Mon dernier déménagement, tu l’as raté, tu n’as pas vu ma jolie maison au pied des Pyrénées et les montagnes enneigées.

Les paysages béarnais, les petits ruisseaux qui serpentent du côté de la vallée d’Ossau, les Gaves impétueux, tu ne les verras jamais.

L’océan bouillonnant du Pays Basque, ses plages immenses tu ne les admireras pas. Ses villages colorés tu ne les visiteras pas.

Les diplômes de Marie tu ne les as pas fêtés, ses premières années d’enseignement, l’amour de sa vie tu les as ratés. Ce bébé qui a fait de moi une grand-mère tu ne l’as pas pris dans tes bras.

Les diplômes d’Amandine tu ne l’es as pas applaudis, son compagnon de vie tu ne l’as pas rencontré. Sa voix, encore fragile et hésitante, tu ne l’as entendue que lorsqu’elle était adolescente. Tu ne l’as pas vue se transformer en une voix douce et sûre, une voix de femme, une voix accompagnée de musiciens qui ne jouent que pour elle. Tu ne l’as pas applaudie sur scène, tu ne l’as pas embrassée de fierté après un concert.

Les diplômes de Thibault tu ne l’en as pas félicité. Tu n’as connu de lui qu’un bébé puis un jeune enfant joyeux et insouciant. L’année de ses 8 ans tu lui as dit Adieu. Tu ne connaîtras jamais sa petite copine, tu ne verras jamais le beau et grand jeune homme qu’il est devenu.

Tu ne liras jamais mes livres, tu ne sauras jamais que c’est par toi que j’écris. Tu n’ouvriras jamais de grands yeux étonnés sur cette drôle d’idée qui m’a pris un jour, de prendre un stylo et une feuille de papier et de commencer à aligner les mots.

Tu ne verras jamais mes rides et mes cheveux grisonnants. Tu ne remarqueras pas que plus les jours passent et plus je te ressemble.

Tu ne pleureras pas de voir Régine se déplacer avec autant de difficultés. Tu ne la regarderas pas avec l’amour d’une mère qui souffre pour deux.

Là-bas, sur cette petite place, sous le ciel bleu aveyronnais, ton banc reste vide. Depuis quinze ans il est désespérément, douloureusement, effroyablement vide.

Tu vois, je n’oublie pas, quinze noëls sans toi, quinze anniversaires sans toi, quinze étés sans te voir, quinze années d’absence et ce trou béant dans mon cœur.

Je ne sais pas le réparer alors je le laisse saigner.

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