Je referme la porte derrière moi et relève le col de ma veste. Le soleil se lève à peine. Un voile de brouillard recouvre encore la haute vallée à mes pieds. Le troupeau est regroupé sous l’œil vigilant de Balto qui les observe de son promontoire. Les bêtes le sentent, le moment est arrivé. Je n’ai pas eu à siffler le chien pour les rassembler, elles ont formé un cercle compact bien avant le lever du jour. Elles patientent sur la croupe herbeuse dominée par l’Ossau. Elles attendent le signal du départ.

Il y a deux jours, Marcel et Félicien sont montés avec les ânes récupérer la  dernière production de cet été qui est de belle qualité. Dans quelques semaines, les fromages seront prêts à la vente et je retrouverai alors les marchés de la région, retournant du même coup à la vie grouillante des gros bourgs. D’ici-là, j’aurais repris le rythme de la vallée, il me faut toujours du temps pour retrouver mes marques.

La semaine passée, la nostalgie m’a envahi lorsque j’ai fait la dernière traite.  Assécher le pis des brebis signifie la fin de l’été et le retour imminent dans la vallée. Moins de travail m’amène à plus de contemplation. Je fais alors le plein de souvenirs. Ils m’accompagneront tout au long de l’hiver et m’aideront à attendre la prochaine transhumance. Je suis un loup solitaire aime à dire le vieux Marcel.

-          Tu as deux amours, la montagne et ton chien, ils prennent tellement de place que tu en oublies tout le reste.

IL a pas tort le Marcel, mais je n’aspire à rien d’autre. Ici, je me sens à ma place. La solitude, je ne la ressens jamais, ça grouille de vie autour de moi. Je connais chaque coin et recoin de ces alpages. Pourtant, chaque jour j’ai l’impression de les découvrir pour la première fois. L’ombre et la lumière jouent avec le Jean-Pierre qui se reflète sur l’eau du lac et me donne à voir mille facettes de lui. Je ne m’en lasse pas. Le sentiment de liberté que je ressens en parcourant les estives, je ne l’échangerais pour rien au monde, c’est ma richesse à moi.

Il est l’heure, j’embrasse du regard l’Osssau une dernière fois, puis  je lui tourne le dos et donne le signal  à mon fidèle Balto. Le troupeau se met en marche au son des cloches, la vallée nous ouvre ses bras.

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 Pour la consigne 359 de Kaléïdoplumes