'est juré craché!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!