Sans importance

Soit dit en passant j'ai beaucoup à apprendre

06 novembre 2009

Amitié=partage ?

Encore un texte chez Pati qui fait résonance en moi.

Je suis assez mal placée pour parler des réunions familiales et amicales (pour les raisons que vous savez, mais ici n'est pas le propos), mais à y repenser, concernant les liens de la génération de mes parents, et donc mon enfance, je me souviens:

- Lorsqu'on tuait le cochon (je ne sais pas ailleurs, mais en Aveyron c'était une tradition) on le faisait en famille mais aussi avec les voisins.

C'était une grande fête ou de longues tables étaient installées dehors. Les hommes s'occupaient de découper le cochon. Les femmes s'occupaient de la préparation (saucisson, jambon, etc....)

Les plus jeunes (nous) mettions la table, faisions la vaisselle. Et les grands-mères la cuisine.

L'après-midi,  une tâche particulière pour chacun.

Ce partage valait tous les repas amicaux du monde.

Les champignons, les châtaignes, c'était avec les voisins souvent. On partait dans les bois et on faisait un grand feu pour manger des châtaignes grillés, avant de se partager les récoltes.

Les promenades, c'étaient avec les amis, et à l'époque les amis, c'était les voisins, parce que c'est avec eux qu'on partageait le plus.

On ne recevait pas à table, mais on partageait beaucoup d'autres choses.

Et il n'y avait pas besoin de fête des voisins comme aujourd'hui, mais le 1er de l'an et le passage obligé chez les uns et autres pour la goutte d'eau de vie (je vous dis pas l'état en fin de journée)

Il y avait toujours quelqu'un pour surveiller les enfants, pour aider l'autre.

Rien à voir avec aujourd'hui.

Je m'éloigne du sujet? Il y a tant à dire encore: pourquoi aujourd'hui on cherche à tout prix à se rapprocher des gens qui nous ressemblent?

Mais il y avait aussi les repas familiaux interminables, nos parents étaient incapables de recevoir sans mettre les petits plats dans les grands.

Je crois que ce qui a changé c'est surtout la façon dont nous vivons aujourd'hui: les déménagements fréquents (pour ma part, depuis que je suis en couple, il y en a eu 9) et donc l'obligation de refaire son trou à chaque fois. Alors on cherche (je suppose) à se rapprocher de gens qui nous ressemblent, ou qui ont la même activités que nous.

Il y a aussi que ma génération fait partie de très grande famille (ma mère ayant eu 17 frères et soeurs) Difficile de garder le contact.

Il y a aussi la définition que l'on se fait de l'amitié. Est-ce partager les mêmes passions? Est-ce être de la même génération? Est-ce s'entraider? Est-ce tout cela à la fois?

La notion d'amitié n'existe peut être que depuis peu. Je n'ai jamais entendu mes parents parler d'amitié. Pourtant ma mère avait des amies, avec qui elle partageait ses promenades, ses après-midi au parc. L'une était une voisine. L'autre était une amie de jeunesse. Mais nous n'avons jamais partagé de repas avec elles. Pourtant nous partagions beaucoup d'autre chose: la vie de tous les jours.

C'est peut être cela qui manque aujourd'hui: le manque de temps. Tout se fait en accéléré, et tout est bien cloisonné.

C'est un vaste débat que tu nous proposes là Pati. Que je suis incapable de concentrer ici tant il me parle.

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13 octobre 2009

Résonnance

En discutant avec Pati ce matin, puis en laissant un commentaire sur son blog, je n'imaginais pas que nous pouvions à ce point être en « résonance »

Je l'écoutais me parler de son père et en même temps je me disais: ça ne risque pas de m'arriver, mon père vit à 400 km d'ici et nos rapports sont épisodiques. Malgré tout, mon père ayant à peu près le même âge que le sien, je n'ai pu m'empêcher de faire la comparaison.

Et puis, ce soir un coup de fil de mon père.

Contrairement à Pati, mon père a été quelque peu « absent » dans ma vie, si ce n'est physiquement, du moins émotionnellement.

Lorsqu'il m'appelle c'est qu'il ne va pas bien. Mais je ne lui en veux pas, ou disons plus du tout. En tout cas de moins en moins.

Je m'accommode de mieux en mieux de ce père dont je n'ai pas voulu pendant les ¾ de ma vie.

Mon père qui a perdu un oeil accidentellement quand il était enfant, est en train de perdre l'autre. Ça dure depuis un an et il est impossible de lui faire entendre raison pour tout ce qu'il refuse d'admettre, y compris le fait que le traitement ne peut plus grand chose pour lui.

Mon père déprime, et je le comprends fort bien. Perdre la vue, c'est perdre ses repères, son plaisir de jouer de la musique et surtout son envie de vivre.

Le problème c'est que alors qu'il vient chercher du réconfort auprès de moi, il refuse totalement que je lui dise ce qu'il ne veut pas attendre, si bien que lorsque je le sens se refermer, je le rassure en lui donnant raison, pour ne pas accentuer son malaise.

Si bien que je repose en général le téléphone en l'ayant un peu rassuré mais en me mettant dans tous mes états.

Je crois que j'ai fini par accepter ce père différent, mais que cela me pèse tout autant.

Mon père refuse la maison de retraite, et sa plus grande peur est que je l'oblige à y aller.

Je n'ai aucune envie ni intention de faire cela. J'espère qu'il vivra le plus longtemps possible chez lui et je comprends tout à fait sa peur de quitter son appartement.

Il est suivi par une assistance sociale et il a toute l'aide dont il a besoin. Je n'ai pas à m'inquiéter pour ça. Mais ce coup de fil était différent des autres fois. Différent car pour la 1ere fois je l'ai entendu dire des choses que je n'avais jamais entendu auparavant, et je n'ai pas su réagir.

Étant donné son état psychologique l'assistante sociale  lui a envoyé une psychologue chez lui. Elle lui a posé des tas de questions et il a pas aimé ça du tout.

Elle a parlé de ses enfants, de sa femme, de nos rapports. J'ai ainsi cru comprendre qu'elle lui avait demandé si il s'était un jour préoccupé de ses enfants, ce à quoi il a répondu que c'est ma mère qui s'en chargeait car lui travaillait.

Elle a encore insisté en lui demandant si  il « parlait » avec nous, si il nous posait des questions si il s'était préoccupé un jour de nos soucis, si il savait quelle était notre vie, nos problèmes, si un jour il avait eu un quelconque dialogue avec nous. Ce à quoi il a répondu que non, qu'il ne s'était jamais posé ce genre de question.

Il en est venu à se sentir accusé, jugé, questionné et du coup a refusé le 3ème rendez vous.

Il me racontait ça en me disant:" je lui demandais de m'aider, pas de parler de toi et de ta mère."

J'ai fais des erreurs, mais c'est normal de pas « s'occuper «  de ça (parlant des problèmes que j'aurai pu avoir dans ma vie)

J'ai voulu saisir la perche en lui expliquant qu'elle était là pour l'aider et que parler de lui, de nous pouvait l'aider il a coupé court en m'expliquant qu'il avait pas attendu d'avoir 79 ans pour se faire engueuler par une étrangère et qu'il demandait qu'on s'occupe de lui, pas qu'on l'emmerde avec ce genre de truc.

 

En écrivant ça, je n'ai aucune amertume, ni aucune mauvaise pensée par rapport à lui.

C'est la première fois qu'il abordait ce genre de sujet avec moi. L'histoire d'un dialogue, d'une rencontre, d'un échange avec son enfant. Et c'était pour me dire qu'il rejetait toute discussion de ce genre.

C'est peu mais ça me suffit. Car sans presque rien me dire, il disait ce que je voulais entendre.

Un personne étrangère qui ne me connaît pas, qui lui a juste posé quelques questions, mettait le doigt là où ça faisait mal. Elle avait tout de suite saisi le personnage. En quelque sorte, en lui parlant un peu, elle donnait un sens à mon mal. Elle mettait juste un petit accent sur qui il était. Elle lui faisait un petit signe sur ce qu'il aurait du être. Elle suggérait que ses enfants et sa femme avait souffert de son comportement.

Il ne l'a pas accepté mais il a été obligé d'entendre un minimum, et il me l'a rapporté.

Et c'est énorme pour moi.

Je ne me suis pas engouffrée dans cette brèche. J'ai essayé mais je l'ai paralysé. J'ai senti que j'allais perdre le peu de liens qui nous unissait encore. J'ai préféré me taire,et le rassurer.

Non ce n'était pas grave. Je n'avais pas de problème. Je n'avais pas l'intention de l'obliger à quitter l'appartement. J'irai le voir très bientôt (2 ans et demi que je ne l'ai pas vu!)

J'avais le coeur très gros après. Avoir ne serait-ce qu'une bride de conversation sur ce qu'il avait été pour nous, ça m'a d'abord anéanti. Sans doute parce que tout est remonté à la surface.

Alors j'ai fait ce que je sais faire le mieux dans ces cas là: écrire ceci.

Je me sens apaisée Je ne lui en veut absolument pas.

Je le sais depuis toujours, mon père est un enfant.

A 10 ans, c'est dur de se charger d'un enfant quand on l'est soi même.

A 20 ans, on maudit la terre entière de grandir en traînant un enfant comme père.

A 40 ans on souffre de ne pas pouvoir se débarrasser de sa peine. Mais un enfant ne peut pas tout entendre.

A 49 ans, il est temps d'accepter, et d'apprendre à aimer cet enfant, puisqu'il n'y a rien d'autre à faire.

Est-ce que j'aime mon père?

Non, je n'aime pas le père, mais je suis bien obligée de constater que l'enfant qu'il demeure me condamne à l'aimer pour le protéger.

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21 septembre 2009

21 septembre 2001: AZF

Je me trouvais à 60 km du lieu de l'explosion. La radio allumée, je faisais du repassage.

Puis, vers 11h la nouvelle est tombée: on a parlé d'explosion, et tout de suite après de terrorisme. Le 11sept était encore (et pour longtemps) dans toutes les mémoires.

J'ai essayé de téléphoner à ma soeur, qui travaillait à l'époque près de la cité de l'espace.

Evidemment, la plupart des gens faisaient comme moi. Téléphone fixe coupé, impossible de l'avoir sur son portable.

Au fur à mesure que la journée avançait, les images défilaient à la télévision et la panique montait.

Mon neveu était au lycée près de Rangeuil. On voyait à la télé des scènes de panique, l'autoroute en champs de bataille, le centre ville lui même avait été touché, des vitres brisées partout dans les rues.Des gens déboussolés. Et toujours pas de possibilité d'avoir des nouvelles.

Les numéros verts à disposition étaient saturés, les urgences de tous les hôpitaux et cliniques alentours pris d'assau.

D'immense bouchons se sont formés sur l'autoroute, dans la direction opposé de l'explosion. Tous les étudiants et tous ceux qui avaient de la famille dans la région partaient. Certains, sont même arrivés en voiture, dans notre ville, sans savoir ce qui s'était passé, et blessés.

L'explosion a eu lieu le matin à 10h18. Je n'ai eu des nouvelles de ma soeur et ses enfants que tard dans la soirée. C'est elle qui a réussi à me joindre. Et elle m'a raconté l'enfer.

L'explosion s'était entendu à des kilomètres à la ronde.

Un séisme de magnétude 3,4 a été enregistré.

La déflagration a creusé un cratère de forme ovale de 70 mètres de long et 40 mètres de largeur, et de 5 à 6 mètres de profondeur.

Tous sont sortis dans la rue et ont vu le nuage de poussière qui s'élevait du site AZF. Les gens ont voulu rentrer chez eux, récupérer leurs enfants à l'école. Pour eux une bombe avait explosé, ou un avion s'était écrasé quelque part.

Beaucoup ont compris de suite que c'était AZF, et pas mal de Toulousains se méfiaient de cette bombe à retardement qu'était cette usine donc la cheminée se voyait à perte de vue.

Ma soeur est restée. Elle a essayé de joindre ses enfants et c'était impossible. Elle a finit par avoir le lycée ou on lui a dit que tout le monde avait déserté les bâtiments. Toutes les vitres étaient par terre, il y avait des blessés.

Ce qui s'est passé en réalité? Juste après l'explosion, tous les lycéens et les profs sont sortis dans le parc qui entoure le lycée. C'était la panique totale. La plupart ont décidé de rentrer chez eux par leur propre moyen.Les  bus ne circulaient plus.

La majorité des enfants ont fait du stop. Des parents arrivés en premier ont récupérés plusieurs enfants. D'autres ont marché pour rentrer chez eux.

Mon neveu a été pris en charge par les parents d'une copine. Et ce n'est que dans l'après-midi qu'il a réussi à joindre sa mère pour la rassurer.

Il a raconté la panique, les plus jeunes qui hurlaient, d'autres qui montaient avec n'importe qui en voiture pour fuir. Il n'y a eu aucun plan de secours, adultes comme enfants étaient totalement paniqués.

Toulouse et sa région ont été traumatisés par cet accident. Le fait qu'il soit survenu juste après le drame des tours jumelles a marqué les esprits, même si très vite la thèse d'un acte terroriste a été écartée.

Je pense que chaque toulousain a en mémoire ce qu'il faisait à la seconde exactement où l'usine AZF a explosé.

Je n'ai en tête que le souvenir de l'inquiétude qui m'a taraudée tout au long de cette journée terrible, et personne de ma famille n'a été blessé. Mais il y en a tant qui n'oublieront jamais pour des raisons bien plus dramatiques.

L'explosion d'AZF a entraîné la mort de 30 personnes et fait 2500 blessés graves.

Les blessés légers seraient au nombre de 8000.

Quand au nombre de personnes qui sursaute au moindre claquement d'une porte, on ne le saura jamais.

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27 février 2009

Le pépé

Grand-père Jules, on l'appelait Le pépé, c'était le mari de mémé philomène.
Le pépé, c'était pas un rigolo. Oh que non! C'était même tout le contraire.
Aussi maigre et sec que mémé était ronde et douce. Aussi silencieux qu'elle était bavarde. Aussi glacial qu'elle était lumineuse.
Je n'aimais pas le pépé. Il faut dire que le pépé avait un sacré caractère. Je crois que le pépé n'aimait pas les enfants.

La vie difficile qu'il avait eu à la mine, les années passées dans le trou ne l'avaient guère attendri.
L'alcool avait fini par noircir son âme et la maladie par diriger ses humeurs.
Le pépé avait fait 18 enfants à sa femme. Un comble pour un homme qui n'aimait pas les mômes.


Le pépé est mort l'année de mes 15 ans. Malade depuis des années. La gangrène avait bouffé son pied et le cancer ravagé son vieux corps . Je n'ai pas pleuré. Je me souviens même avoir pensé: la vie va redevenir douce chez mémé. Il y aura à nouveau des rires, des bavardages incessants à table et des cris dans le jardin.

Car pépé depuis des années avait interdit aux enfants le moindre bruit,. On arrivait, on déposait un baiser sur sa joue fripée, et on s'asseyait sagement loin de lui. Si l'un de nous dérogeait à la règle, il recevait non pas une gifle, mais une parole cinglante qui vous transperçait le coeur aussi précisément qu'une lame de couteau.

Le pépé n'avait jamais bercé un enfant, pris la main de sa femme. Il n'avait jamais porté le seau rempli de charbon à la place de mémé, n'avait jamais prononcé une parole tendre à ses petits enfants. Ils ne les aimait pas et ses petits enfants le lui rendaient bien.

Le pépé et sa casquette à carreaux vissée sur la tête.
Le pépé exigent son verre de vin chaud à 4 heures.
Le pépé ordonnant qu'on replace la couverture sur ses jambes endolories.


Pourtant, je me souviens une fois. Juste une fois.

Il faisait chaud dans le jardin. On avait sorti la table pour le repas de midi.

Le pépé était installé là. Les cartes à la main. Il faisait une réussite.

“Viens un peu ici la domie!” Chez nous, on donnait du "le" ou du "la" à chaque apostrophé!

On se fait une bataille?

J'avais 8 ans, peut être 10. Je me suis assise en face de lui et nous avons joué un moment. Il en avait décidé ainsi. Parmi tous ces petits enfants, c'était à moi qu'il s'était adressé, et mon refus ne pouvait être envisagé.

Le pépé, ce jour là, avait les yeux qui brillaient.
Je n'ai jamais su pourquoi.

(Consigne 61 de Kaléïdoplumes)

 

Posté par cassymary à 21:25 - Ecrire - Commentaires [0] - Permalien [#]
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