27 novembre 2009
Marathon d'écriture

Depuis le marathon d'écriture, de Alainx je n'arrive plus à écrire. Je me cache, mais je ne fuis pas.
Je ne suis pas surprise, l'effet est à chaque fois le même.
Pourtant, je n'ai pas l'impression d'avoir tout dit, loin de là.
Mais j'ai un besoin de refermer ma coquille, le temps d'éponger toutes les émotions, lus sur les autres textes.
Éponger aussi l'énergie presque "vitale" d'aller le plus loin possible dans ce marathon.
On pourrait croire que c'est douloureux!
On pourrait se dire: pourquoi se faire souffrir en écrivant 12 heures en suivant?
Mais ce n'est pas douloureux. Ça l'est dans la fatigue accumulée, dans la concentration que demande certains textes, mais pas dans le marathon lui même.
C'est une encontre avec soi-même.
C'est oublier l'écriture soignée, l'écriture contrainte parfois, pour laisser aller ses doigts sur le clavier, où bon leur semble.
C'est une expérience enrichissante, bien que dangereuse parfois, si on pousse trop loin l'expérience.
Dangereuse dans la mesure ou on arriv, après quelques heures, à un état second qui nous empêche de faire des mots qu'on dépose nos propres mots, comme une distance qui apparaît entre notre écriture et la lecture qu'on en fait.
D'ou la nécessité, comme le fait très bien Alainx, de rendre les textes éphémères.
Pour ma part, j'enregistre sur mon disque dur tous les textes écrits ici ou là, pour garder une trace. Mais je suis soulagée de savoir que je peux déposer sur mon blog certains textes, et pas d'autres. Et que ces autres textes, plus intimes, disparaîtront d'ici quelques temps.
C'est une façon d'intégrer les maux qui sont posés dessus. Et de passer à autre chose.
Pas autre chose dans le sens: "J'oublie tout, j'efface, je reconstruis" mais dans le sens de "j'intègre, je soigne la blessure, elle ne s'infectera plus, je construit derrière, d'autres mots, sur d'autres maux.
Construction permanente qui pour ma part, me passionne.
22 mai 2009
Marathon en duo
Une maison de ville de deux étages.
Deux appartements à chaque étage.
Fenêtres côté rue: les passants passent sur le trottoir d'en face
Fenêtres côté jardin: au fond de l'allée centrale, un cabanon s'écroule.
A l'intérieur: un escalier de bois, rampe patinée par la main des enfants.
A l'extérieur côté rue: 3 marches pour retrouver les passants du trottoir côté impair.
A l'extérieur côté jardin: un balcon puis un escalier de pierre et une rambarde en fer.
Au bas de l'escalier, une cour, terre noire, herbe inexistante.
Après la cour, les jardins de chaque côté de l'allée centrale.
Au gré des jardins: des rangées de tomates, poireaux et autres plantations.
Mais encore? Des clapiers. A l'intérieur, des lapins et du foin.
Le troisième à gauche: jardin familial. Les tomates sont mûres.
Aussitôt cueillie, aussitôt croquée, parce que l'enfance c'est à pleine dents qu'on mord dedans.
Revenons vers la cour.
Sur la droite, la pompe à eau. Elle pompe pendant que je glisse mes pieds nus sous l'eau fraîche.
Je pompe et ses mains réunies récupère l'eau dont elle se régale.
Sous le balcon, et la maison: les caves, sombres et inquiétantes.
Lumière minutée, notre cave est la plus éloignée, je n'aime pas y aller.
Les odeurs, je ne vous ai pas parlé des odeurs.
Odeur de renfermé dans les caves.
Odeurs de bois ciré dans les escaliers.
Odeur de terre mouillée dans la cour.
Odeur de fruits mûrs dans les jardins.
Odeur d'enfance côté rue, comme côté jardin.
Odeur de simplicité à tous les étages.
Instantannés, pour un texte nostalgique à souhait.
Voilà comment était la maison de mon enfance.
Voilà comment, par le miracle d'un marathon d'écriture, feuille a transformé ma maison :
C'est une vieille maison que j'ai acheté, une grande maison de ville, deux étages et un grand jardin.
Côté rue, trois marches pour un numéro impair, le cinq. Elle ressemble un peu à toutes les autres dans la rue, discrète, mais rassurante. Des quatre appartements, j'ai fait une grande maison chaleureuse. En y entrant, j'ai tout de suite aimé ses pierres et ses boiseries. On en voyait peu, mais ça suffisait pour me réjouir. J'ai réussit à retrouver les grandes cheminées cachées derrières d'horribles panneaux d'un bois quelconque, papiers-peints fleuris. Depuis, je sens qu'elle respire mieux.
L'escalier me causa quelques soucis. Le déplacer ? impossible. Je l'ai habillé de velours et fleurs de lys. Sa majesté peut ainsi admirer son jardin royal au travers de grandes porte-fenêtres.
Côté jardin, ce fut mon coup de cœur. Un coin de campagne en pleine ville. Je dirais même que la maison n'existe que pour ce jardin. A droite, une antique pompe à eau et sa pataugeoire, improvisée par le temps. J'irais y mettre quelques poissons rouges. Ils chatouillerons les orteils de Cassymary. Un peu plus loin, un vieux jardin potager où la menthe et le thym se disputent entre les mauvaises herbes. Au bout de l'allée, des clapiers vides. Ils me rappellent ceux de mes grand-parents et le lapin du dimanche qu'il fallait tuer et dépecer. Au fond un cabanon sans âge, toujours sur le point de s'écrouler entre les mûres sauvages. Peut-être cache-t-il un trésor ?
La maison est vieille et silencieuse, comme la belle au bois dormant, elle attend
21 mai 2009
La sieste
Il y a la pelouse à tondre, les tomates à planter, et puis les rosiers à tailler, et la chaise longue qui me fait de l'oeil.
Par une journée ensoleillée, le jardin sent bon le printemps. Les températures grimpent, et la chaise longue n'attend que moi.
Après le repas, vaisselle faite, cuisine rangée, je prends mon café, à l'ombre du cerisier.
J'ai sorti table et chaises de jardin. Les premiers repas « dehors » rassurent et le moral est au beau fixe.
Je n'ai pas sorti le parasol, on a tant besoin de chaleur sur nos peaux frileuses et blanches. La chaise longue me tend les bras. Il n'est pas encore l'heure.
Je l'ai juste sortie « au cas où » ou pour tout à l'heure. Après la promenade des chiens, après que le linge soit étendu. Après que le coup de fil soit passé.
Et puis je me décide enfin. Lunettes de soleil, livre dans une main, perrier orange dans l'autre, je m'installe enfin.
Tête à l'ombre, corps au soleil, j'apprécie l'instant présent.
Non, je ne fais pas la sieste, je me détends simplement.
Je lis quelques ligne, bois une gorgée, me replonge dans mon livre. Puis pars à la dérive.
La chaise longue prête à la contemplation. Des avions tracent des lignes impeccables dans un ciel sans nuage.
Je me concentre sur le chant des oiseaux. Je fais taire mes chiens. Silence! Non! Je ne fais pas la sieste, je prends du bon temps.
Tout doucement, je me laisse aller à une torpeur douce et légère. Un petit vent vient rafraîchir l'atmosphère, juste assez pour ne pas sentir la morsure du soleil. Juste assez pour se sentir de mieux en mieux.
Je ne fais jamais la sieste, vous savez! Pas le temps, pas envie, trop de choses à faire et jamais le temps de rien.
Je me suis allongée quelques instants. Je suis en train de lire un livre très intéressant.
Je me suis laissée aller à ne plus penser à rien, du coton a envahi mon cerveau. Une apesanteur bien sympathique a pris possession de mes muscles.
J'ai bien essayé de lutter. Non! Je ne fais pas la sieste. J'ai ce livre à finir, et puis un texte à écrire.
Il faut aussi que j'entame le marathon. Voyez, pas de temps à perdre.
La chaise longue m'a prise par surprise.
Le temps était à l'orage. Sur ma chaise longue, je voulais bouquiner. Je me suis endormie, sans y penser. Une petite sieste j'ai fait.
20 mai 2009
Marathon (2)
J'aime les arbres, pour ce qu'ils représentent. Dans un arbre, je vois la vie, je vois le temps qui s'écoule lentement.
Je vois les saisons, je vois le décor qu'ils dessinent dès qu'ils sont à plusieurs.
J'aime toucher le tronc rugueux, c'est leur fierté d'exhiber cette force tranquille.
Et la fragilité qui les caractérise aussi dans leur feuillage qui se balance au gré des intempéries.
Et tout un monde qu'il cache dans leurs racines: l'attachement à leur terre, autant de cordons ombilicaux qui les relient à leur mère nourricière.
Près des arbres il y a souvent de l'eau.
Dans les montagnes, les ruisseaux sont des cascades.
Les milliers de gouttelettes jouent une symphonie qui, si vous n'y prenez gare, vous hypnotise au point de vous clouer au sol de longues heures encore.
Il faut s'éloigner des villes, oublier les routes surchargées.
Il faut emprunter des petites routes de campagne, puis des chemins de terre.
Il faut laisser la voiture et continuer en marchant.
Et puis il faut grimper, parfois à travers les rochers, loin des sentiers balisés.
Il faut suer sang et eau pour atteindre la source.
Et puis on pose le sac à dos, on enlève chaussures et chaussettes, on trempe ses pieds meurtris dans l'eau glacé et tout est oublié.
Je me sens souvent « bête » dans la montagne. Je souris sans raison, je respire à plein poumon, je me roule dans l'herbe.
Je me sens libre de ressentir des émotions vierges de toute pollution extérieure.
La futilité dans laquelle nous plonge la société actuelle, la course éfrénée au bonheur « virtuel »; entendez par là bonheur fabriqué par pub interposée, apparence à exhiber, et rôle à tenir en société; me devient insupportable.
Alors, couchée dans l'herbe avec le soleil pour témoin, je rêve que plus jamais je ne redescendrai dans la vallée.
Et puisque j'aime les arbres, je les photographie.
Je cherche le détail qui les identifie. Qui fait qu'un arbre ne ressemble à aucun autre.
Dans chaque paysage où je pose mes pas il y a des arbres. Et parmi eux je cherche MON arbre.
Mon arbre, c'est celui qui me ressemble. Il va attirer mon oeil par un détail, que parfois je suis seule à remarquer.
Ou bien il va s'imposer à moi par son caractère affirmé, se positionnant de façon très particulière. Ainsi mon regard sera aussitôt attiré vers lui.
Ne pensez pas que ce soit facile de découvrir son arbre, dans chaque lieu de balade. Il faut parfois chercher, marcher longtemps, y penser au détour de chaque arbre, et puis ne plus y penser du tout, plongé dans la beauté du paysage.
Jusqu'à ce que, au détour d'un chemin, l'arbre apparaisse enfin.
Une aubépine au sommet d'une montagne nue.
Un vieux chêne malade dans une forêt de sapins.
Un bouleau pris dans un fil de fer barbelé.
On immortalise l'instant pour laisser une trace quelque part, un peu comme un tampon au bas d'une feuille administrative.
Fait à tel endroit, tel jour. Ceci est mon arbre, dans ce paysage là.
Chaque arbre ainsi répertorié est une de mes racines.
Chaque racine me maintient en vie.
19 mai 2009
Mon marathon (1)
J'entends la pluie dans le jardin.
Les chiens grattent à la porte, l'un d'eux n'aime pas les orages.
Les enfants font du bruit, ça m'énerve. J'aimerais les mettre au lit, mais à leur âge, c'est trop leur demander (en tout cas avant minuit un samedi)
Moi, je suis là, imperturbable, ma seule crainte étant que ma connexion ne me lâche avant la fin du marathon. Besoin d'écrire, quand tu nous tiens, tu nous ferais vendre notre âme au diable.
Au diable l'humeur des chiens, l'orage qui gronde, et les enfants qui parlent trop fort. Même le bon Dieu ne me détacherait pas de ma mission: marathonner au delà de la nuit si le coeur m'en dit.
De toute façon, je ne crois ni en Dieu ni au Diable, et je ne vois pas ce que viennent faire ici ce propos mal à propos.
D'ailleurs, ce n'est pas sur ceux-ci que je voulais écrire mais sur cela.
La page étant usée, et encouragée par l'orage qui gronde, je vais donc choisir la facilité.
De Dieu il sera donc question, et si vous n'y prenez gare, je risque d'enchaîner sur le bon petit diable et autres lutins malins.
J'ai fait la connaissance de Dieu, par l'intermédiaire du curé de la commune, le jour de mon baptême.
Mais de ceci je ne m'en souviens point. Pendant que mon parrain me portait fier dans ses bras, vers l'autel pour me faire adopter par Dieu le père, je pensais au prochain biberon qui n'allait pas tarder.
Je failli me faire noyer dans un bénitier parce que le curé mal intentionné m'avait sans doute pris pour un diablotin.
Après 1 hoquet de surprise, 2 rôts d'indignation, et un hurlement de colère, on me remit enfin dans les bras de maman.
La récompense fut à la hauteur des émotions de ma rencontre avec l'eau bénite: un bon biberon de lait chaud servie dans les bras de maman.
Ce n'est que bien plus tard que je réalisais mon incapacité à aimer Dieu
A peine remise de ma noyade mon baptême, je dû me rendre à l'évidence:
Je n'en n'avais pas fini avec Dieu et ses apôtres.
Issue d'une famille catholiquenonpratiquantemaisdésireusedefairecommetouslesgensduvillage (ce qui consiste à envoyer ses enfants au catéchisme pour se faire pardonner de déserter l'église le dimanche) j'ai eu droit à toute la panoplie de l'enfant de coeur, sans coeur et avec tous les reproches possibles et imaginables pour ce bon dieu qui m'obligeait à inventer des péchés pour ne pas passer pour une menteuse, voire une muette dans le confessionnal!
Catéchisme oblige, le chemin de l'autel passe par le confessionnal. Une fois par semaine si possible, juste après la leçon de catéchisme.
Assis en rang d'oignon sur les bancs de l'église. Se tortillant les mains en attendant son tour. Il fallait ruser pour trouver à chaque fois un nouveau péché, pas trop gros pour vite se faire pardonner avec un avé et 2 maria, ce qui était déjà punition bien lourde pour qui considérait déjà le confessionnal comme un instrument de torture (ce qui était mon cas)
Qu'a tu à me dire aujourd'hui?
Mon père.... Heu!!!!!!! J'ai péché!
Qu'as-tu fais?
Ben! Heu! .... J'ai crié après ma soeur!
C'est tout?
Non! J'ai tiré la queue du chien!
Mais encore?
J'ai menti
Pourquoi?
Parce que j'aime pas les épinards, alors j'ai dit à maman que j'avais mal au ventre.
.............
.............
C'est tout?
Oui mon père!
Tu es pardonné. Tu me diras 2 je vous salue Marie, ça suffira. Vas en paix mon enfant.
Quel soulagement de sortir de cette prison. Ma punition récité en deux temps, trois mouvements, petite génuflexion devant l'autel avant de repartir en courant, et je retrouvais l'air du dehors.
Mr le curé était satisfait, je n'avais pas fait de gros péchés à l'entendre.
Dieu ne saurait pas que j'avais volé des bonbons à l'épicerie du coin. Il peut pas être partout à la fois hein!
J'ai eu la chance d'avoir un curé vieille France, qui n'hésitait pas à jouer de la baguette sur les doigts et du coup de pied aux fesses pour faire rentrer le énième commandement dans nos crânes d'enfant plus ou moins sages. Je dis chance car il m'a permis de très vite remettre en question l'existence d'un dieu qui prenait pour péché la moindre broutille d'enfant sage et laissait des vieilles bigotes déblatérer sur Paul ou Jacques, du moment qu'elles se tenaient au premier rang à la messe le dimanche.
Une vague idée d'injustice s'est insinuée en moi dès ma confirmation. De laquelle je ne me souviens que du fichu blanc que j'avais sur la tête.
On ne fait jamais les choses à moitié dans nos campagnes. La première communion a suivie (c'était quoi déjà?)
Mais le fossé se creusait doucement. Je ne trouvais pas mes bêtises si détestables au point d'être condamnées sans avoir été défendues.
Et embrasser un garçon sur la bouche ne menait pas directement en enfer. J'avais tenu à prendre le risque moi même, par esprit de rébellion (et surtout parce que le garçon en question avait une bouche qui se prêtait très bien à cette expérience).
Bon an, mal an, je suis arrivée à la dernière étape: communion solennelle. Robe blanche, voile de nonne, souliers blancs vernis.
Ce qui me reste? Le souvenir des 3 jours passés avec mes compagnons d'infortune pour la préparation: Blague en tout genre, bataille de petits pois, petits mots passés de main en main. Retour en fanfare du presbytère.
Il me reste aussi l'image de ma tante, complètement soûle, au point de rouler sous la table du resto ou un festin avait été organisé pour fêter ma « communion »
Décidément, Dieu ce jour là était lui aussi à la fête, c'est pourquoi il était plus laxiste qu'à son habitude.
Les cadeaux venaient récompenser mes années de labeur. Et mettre un point final avec mon aventure « pratique du catholicisme ».
Quelques années plus tard je pris le temps de lire la bible et de me poser la vraie question: Qui est Dieu.
N'ayant pas trouvé la réponse, je pris pour acquis que Dieu n'existait pas.
Et entre nous, si il existe vraiment, il me pardonnera bien ce petit péché d'orgueil, si orgueil il y a dans le fait d'imaginer que je suis bien assez grande pour me débrouiller seule, sans croix au dessus de mon lit ni confessions intimes!
