Mon cher Nicolas,

En réponse à votre charmante lettre comprenant les grandes lignes de votre programme, que vous avez eu la grande amabilité de m’envoyer, je me permets de vous répondre point par point, afin que vous sachiez que vous avez été lu, attentivement.

Mon cher Nicolas vous me précisez qu’un “monde nouveau est apparu”, vous voulez sans doute parler de ce murmure qui prend de l’ampleur, de ces voix qui s’élèvent, de plus en plus nombreuses, et qui crient qu’on ne les y reprendra pas une seconde fois? Non? Mince, je crois que nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde…

Mon Cher Nicolas, vous m’écrivez ceci:

Pendant les crises, ma seule préoccupation a été de protéger la France et les Français: je dois vous avouer qu’il y a méprise, je ne suis ni banquière, ni spéculatrice, mais vous avez raison sur un point: je suis Française!

La France est un pays qui a construit sa force sur son unité: sans doute cela remonte-t-il à bien loin, car j’ai le souvenir que de loin en loin  nous, peuple français, nous nous divisons souvent. Pétainistes ou gaullistes, chacun son camp en 42. D’un côté les justes sauvaient des enfants juifs, pendant que d’autres les mettaient en cage en attendant le grand voyage. Plus près de nous, certains ne trouvent leur bonheur que dans le mélange des couleurs, alors que d’autres sont prêts à faire la chasse à la sorcière, point levé et main sur le cœur. Il y aurait encore tant d’autres exemples, mais je ne veux abuser de votre temps, que je sais fort précieux…

La France forte, c’est une France qui défend ses valeurs et assure la sécurité des Français: Voilà qui est parlé Nicolas, un policier derrière chaque homme de couleur si possible, des vigiles armés dans chaque collège et une cellule dans chaque lycée. Avez-vous songé à la peine de mort pour un vol de portable et à la lapidation pour vitesse excessive? Peut être que Marine pourrait vous donner des conseils sur la façon de mener sa barque, elle en connait un rayon sur la sécurité…N’oubliez pas aussi de stériliser les sans papiers, il ne faudrait pas qu’en plus nos allocations familiales partent en fumée.

La France forte, c’est une France qui préserve son identité: la mienne se confond avec celle de Rachid, Ahmed, Andelagid, mes valeurs sont celles de l’humain avant celle de la France, Je veux mélanger le cassoulet avec le couscous, le noir avec le blanc, le thé à la menthe avec le café bien serré. Je veux l’odeur d’henné mélangé à l’eau de cologne. Je veux entendre parler arabe dans l’escalier, occitan dans le métro, espagnol, français, sur la place du capitole. Je veux l’égalité, comme vous, la liberté, comme vous, je me moque pas mal du mérite et de l’amour de la France, je leur préfère l’ouverture d’esprit, le partage de culture, l’acceptation de l’autre dans toute sa différence, sa richesse culturelle et intellectuelle. Je veux que l’étranger qui vit dans mon immeuble puisse voter comme je le fais aux élections régionales ou municipales, je veux qu’il me fasse visiter une mosquée, qu’il me prête le coran, qu’il m’apprenne à écrire “bienvenue” en arabe.

Oui je sais cher Nicolas, nous n’avons pas les mêmes valeurs, je ne peux que le regretter.

La France forte, c’est une France qui décide elle-même qui peut s’installer sur son territoire:Vous souhaitez diviser par 2 l’immigration pour préserver notre protection sociale, comme si tout était quantifiable à souhait. 50 immigrés sont dans un bateau, 20 tombent à l’eau, combien en reste-t-il. 20 sont retournés à l’envoyeur, combien en reste-t-il, 5 vivent au crochet de notre société, combien en reste-t-il, 4 vivent au dessous du seuil de pauvreté, sous payé et non déclaré par des français pure souche, combien en reste-t-il, 1 fait la manche au coin de ma rue, combien en reste-t-il…

Pauvres français que nous sommes à nous raccrocher à un drapeau en lambeaux, déchiré par des dirigeants peut attentionnés, plus préoccupés par le CAC 40 que par le RSA.

La France forte, c’est une France qui affirme la valeur de l’autorité: Vous souhaitez rétablir l’autorité des professeurs, revaloriser leur statut, et pourtant vous ne les écoutez pas et vous êtes le premier à les critiquer, à penser qu’ils ne travaillent pas assez. Des classes surchargées, du travail supplémentaire le soir et les w-ends, à corriger les copies, préparer les cours, du soutien scolaire, des réunions de classes, de profs, des responsabilité tant et plus, des gosses en perdition parce que noyés dans la masse. Je vous le dis tout net cher Nicolas, vous perdez pied, le bateau coule, écopez si vous ne voulez pas vous noyer à votre tour.

La France forte c’est une France qui croit à la responsabilité: Je frôle la crise cardiaque Nicolas et c’est votre faute, quand je lis que le bénéficiaire du RSA devra avoir une activité d’intérêt général . Faut il vous rappeler cher Nicolas, que le revenu de solidarité est, non pas un devoir, mais un DROIT, tout comme les allocations chômage. Faut-il vous rappeler que lorsqu’on est en situation précaire, on perd tout repère, toute dignité, et que de traiter ainsi des personnes fragiles peut les amener à leur perte. Voyez-vous ce qui me chagrine Nicolas, c’est que je ne lis dans votre courrier que droit, devoir, obligation, sécurité. Ses mots là ne font pas partie de mon vocabulaire, j’en suis désolée pour vous…

La France forte, c’est une France qui met toute son énergie dans la protection du travail: Je n’aurai qu’une question, Cher Nicolas, à ce sujet: où étiez-vous ses 5 dernières années???????

La France forte, c’est une France juste qui met l’éducation et la formation au cœur de la solidarité: enfin un mot qui m’est familier. Mais je vous rassure cher Nicolas, je n’ai pas attendu votre second hypothétique mandat présidentiel pour éduquer mes enfants. Et je crois savoir qu’ils savent conjuguer le verbe “être solidaire” à tous les temps passé, présent et futur.

La France forte, c’est une France qui protège les plus fragiles: comme je vous comprends, il ne devait pas y avoir de personnes “fragiles” durant ces 5 dernières années, autrement, vous auriez pris ces décisions depuis bien longtemps…

La France forte, c’est celle qui pèse de tout son poids dans une Europe qui protège: ambition légitime cher Nicolas, malheureusement, je crains que vous ne vous berciez d’illusions, l’Europe ne vous appartient pas, et pour jouer dans sa cours de récréation il faut accepter les règles imposées par le proviseur. On dit Mme Merkel intransigeante, ne le saviez-vous pas????

Vous terminez votre lettre, cher Nicolas, en écrivant:

Français de métropole,d’outre-mer et de l’étranger, j’ai besoin de vous, aidez-moi à construire la France forte.

 

Permettez moi de terminer à mon tour , cher Nicolas, en vous retournant la question, quelque peu transformée:

Monsieur le président, qu’avez-vous fait pendant 5 ans? Les français avaient besoin de vous, pour garder leurs emplois, pour sortir du chômage, pour vivre dignement.

Les professeurs avaient besoin de vous pour alléger leurs classes, les soutenir dans leur travail, leur donner les moyens d’exercer leur métier pleinement, pour que chaque enfant, quelque soit son niveau social, puisse réussir ses études.

Les retraités avaient besoin de vous, pour ne pas avoir l’impression d’être devenus des boulets qui demandent la charité.

La liste serait longue et je n’ai ni le temps, ni l’énergie de la terminer, tant je sais l’inutilité de ma démarche.

Alors cher Nicolas, permettez-moi de vous quitter sur ces mots:

La France solidaire  a décidé, votre temps est révolu, il n’y aura pas de seconde chance. le bouton “expulsion” est enclenché, n’ayez crainte, ce sera sans douleur… pour nous français…