Dans la pénombre du rez-de-chaussée, je pars à votre recherche. J’ai poussé la lourde porte de l’entrée par hasard. Elle s’est ouverte dans un long grincement, une plainte déchirant le silence d’un soir d’automne.

Chaque fois que je suis venu ici, je me suis arrêté devant l’imposant édifice: Le Grand Hôtel des Princes, dont la gloire traversa  les frontières pendant presque un siècle, avant de décliner lentement et irrémédiablement, au profit des stations de ski devenues à la mode.

À chacun de mes passages, je me suis ému de le voir abandonné à son triste sort. Malgré la prestance de sa façade haussmannienne qui résiste autant qu’il le peut aux outrages du temps, je sais qu’à l’intérieur, le délabrement le gagne. 

J’ai espéré longtemps avoir la chance de pénétrer dans ce lieu chargé d’histoire. Aujourd’hui, enfin, par je ne sais quel miracle, la porte s’est entrouverte. Je me suis glissé dans l’étroit passage qui s’est aussitôt refermé derrière moi.

J’arpente  les cuisines et l’immense salle à manger. Chaque objet abandonné là me raconte un peu de vous. Dans le grand salon, je glisse mes doigts sur un vieux piano désaccordé. Les notes de musique emplissent le silence et les fantômes du grand hôtel viennent à ma rencontre. 

Les robes à crinoline, les rires et les conversations animées envahissent  l’espace. On y parle des vertus bienfaitrices des eaux thermales, de l’avancée des travaux concernant le pont Napoléon qui traversera le Gave de Gavarnie et de l’inauguration de l’hôpital militaire. 

Je vous cherche des yeux au milieu de ces élégantes et de ces messieurs portant redingote  et chapeaux haut de forme. Ne vous trouvant pas, j’abandonne le piano et me dirige vers le vestibule. 

L’escalier d’acajou, sculpté à votre effigie, m’invite à monter dans les étages. Je m’arrête au second, inspiré par une main invisible qui me pousse vers une double-porte vitrée. Elle s’ouvre sur mon passage. La pièce est vide. Seul un immense miroir trône au dessus d’une cheminée en marbre. De belles flammes dansent dans l’âtre et une douce chaleur m’envahit. 

Un bruissement d’étoffe attire mon regard et vous m’apparaissez enfin. Belle muse de ce bout de montagne, vous illuminez ce lieu de votre beauté impériale. Ici, entre ces murs qui se meurent et autour, dans les rues de la vieille ville,  vous restez notre fée blonde. 

Altesse, me ferez-vous l’honneur   d’une valse fredonnée du bout de mes lèvres ? Ne fut-ce que quelques instants. Le temps de ce rêve insensé. 

De la suite j’ai tout oublié, votre main délicate posée sur mon épaule, mon bras enserrant votre taille de guêpe. Votre parfum flottant dans l’air, la douceur de vos paroles murmurées, notre valse endiablée et le sol qui se déroba brusquement sous mes pieds. 

Ici, les eaux sont réputées guérir de presque tout. Me guériront-elles de la nostalgie qui ne me quitte plus? À moins qu’elles ressuscitent ces murs délabrés pour qu’à nouveau de belles dames et des messieurs habillés de neuf valsent sur ces parquets cirés.

Alors je fermerai les yeux pour mieux vous retrouver.

Pour la consigne 361 de Kaléïdoplumes

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Hôtel des Princes