Je ne sais pas ce que je vais écrire, je ne sais pas si ce que je vais écrire, je vais le publier, je ne sais même pas si j’aurais le courage d’aller au bout de ma pensée, de vider mon sac, mais je sais que je ne peux garder le trop plein qui me noie.

Je tombe, je ne cesse de tomber depuis plusieurs mois. Je suis aspirée et je n’arrive à m’accrocher nulle part. Je le refuse mais c’est un constat: la rechute est vertigineuse.

Je sais que ma soeur va lire ces lignes, c’est pour cette raison que j’hésite tant à écrire et à publier, mais mon blog a été, reste l’endroit où je peux tout écrire, et je ne peux abandonner ce dernier refuge.

Alors oui, tu vas avoir mal en lisant ces lignes, tu vas me demander si tu peux me téléphoner, et je vais te répondre que non, pas pour l’instant, et je fais te faire mal et je le sais, mais j’espère que tu comprendras que le simple fait de le dire ici prouve que je me bats, encore et toujours, contre mes vieux démons.

Lorsque j’ai commencé ce blog, il y a 7 ans, je l’ai utilisé pour raconter mes phobies, mes emmerdes, et les moyens que j’utilisais pour en sortir. J’avais enclenché depuis 18 mois la remontée à la surface. Il y a eu des petites rechutes, la remontée a été longue, les progrès parfois très lents, parfois fulgurants, mais toujours présents.

En 2007, lorsque j’ai emménagé ici, cela a été très dur il a fallu un peu tout recommencer, m’approprier les lieux. J’y suis arrivée, avec l’aide d’un comportementaliste et d’un traitement médical (que j’ai refusé pendant des mois, puis, lorsque j’ai commencé à avoir des troubles de panique au travail, j’ai préféré la molécule qui m’aiderait à tenir plutôt qu’un nouvel échec) J’ai arrêté le traitement il y a deux ans.

Aujourd’hui, comment est-ce possible? Je me retrouve exactement dans la même situation qu’en 2002. Peut-être pire car à l’époque, les enfants étaient mon moteur pour sortir de chez moi, les amener à l’école, chez le médecin. Aujourd’hui les seules sorties que je fais sont mes randonnées, mes bouffées d’oxygène .

Tous les matins je me réveille avec cette boule dans la gorge, cette envie de vomir, et je dois lutter longtemps pour ne pas me laisser aspirer par l’angoisse. Et le reste de la journée je suis sur un fil, comme en situation de danger. J’ai du mal à répondre au téléphone, je sursaute lorsqu’on sonne à ma porte. Chez moi, pas mieux, j’oscille entre le besoin de rester seule, n’importe où dans la maison, mais seule, et l’impression lorsque je suis seule, de n’avoir aucun rempart contre l’angoisse qui m’aspire.

Chaque année cette période est difficile, beaucoup de choses remontent à la surface, mais je ne peux pas mettre tout sur ce seul fait.

J’ai un souvenir très précis du moment où j’ai compris que je rechutais, très lentement, mais très sûrement. Ca s’est passé en avril . Mon homme s’était fait opérer du dos, il venait de passer 3 mois à la maison. A partir de mars nous avons commencé a reprendre des marches, des petites randos. Pendant sa convalescence, il n’avait pas le moral et je l’ai soutenu du mieux que j’ai pu, et puis il a repris le travail, et toutes ses capacités, il est reparti dans le boulot à 200 à l’heure, comme à son habitude. Et là, j’ai eu la sensation que je restais sur place. Ce n’est pas le fait que lui reparte qui m’a angoissé, bien au contraire, j’étais tellement contente de le voir à nouveau en forme, j’avais été très inquiète. C’est le fait de réaliser tout à coup qu’il redémarrait après un coup dur, et que moi je restais là, à quai. J’avais passé 3 mois à prendre son rythme et tout mon handicap à moi me revenait à la figure. Le fait de moins sortir, de moins affronter mes phobies, elles revenaient toutes au galop. Et là je me suis dit: “mai ça finira donc jamais? Je suis condamnée à recommencer sans cesse?” En mai, j’ai repris contact avec mon thérapeute, que je ne voyais plus depuis plus d’1 an. Ce fut un autre choc: pour moi c’était un échec, je le vivais comme tel malgré son analyse différente. Juin et juillet se sont bien passés. Puis petit à petit, j’ai redescendu les marches une par une. J’ai essayé de me retenir à la rampe. C’était mission impossible. Malgré toute la volonté du monde, je me sentais aspirée. Il a suffit de quelques attaques de panique à des moments clefs pour que la culpabilité, la honte, le découragement reviennent au galop.

Et pour finir de m’assommer. Mon thérapeute m’a expliqué il y a un mois que ce serait peut-être préférable de reprendre son poison pour m’aider à remonter. Et que peut-être il faudrait que je le prenne à vie…

Idée que j’ai rejeté immédiatement.

Je n’ai qu’un seul objectif actuellement: c’est de pouvoir passer normalement Noël en famille, avec mes enfants, , préparer le repas comme une personne normale,  me mettre à table comme une personne normale, profiter d’un moment de partage, comme un personne normale, sans avoir peur, sans me sentir en danger, sans faire d’attaque de panique. Je veux que nous ayons un moment de paix tous ensemble, sans qu’ils lisent la peur dans mes yeux, sans que je renonce au dernier moment, sans avoir à leur avouer que je suis si mal.

Seulement voilà, je suis phobique sociale et ces moments, si lourds de sens vont être une épreuve délicate à passer.

Il y a peu, quelqu’un m’a écrit: il te faut essayer de te faire un scénario positif pour appréhender au mieux le moment. Si j’arrivais à faire ça, je sais que cela m’aiderait, mais je n’y arrive pas et je tourne en rond, les pieds dans mon caca.

Mon année n’a pas été facile, mais on a tous des moments difficiles dans la vie, est-ce une raison pour chuter à chaque coup dur? Non!

Il y a une question, posée par mon thérapeute qui reste en suspens:

“Lorsqu’un grain de sable enraye la machine, la honte et la culpabilité vous submerge, vous chutez et vous faites un bon en arrière dans le passé. Vous réagissez alors exactement comme si vous étiez dans ce passé. Comment couper le lien, comment réagir ici et maintenant sans retomber dans ce ressenti passé!”

Je n’ai toujours pas trouvé la réponse!