gages consigne 253

Voilà combien de temps que tu domines là
Qu’au dessus de la plaine tu poses ton regard
Comme un vaisseau de pierre ton passé me poursuit
Comme un berceau de terre ton histoire me nourrit

Alors sur ce muret je suis là face à toi
Contre le tronc de l’arbre je m’adosse et souris
Laisse venir à moi une vague nostalgie
Qui me ramène à ton petit coin de paradis

Une petite maison adossée à la roche
Sur un morceau de Causse livré à tous les vents
En son sein il y a des dizaines d’enfants
De la souillarde au grenier des rires et des chants

Voilà combien de temps je courrai dans ta cour
Je montais les deux marches pour rejoindre Grand-mère
Je sens encore l’odeur de la soupe qui cuisait
Je vois encore ma mère s’asseoir près de l’entrée

La cuisine envahie la grande table en bois
La miche de pain frais le couteau de Grand-père
Les repas animés le vieux buffet bancal
Le sol mal carrelé le tue-mouche accroché

Si je serre les poings et si j’y crois très fort
Tous ces vœux là seront-ils exaucés alors
Combien donnerai-je pour revivre un instant
Dans la maison de pierre sur son bout de rocher

Voilà combien de temps que tu hantes mes nuits
Toi la maison de pierre sur ton Causse Comtal
Je me souviens de tout je me souviens de tous
Je n’ai rien oublié je n’ai rien effacé

Ni nos matins frileux sous le toit du grenier
Ni l’édredon de plumes sur nos corps endormis
Ni l’odeur du jambon sur la poutre accroché
Le grincement du bois du plancher sous nos pieds

Le saurez-vous jamais vous tous qui étiez là
Vous les privilégiés de ces beaux moments là
Je n’ai jamais cessé d’emporter avec moi
Partout sur mes routes la maison familiale

Voilà combien de temps je n’ai pu admirer
La vue sur la plaine du fenestrou du grenier
Réalisais-je alors le trésor qui couvait
Dans la maison de pierre sur son bout de rocher

Je renifle tant et plus en écrivant ces mots
Au hasard de ma plume je laisse resurgir
Du passé des instants uniques et merveilleux
Je pleure alors la grâce de ces moments perdus

Je ne parlais jamais je n’écoutais que peu
Toujours la tête ailleurs dans ma bulle solitaire
Et pourtant j’étais bien accrochée à la pierre
L’avez-vous vu ou su  mes racines poussaient là

Pour la consigne 253 de KaléIdoplumes