Si j’étais une fleur, je serais un coquelicot et je pousserais sur des terres arides, accroché à la roche, fragile et éphémère. Ne me cueille pas, laisse-moi naître et mourir ici, entre cailloux et rares herbes. J’ai besoin de peu pour offrir à ton regard mon rouge éclatant, mais je me fane si je m’éloigne de mes racines.

Si j’étais une couleur, l’arc-en-ciel serait ma maison, je serais bleu, jaune ou indigo et éclairerais d’espoir ton ciel après la pluie. Je resterais le temps d’une éclaircie et m’effacerais au moment où le soleil, encore hésitant, inonderait ton jardin.

Si j’étais un fruit, je serais une pêche de vigne, je viendrais sucrer tes nuits d’automne, après une dure journée de vendange. Sur la terrasse, profitant des dernières journées avant que le froid ne s’installe, tu goûterais au plaisir de prolonger l’été.

Si j’étais un arbre, je serais un vieux châtaignier plusieurs fois centenaire, j’aurais poussé sauvage à flanc de montagne, témoin silencieux du temps qui passe. Je me laisserais apprivoiser par qui voudrait bien s’accrocher à mes branches. Et si tu as le temps, je te raconterai la vie d’avant, lorsque j’étais un jeune arbre vigoureux.

Si j’étais une épice, je serais le piment d’Espelette. Dès la mi-août, je décorerais de guirlandes flamboyantes les maisons du Pays Basque. À quelques kilomètres de l’océan, j’accompagnerais le chant des sirènes, me soûlerais aux embruns de la côte Atlantique puis  viendrais ensoleiller tes plats.

Si j’étais une étoile, je ne brillerais que les nuits de pleine lune, je n’indiquerais rien, que la fragilité de l’univers. Il faudrait que tu te concentres pour m’apercevoir, bien loin de la grande ourse et de l’étoile du Nord. Et parce que je suis discrète, je  me ferais filante en plein cœur du mois d’août.

Si j’étais une émotion je serais la joie. Je ferais plusieurs fois le tour du monde et  sèmerais mes graines  à ses quatre coins. Nul endroit ne serait épargné. Du désert Africain aux terres Irlandaises, des bords du St Laurent aux îles du Pacifique, du sommet de l’Himalaya aux profondeurs des océans, je les ferais germer et se multiplier jusqu’à ce que plus une seule larme de désespoir ne coule.

 Si j’étais un mot je serais le verbe aimer, je le conjuguerais à tous les temps, traverserais les frontières et entraînerais petits et grands dans une ronde  espiègle qui balaierait d’un même rire tous les cons de la terre.

Si j’étais un rêve, je serais celui d’un enfant. Je ferais de ses nuits des dessins colorés où tous les possibles se réalisent. Alors, le moment du coucher deviendrait une fête et au petit matin, une maman aimante viendrait réveiller un petit apaisé.

Si j’étais la terre, j’engloutirais la haine jusqu’au plus profond de moi. J’étoufferais sa rage pour qu’il ne reste rien qu’une poussière de sable. Je laisserais la mer faire l’amour à la montagne et les volcans tirer des feux d’artifice pour faire naître des sourires sur le visage des gens tristes.

Passe le message à ton voisin, nous, petits grains de sable, éphémères et solitaires, nous sommes juste de passage. Semons ces quelques cailloux d’espoir et faisons les grandir avant qu’il ne soit trop tard.

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Pour la consigne 339 de Kaléïdoplumes