Suite de mon post consacré aux 10 ans de "Sans Importance"...

Nada est Serbe et vit à présent au Monténégro, elle est traductrice. Nous nous sommes connues sur le site d'Alaphobie en 2002 (en même temps que Tangerine). C'est elle qui m'a poussée à développer mes talents d'écriture et de fait, à m'inscrire sur le forum d'écriture qu'elle fréquentait à l'époque,  Obsolettres. Elle a dû insister pendant des mois avant que j'ose m'inscrire.  Et si j'ai fait de l'écriture ma passion, c'est bien à elle que je le dois.  Elle n'a plus de blog en français et c'est avec beaucoup de plaisir que je lui prête le mien le temps d'une carte blanche.

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Il y a dix ans

Il y a dix ans, j’essayais de rompre le cercle vicieux de ma dépression anxieuse (peu importe comment elle s’appelle, elle me pourrit la vie si je le lui permets) en allant travailler en France, au bord de la mer (la mer, je l’adore, vous comprendrez plus tard pourquoi je le souligne).

Il y a dix ans, j’écrivais un blog en français, je fréquentais, si l’on peut appeler ainsi des contacts via Internet, des gens qui avaient des problèmes similaires aux miens, et/ou des blogueurs. Parfois ces deux groupes s’entrecroisaient (ça me fait penser aux maths, au lycée à Paris, au début des années 70).

Il y a dix ans, je connaissais Domie depuis à peu près trois ans déjà, car c’est au début du millénaire que j’ai découvert le site « alaphobie » et que j’y ai connu beaucoup de monde. D’autre part, j’étais depuis un bon moment déjà dans le monde des blogs, par moments j’écrivais beaucoup et souvent, par moments je n’avais pas envie d’écrire du tout, mais je ne vais pas utiliser maintenant des termes pro tels que « extérioriser son mal-être », « écriture psychothérapeutique » etc. etc.

En ce qui concerne Domie, je lui connaissais un véritable talent pour l’écriture. Je ne me souviens plus si l’atelier d’écriture Obsolettres, animé par Charmaine et JF, était avant le blog de Domie, ou après, le tout est que je l’exhortais beaucoup à écrire, et finalement elle s’est jetée à l’eau, et heureusement !     

Je dois dire que je me suis beaucoup éloignée du milieu francophone, je n’ai plus voulu écrire dans l’atelier fondé par Domie (regardez donc le progrès, au début elle tergiversait, n’étant pas sûre si elle serait en mesure d’écrire à un niveau qui lui semblait suffisamment bon, et voilà que Kaléïdoplumes existe depuis plusieurs années, et avec succès !) car il me semble que mon français s’est beaucoup détérioré, c’est une chose, une autre, je n’avais plus envie d’extérioriser quoi que ce soit, fiction ou pas, et puis je n’avais aucune inspiration.

Heureusement, vous êtes nombreux à bien écrire, à vouloir extérioriser et à être inspirés pour écrire et surtout et avant tout – avoir du talent.

Et Domie a beaucoup de talent, comme vous dites en français – sa réputation n’est plus à faire. Non seulement elle écrit et publie, mais elle anime en plus l’atelier, donc, elle exhorte à son tour les gens à développer leur créativité, leur imagination, et de faire preuve de leur talent, au grand plaisir des lecteurs.

Pour ma part, j’ai écrit pendant un moment dans mon blog en serbe, qui existe depuis longtemps, mais dans lequel je fais de grandes pauses, pour le moment, je n’y écris rien, si ce n’est un peu de poésie. Pourquoi de la poésie, ça, c’est une longue histoire que je résumerai pour finir, en souhaitant à Domie encore de nombreuses années d’écriture et dans ce blog, et ailleurs, en général.

Pendant plusieurs années, et notamment après le décès de mon père, je sombrais vers une fin certaine, en réduisant mon espace de vie et de mouvement à une peau de chagrin toujours plus rétrécie.

Des amis qui auraient aimé me voir plus « vivante » et plus heureuse étaient déçus. Je n‘y pouvais rien, j’étais résignée, je ne voulais pas changer, point barre.

Puis, comme dit Kusturica, « La vie est un miracle », un magicien s’est faufilé dans ma vie, mine de rien, et que se passe-t-il à présent – je vis dans un autre Etat (bon, c’est une ancienne république de l’ex-Yougoslavie, le Monténégro), toute seule, à quelques dizaines de kilomètres de la mer (le rêve de ma vie), dans un appart bien plus spacieux que celui en Serbie (défi pour une agoraphobe qui ne peut toujours pas traverser une rue non accompagnée, et qui marche seule dehors seulement si c’est le long des maisons, clôtures, grilles, bref, il me faut toujours un appui à proximité). Je suis restée sans emploi, mais je fais des traductions pour différents clients comme avant. Donc, agoraphobe comme avant, sans emploi, je quitte tout ce qui m’est connu pour me lancer dans l’inconnu (je compte rester ici, ce qui veut dire aussi formaliser mon séjour, pas évident, c’est un pays étranger maintenant, ça me fait rire un peu jaune, je suis très yougonostalgique). Puis, un autre rêve est devenu réalité – je me chauffe et je cuisine au bois !!!

Et tout ça parce ce que j’ai beaucoup écrit et beaucoup parlé. A une personne, c’est vrai, donc, j’ai reconnu que mon ego l’emporte toujours, j’ai reconnu que l’attention exclusive me fait du bien, j’ai reconnu que j’aime que l’on s’occupe de moi. Une fois que je l’ai reconnu, à moi et aux autres, mon ego s’est calmé un peu, ma lutte entre vouloir et pouvoir n’est plus aussi acharnée. J’essaye de retrouver l’équilibre perdu, aussi bien physique que mental et émotionnel, et tout en essayant de ne plus rechercher l’exclusivité, je reçois énormément d’attention, de soutien, d’aide. Je tente aussi d’atteindre un maximum d’autonomie physique (dur, dur…)

Le tout pour dire que voilà, il y a dix ans, j’exhortais Domie à écrire. Maintenant, voyez, elle le fait pour moi, même si ce n’était pas son intention première.

J’ai quitté le monde des blogs, mais je me souviens de vous et qui sait, peut-être je viendrai faire un petit tour un de ces quatre dans des blogs dont j’apprécie les auteurs.

Chez Domie en premier lieu, en la remerciant de ne pas m’avoir oubliée dans le contexte de l’écriture.     

Nada

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Cassy à la montagne

A la montagne