Je n’aime pas la foule, je crains la chaleur, je ne vois pas forcément l’intérêt de faire ce genre de démarche…

Et pourtant, je n’ai trouvé que ça pour dire mon indignation, pour formuler mon incompréhension.

j’ai fait comme 5000 personnes, je me suis rendue à cette marche silencieuse, accompagnée de mon fils, 17 ans et d’un copain à lui, 15 ans.

J’ai pensé à Alexandre, que je ne connais pas, mais qui aurait pu être mon fils, ou son copain.

j’ai surtout pensé à sa maman, qui vit un enfer, et c’est mon cœur de mère qui voulait saigner aussi, avec le sien.

Ailleurs, c’est toujours loin, c’est inimaginable, intolérable, mais c’est loin, presque virtuel, juste à travers l’écran de télévision.

Alexandre c’est ici, tout près, dans la ville où mon fils se balade à vélo, dans ces rues que j’emprunte, sous ce ciel des Pyrénées. Alexandre c’est un enfant qui a ri, couru dans les rues du centre ville, entouré de copains de collège ou de quartier.

Alexandre c’est un enfant, rien qu’un gamin qui était au mauvais endroit, au mauvais moment.

Les fleurs posées sur ce bout de bitume, à l’endroit même où son vélo a été retrouvé, les bougies allumées, les pleurs de l’assistance, la douleur d’une mère, rien ne pourra faire revenir cet enfant.

Quel espoir si ce n’est comprendre, trouver qui, et comprendre, comprendre que la vie d’un enfant ne vaut plus rien que des larmes et du sang…

J’ai entendu des chuchotements, des raisonnements qui m’ont fait peur: vengeance, peine de mort, torture. Notre société nous attire inexorablement vers le mal. J’ai envie de leur dire, à tout ces extrêmes, que nous sommes tous responsables de ce qui arrive à nos enfants, que la violence est exhibée partout. Les dépouilles sont étalées dans des flaques de sang, que ce soit aux infos, dans des films même plus d’horreur, dans des jeux vidéos. La mort est banalisée, et nous parents, ne savons plus parler à nos enfants.

Je ne veux pas de cette société pour mes petits-enfants à naître. Je veux un état responsable, des parents attentifs, une société à l’écoute de ses jeunes, je ne veux pas des flics à chaque coin de rue, je veux des accompagnants, suffisamment de profs dans les écoles, de pions, d’éducateurs, de personnel soignant. Je veux un monde plus juste avec ceux qui n’ont rien. Je ne veux ni de la carotte ni du bâton, je veux de l’égalité et de l’écoute.

Mais… Je m’égare. Si j’étais cette mère, je voudrais tuer de mes propres mains le bourreau de mon enfant. Je parlerais avec ma douleur de mère, avec mon incommensurable douleur. Mais je suis simple spectateur de ce drame, et je sais, que rien ne ramènera cet enfant à sa mère, rien n’empêchera un tel drame de se reproduire, aucune prison, aucun bourreau n’évitera un autre drame autre part.

J’étais à cette marche, je suivais mon fils qui marchait devant moi, me protégeant comme il pouvait de la foule qui me fait peur. Je dévorais mon enfant des yeux, je lui disais en silence que je l’aimais plus que tout au monde. A chaque pas je remerciais le ciel de l’avoir là, devant moi, de pouvoir le voir, le toucher, l’embrasser. Mes larmes trahissaient la douleur d’imaginer une autre mère, en début de cortège, qui n’aura jamais l’occasion de le faire avec son fils.

Alors pour cette mère en deuil, pour toutes ces mères qui souffrent, je me devais d’être présente, infime grain de sable dans une douleur sans fin. Parce que je n’ai rien trouvé de mieux à faire pour dire que je ne comprends plus… que j’ai peur pour nos enfants, pour l’avenir que nous leur construisons. Pour dire que le rôle d’une mère n’est pas de voir mourir son enfant, de le pleurer le reste de sa vie. Nous, mères, nous sommes faites pour aimer, aimer, et aimer encore, pas pour pleurer, pas pour maudire, pas pour souffrir leur perte, je ne pense pas en avoir la force… Et je ne veux pas devoir l’imaginer un jour…

...Je t’aime tant mon fils, et pourtant, je dois avoir confiance, te laisser partir à vélo, te laisser rentrer tard du basket, sourire et ne pas m’inquiéter! Je t’aime tant mon fils! Je t’aime tant…