Le ciel est gris, il bruine depuis ce matin, le temps ne se lèvera pas. Une triste journée de juin en somme.

Ici, ça va couçi-couça.

Marie vient de recevoir son affectation pour l’an prochain, ce sera l’Eure et Loire, elle espère Chartres faute de mieux.

Tu te rends compte? Une prof dans la famille. Après ton petit-fils ainé ingénieur, sa sœur psychomotricienne, voilà un professeur de Français: qu’est-ce que tu serais fière, toi la petite servante du causse.

Elle est sûre de revenir l’an prochain sur Toulouse, pour rejoindre son amoureux. J’espère avec elle, je la sentirai si loin de moi pendant un an.

Amandine poursuit sa route, elle se réinstalle sur Pau pour un an, après, c’est le diplôme, après… On verra.

Thibault redouble sa première, il change de branche, tu sais, les études, c’est pas son truc, il est tellement dans les nuages, dans son monde, que je le laisse aller à son rythme. Je le souhaite juste bien dans sa peau pour l’instant, le reste viendra en temps voulu.

L’homme travaille toujours autant. Bah,  j’en ai pris mon parti depuis longtemps, j’organise mes journées selon mon humeur, même si parfois je me sens un peu seule. Et puis l’écriture ne me quitte pas.

Tu sais, je viens d’achever l’écriture de  mon second livre, celui-ci écrit en collabo ration avec mon amie de plume Pati. Je pense que tu l’aimerais beaucoup. Elle est discrète, franche, tolérante, elle a un physique rassurant. Elle aussi je pense qu’elle t’apprécierait de suite. Et elle nous trouverait des ressemblances c’est sûr. Cette fois-ci je vais essayer de tout faire pour ne pas fuir cette amitié. Parfois je doute encore de moi . Je n’aimais pas quand tu disais à ma sœur qu’il fallait faire attention à moi, que j’étais “fragile”. Pourtant tu ne te trompais pas, mais je garde le cap, envers et contre tout, je veux être fière de moi.

Avec papa, on s’est disputé, pour la énième fois, je ne répond plus au téléphone quand il appelle. Tu sais, j’ai essayé de tenir ma promesse, de m’occuper de lui, mais je n’ai pas réussi, il y a trop de contentieux entre nous, trop de blessures dont je ne t’ai jamais parlé. Régine n’arrête pas de me dire que tu comprendrais, que tu accepterais, me reste un infime doute, mais si je ne me protège pas, il m’entrainera avec lui dans l’abysse de sa propre souffrance, et je le refuse.

Parfois j’ai l’impression que l’écriture m’empêche de devenir “folle” Ce doit être toujours ce fameux manque de confiance qui me fait douter de tout, même de ma propre capacité à mériter une place au milieu des autres.

En ce moment je rêve de vendre la maison et d’acheter une grange en pleine montagne. Dimanche j’ai fait une randonnée, à la sortie d’un minuscule village d’altitude, il y avait un banc et installée dessus une vieille dame qui regardait le paysage: la vallée en face d’elle. j’ai pensé à toi, lorsque tu étais assise sur la terrasse de mon ancienne maison, tu passais des heures à regarder la campagne qui te faisait face. Tu avais l’air si sereine. J’ai eu envie d’être à la place de cette vieille dame tout à coup…

Aujourd’hui est un jour particulier, c’est le jour de ton anniversaire, mais tu n’es plus là pour que je te le souhaite…

Alors je fais ce que je sais le mieux faire en ce moment: j’écris!

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