Des couloirs longs, larges, sans fin lycee-Savignac-100x72
Des salles de classe, blanches, fades
Des salles d'études, grandes, froides
Une sonnerie hurlante, stridente

J'ai seize ans, entre quatre murs

Des escaliers de tous les côtés,
Pour descendre, vers la sortie, vers la vie
Pour monter, dans les étages, dans les dortoirs
Du lever au coucher, présence obligatoire

J'ai seize ans, je ne pousse plus

Une cour de béton, quelques centimètres de gazon
Un carré de ciel au dessus
Trois ou quatre bancs de bois vermoulu
Derrière les grilles, la rue

J'ai seize ans, je me flétris d'ennui

Une cantine sans joie, sans âme
Des tables alignées, chaises cabossées
Carafes en fer blanc,remplies de lait tiède, de café
Repas sans saveur, vite expédiés

J'ai seize ans,je ne ris plus

Quarante lit tête bêche, par rangée de huit
Quarante couvres lits, rouge vif au plis parfaits
Lumière aveuglante, intrusive, agressive
Noir total à vingt-deux heures tapantes

J'ai seize ans, j'attends. Quoi? Je ne sais... J'attends

Je me souviens de la rue principale que je remontais chaque lundi matin, le cœur gros et le bagage lourd..
Cinq jours et quatre nuits, interminables, m'attendaient au bout de la dernière côte. Et cet impression, une fois passée la porte, que j'entrais dans un trou noir et profond.
Alors ma gorge se serrait, et je me sentais au bord de l'abîme.

Je me souviens de ces longues soirées dans la salle d'étude, à attendre que la sonnerie de 21 heures nous donne la permission de monter aux étages, dans les dortoirs. Enfin, une fois débarbouillée, me pelotonner tout au fond de mon lit. Plus que 3 nuits, plus que deux, plus qu'une...

Interdiction de courir dans les couloirs, de rire, de parler fort
Attendre son tour, pour se doucher, pour se coucher, pour manger
dortoir fermé à clef avant telle heure
Salle d'étude fermée à double tour après telle heure

Je me souviens des mercredis après-midi
Ces quelques heures de liberté, dans un café, en centre ville
Une salle en sous sol, Renaud en boucle sur le juke box
"C'est beau la jeunesse, encore faut-il savoir l'utiliser"
Laisse béton, en pension, au lycée, ma jeunesse se fane!

 

Pour la consigne 254 de Kaléïdoplumes