Je suis profondément et viscéralement de gauche. 

Cela remonte à quand déjà? Sans doute à ma prise de conscience des inégalités entre les individus, donc très tôt, à l’école primaire sans doute. Ne rien avoir, ou plutôt, ne pas avoir de richesses ne m’a jamais posé de problème dans ma petite enfance. D’ailleurs “être pauvre” ne signifie rien quand t’es un môme et que ta richesse c’est trois cailloux sur une terre aride, deux morceaux de bois pour faire un toit et un maïs en guise de poupée de chiffon. Quand ta tête est remplie d’imagination, quand grimper aux arbres c’est partir à l’aventure, quand tu es capable d’inventer tout un monde avec trois fois rien, et quand tu as quelqu’un avec qui partager tout ça, tu es déjà riche de tout ce que tu n’auras plus jamais par la suite.

Ma conscience d’être “pauvre” c’est mon père qui me l’a insidieusement rentré dans le crâne, en me martelant qu’on ne se mélange pas aux autres, entendez aux riches, comprenez à ceux qui gagnent un peu plus que le smicard qu’il était. Et la leçon a été suffisamment bien apprise pour que toute le reste de ma vie, je me sente d’un côté de la barrière. Du coup, mon regard sur ces autres, ceux qui allaient au restaurant, en vacances en été, ceux qui faisaient construire ou achetaient une vieille bicoque de campagne, ceux qui possédaient une voiture neuve, ceux-là dont les enfants avaient des tabliers et des chaussures neufs à la rentrée, un beau cartable, qui avaient 4 sous pour acheter des bonbons à la sortie de l’école, tous ceux-là m’impressionnaient, pas que je les enviais, oh que non, je me sentais bien à ma place, riche à ma façon! Mais je m’imaginais que sur mon front il y avait tracé en rouge: fille de cantonnier, celui qui dit que tous les autres sont des cons parce qu’ils gagnent mieux leur vie, celui qui dit que fille de cantonnier, c’est comme fille de rien, fille à l’avenir incertain, fille qui restera dans son petit carré de jardin à vie, parce que ma pauvre fille, tu rêves!!!! restes à ta place, le monde tourne bien sans toi!” ce qui équivalait pour moi à “pas intéressante, à éviter à tout prix”

Ce que les adultes peuvent casser un môme quand même! Comment écraser dans l’œuf toute envie de se surpasser, de s’aimer, de se réaliser!

Mais je m’égare et tout ceci n’est qu’une introduction au propos qui m’intéresse de vous faire partager ce matin.

Aujourd’hui je fais partie des classes moyennes mais je reste “fille de cantonnier” consciente des inégalités et avec des convictions toujours ancrées à gauche. je ne voterai jamais pour des extrêmes, qu’ils soient de gauche ou de droite, mais je ne peux pas, à moins de ne pas avoir le choix (comme en 2002) glisser un bulletin UMP dans une urne.

Je n’ai pas une confiance aveugle en nos gouvernants socialistes, j’ai conscience de leur faille, de leurs erreurs, de leurs faiblesses, Mais je les imagine en adéquation avec leur discours, ou du moins essayant un maximum de garder une ligne de conduite socialiste.

Alors quand l’un de nos ministres jure devant l’assemblée nationale que non il n’a pas de compte en Suisse, qu’il n’en a jamais eu et qu’il n’en aura jamais, je suis peut-être naïve mais je veux y croire. Non pas que je ne doute pas, ce fut un chirurgien de renom avant son entrée en politique, un gars qui a du pognon (comme me dirait mon père) mais chez moi parjurer dans sa position, c’est comme mettre une grande baffe à tous les smicards, à tous ceux qui croient à la gauche. Accepter un poste dans un gouvernement de gauche en planquant depuis 20 ans son fric dans un paradis fiscal, c’est foutre en l’air tout ce en quoi je crois.

Je suis bien plus que déçue, je suis écœurée. Alors pour arriver à ses fins, tous les coups seraient permis? Y compris chier sur les principes du socialisme, et se rouler dans sa merde parce qu’on a pas les couilles de dire: je suis un tricheur ? Faire la part belle à tous ceux qui ne croient pas aux principe de gauche.

Alors il n’y aurait pas d’autre solution dans ce pays, pour arriver au pouvoir, que de se salir les mains, tricher, soudoyer, acheter des voix, se crêper le chignon entre mecs du même bord, faire les yeux doux aux extrémistes,  pour être calife à la place du calife.

Alors tout cela ne serait qu’une vaste fumisterie, une grande cour de récréation où on se met à plusieurs pour attaquer les plus faibles, où les insultes volent bas, les accusations en tout genre, les judas sont les rois de la récré.

Un vaste champ de guerre où il n’existe que deux camps: celui des caïds et celui des faibles?

Une grande cour des miracles où les putes sont de tous bords, ou les bien pensants sont en fait des ordures et où les gens honnêtes sont des demeurés, où les gens simples qui éduquent leurs enfants dans la tolérance et le respect sont des idiots?

J’ai la nausée, aujourd’hui, et une affaire en amenant une autre, les citoyens qui votent en leur âme et conscience vont finir par penser qu’il n’y a plus que des médias charognards et des politiques véreux. Comment leur donner tort?

 

Moi, peut-être naïve, peut-être idiote, peut-être inconsciente, peut-être demeurée,  j’userai encore et toujours de mon droit de vote si chèrement acquis par les femmes en 1944, et mon cœur penchera toujours à gauche, malgré tous, même déçue, même découragée, même meurtrie, même trahie,parce que je n’ai que ce droit là pour faire bouger les choses, pour y croire encore!