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Il restera quoi, lorsque nous abandonnerons pour rejoindre le troupeau.
Nous aurons laissé nos rêves et nos combats derrière nous.
Nous emprunterons le tunnel sans nous douter une seconde de ce qui nous attend au bout.
Et puis quoi ! Avons-nous perdu le désir de lutter, ou bien nous ont-ils noyés dans des certitudes simplistes qui nous empêchent de réfléchir !

Il nous restera quoi lorsque nous aurons lâché les chiens, juste pour voir, juste pour savoir. Par ignorance, par défi, par déception.
Nous les regarderons faire, saccager les fondations, détruire les murs porteurs, briser les fenêtres sur cour.
Nous ne nous pencherons plus au balcon, nous ne crierons plus d’un étage à l’autre dans une joyeuse cacophonie. Il n’y aura plus que l’odeur du steak frite et du café noir. Nous ne mangerons plus avec les doigts et nous n’irons prier qu’à l’église. Nous oublierons qu’on peut marcher pieds nus même dans la rue.

Ils effaceront les frontons de nos mairies, goguenards, fiers de leur légitimité, et nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer.
Nous aurons laissé faire, trop occupés à nous préoccuper de notre petit monde, bien centré autour de notre propre nombril, parce qu’il reste notre seul repère.
Nous avancerons droit devant, pressés de voir le bout du tunnel. Derrière ils laisseront un champ de ruines.
On reconstruit quoi sur des ruines. Aurons-nous le temps, la force de poser pierre après pierre pour édifier une maison en dur, solide aux coups de vents, capable de faire face au temps qui passe, à l’oubli qui nous enfume.

Nous emprunterons tous le tunnel, nous marcherons dans les pas de ceux qui nous précèdent et ceux qui nous suivent en feront tout autant.
Et puis quoi, que trouverons-nous au bout de cette nuit qui se veut rassurante. Qu’irons nous chercher de l’autre côté.
L’obscurité ne peut pas chasser l’obscurité, seule la lumière le peut *.
Mais au bout du tunnel, point de lumière, juste un paysage gris et terne.
Nous aurons lâché les chiens, ils se regrouperont, avanceront en meute,  traceront la route vers le feu, vers les flammes, vers la sueur et les larmes.
Il sera trop tard pour réfléchir, pour changer d’avis, peut-être pour lutter.
Le mal sera fait.
Et puis quoi, n’avons-nous plus d’espoir ?

 

*Martin luther King

Pour la consigne 303 de Kaléïdoplumes