L’histoire se répète mais cette fois-ci, on dirait qu’elle fait moins peur. Qu’est-ce qui a changé ? Est-ce moi ou les autres ? Parce que moi, j’ai toujours aussi peur, j’ai même de plus en plus peur. Je vois bien que les langues se délient, que les propos se décomplexent. J’entends les mots durs, les mots amers, les mots aigris. C’est pourtant toujours le même discours, seule la façon de les dire change, seule la personne qui les dit a changé.

Je crois pouvoir dire que ma famille pourrait faire un parfait échantillonnage pour leurs sondages politique, à une opinion près, et ça change vraiment tout.

Mariée, 3 enfants, 2 gendres, ayant tous des parcours différents, des avis différents, et un vote différent. Nous sommes malgré tout tous les 7 d’accord pour dire que le vote FN ne passera jamais par nous. Et nous sommes tous conscients de notre devoir au moment de glisser notre enveloppe dans l’urne. Il n’y aura pas d’hésitation, pas de tergiversations, pas d’autre solution. Ce ne sera pas une abstention, pas un vote blanc, pas un votre contre. Ce sera un vote pour les valeurs républicaines, qu’elles soient de gauche, de droite, du centre ou que sais-je, il est hors de questions pour chacun des membres de ma famille que la première femme président de la république soit FN.

J’ai été pendant des années une mère au foyer (parait que 3 enfants c’est une famille nombreuse). Je suis fille d’un cantonnier et d’une mère au foyer, petite fille d’un cheminot et d’un mineur, arrière petite fille d’un ouvrier qui a fini clochard, arrière-arrière petite fille d’un journalier qui a fui l’Alsace devenue Allemande après 1870.

Mon époux est cadre, il fait partie de ceux sur qui on tape quand rien ne va, de ceux qui bossent 60 heures par semaine, 6 jours sur 7, de ceux qui essaient de défendre les employés auprès du patron et le patron auprès des employés. Il est celui qui remplace l’employé qui oublie de se lever pour venir bosser le matin. Il établit les horaires en fonction des disponibilités des étudiants, essayant d’arranger tout le monde au détriment de son planning à lui. Il fait partie de ces cadres consciencieux sans qui rien ne tournerait tond. C’est pourtant sur lui que le patron tape lorsque les résultats sont mauvais. C’est aussi sur lui que les employés tapent lorsque les conditions de travail changent, lorsque les primes sont moins bonnes, lorsque les conditions de travail se dégradent. Il est celui qui ne se plaint jamais alors que ses propres conditions de travail se sont considérablement dégradés depuis 10 ans, celui qui coûte trop cher parce que trop d’expérience et trop d’ancienneté. Celui qu’on ‘hésitera pas à mettre au placard pour faire la place à des jeunes moins expérimentés et du coup moins bien payés. Il est celui qui reprend son travail après un accident qui lui laisse une main dont la mobilité est réduite de ¾, parce que pas le choix, personne pour remplacer, impossible de s’arrêter trop longtemps etc…  Et c’est encore lui qui subira le plus d’augmentations d’impôts, la classe dite « moyenne » étant une très bonne vache à lait.

Ma fille aînée est fonctionnaire dans l’éducation nationale. Elle souffre du manque de considération des uns, du mépris des autres. Elle en a marre qu’on lui dise que les profs sont toujours en vacances, qu’ils sont planqués et tranquilles une fois rentrés chez eux. Elle fait son métier avec passion et elle sait, comme nous tous, que l’avenir que nous construisons passe par l’éducation. L’éducation de nos enfants, c’est la base de toute notre société. C’est un investissement à long terme mais qui sera payant pour les décennies suivantes.

Ma cadette est diplômée et pourtant en contrat aidé, dans quelques mois ce sera sans doute retour à la case départ : Pôle emploi, chômage, recherche assidue d’emploi et sans doute à nouveau un contrat aidé. Parce qu’aujourd’hui on estime qu’il est plus important d’avoir plus de police, plus de caméras, plus de sécurité plutôt que des éducateurs, des assistantes sociales, des professeurs et des instituteurs.

Mon fils est étudiant, le bienheureux, il a choisi une filière qui ne connait pas le chômage. Est-ce que je dois déjà lui expliquer qu’il doit s’y prendre dès aujourd’hui pour préparer sa retraite, ou qu’il doit être courageux car il bossera encore à ses 70 ans ?

L’un de mes gendres est tout jeune entrepreneur. Il vient de s’endetter pour prendre son activité, il est courageux, intelligent, bosseur. Il fait partie des « petits patrons ». On lui réserve quoi dans un avenir proche ? les « travailleurs » vont il le mettre au pilori ? Et d’ailleurs ne fait-il pas partie de ces « travailleurs » lui qui ne compte pas ses heures, qui paie impôts et charges et emploie des salariés?

Mon autre gendre est smicard. Mais quelle chance, c’est un CDI, il fait donc partie des privilégiés qui ont un emploi pour un petit bout de temps. Pas un emploi qu’il aime, pas ce pour quoi il a fait des études, pas un boulot dans lequel il se voit dans 10 ans, mais un TRAVAIL, et de nos jours, ça ne court pas les rues.

Alors me direz-vous, si vous avez eu le courage de lire jusqu’au bout.

Alors chacun de nous est allé aux urnes dimanche dernier, chacun de nous a voté en conscience : Hamon, Mélanchon, Fillon, Macron ou blanc.

Pour ma part je suis restée un long moment dans l’isoloir, avec 2 bulletins dans les mains. Vote de conviction ou vote utile ? Mais merde que ce fut dur. Socialiste convaincue depuis mes 18 ans, que devais-je faire ?

Alors j’ai mis un bulletin dans l’urne avec la certitude de ce que je ne voulais pas : que le FN arrive en tête du premier tour.

Au lendemain, je suis amère, et déçue d’entendre certains propos, des candidats éliminés qui ne se prononcent pas pour le second tour, des électeurs en colère qui crient vengeance en se trompant de bataille.

Mélenchon, toi qui disais il y a quelques années que le FN était un poison pour la France, que tant que tu aurais un souffle de vie tu le combattrais. Toi qui a crié à tous en 2002: prenez des gants, bouchez-vous le nez mais votez Chirac. Il est passé où ce combat-là ? J’admire ton parcours, tes talents d’orateur, ta culture, ta force pour combattre les LePen durant ces 20 dernières années, je suis profondément et irrémédiablement déçue par ton comportement depuis dimanche. Je regrette que l’un de mes enfants ait voté pour toi, tu ne le méritais finalement pas !

Merde, réveillez-vous, vous les abstentionnistes, vous les jeunes qui votez pour la première fois, vous qui avez voté blanc, vous qui avez voté Hamon, Mélanchon ou Fillon :  il n’y a qu’un seul ennemi à ce stade : le Front National ! Il sera bien assez temps juste après de reprendre le combat !!!