Je pars le cœur en vrac, je quitte mon île pour toujours. Je n’ai jamais connu d’autre lieu et je n’aspire à aucune autre vie. Pourtant je pars.

Nous n’étions plus que trente-six, pas assez pour survivre aux conditions extrêmes de l’île. Nous avons tous signé la pétition réclamant notre évacuation. Le souhaitions-nous vraiment ? Les plus jeunes rêvaient d’Angleterre ou d’Australie. Nous avions vu partir nos frères ou nos sœurs au fil des ans, nous les avions parfois enviés et beaucoup hésitaient à faire de même. D’autres ne se voyaient pas vivre ailleurs que sur cette terre qui nous avait vus naître.

Mais ce jour-là nous avons tous signé, la mort dans l’âme, avec nos larmes, comprenant que ce voyage serait sans retour. Nous étions arrivés au bout de notre histoire d’amour avec cette terre mère.  Une longue histoire remplie de joies mais aussi de souffrances, d’espoir mais aussi d’angoisse. Rester était devenu impossible, rester, c’était mourir.

Hier, nous nous sommes retrouvés autour de la grande table et nous avons pleuré, sur nos maisons que nous allions quittées, sur nos ancêtres enterrés dans le cimetière surplombant la falaise, et que nous abandonnions. J’ai serré dans mes bras mon ami, pour lui donner le courage qui pourtant me manquait.

Sur mon île aux oiseaux, battue aux quatre vents, j’ai étouffé le feu de mon foyer et fermé la porte à jamais. J’ai laissé les moutons s’éloigner sur les pentes escarpées et entamé mon chemin de croix. J’ai ôté mes chaussures pour sentir ma terre vibrer sous la plante de mes pieds. J’ai caressé une à une les  pierres du muret jusqu’à l‘embarcadère.

Sur le pont du bateau, pour la première fois et la dernière fois de ma vie, je peux embrasser du regard mon île toute entière et je la trouve belle, si belle sous ce ciel pour une fois clément. Le bruit assourdissant des vagues se fracassant contre les rochers berce ma peine. Le cri des oiseaux couvre mes pleurs. Pourtant, l’océan ne parvient pas à engloutir mon chagrin.

Je quitte mon île pour toujours, L’adieu est déchirant, je ne m'en remettrai pas.

Source: Externe

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Ce texte a été écrit pour la consigne 357 de Kaléïdoplumes