Il faudrait que je parle encore de cette aventure extraordinaire que je vis avec ma complice d’écriture. Mais voilà, beaucoup d’émotions, des sentiments différents se bousculent dans ma tête.En ce moment nous sommes sur une partie qui nous prend beaucoup de nos nuits, de notre énergie , et surtout de notre soif de comprendre.J’ai moi même énormément de mal à faire une synthèse de ce que nous accomplissons, ce que je nommerais un “désir de mémoire”Elle l’explique très bien Sur cette entrée.

J’ai comme elle été prise dans le tourbillon de  nos recherches, dès que nous sommes passées à la partie historique de notre ouvrage, celle qui concerne les camps de regroupement des juifs en France, puis les convois vers les camps de la mort. Et pour finir, nous voulions comprendre l’impact du vécu des “revenants”, mais aussi de leur famille, enfants, petits-enfants.Nous avons alors ouvert un livre dans le livre, que nous sommes seules à lire et qui nous bouleverse  au point d’y revenir sans cesse.

Je comprends les raisons de Pati de vouloir aller au plus près de son ressenti, ce qu’elle en retire et pourquoi, elle l’explique d’ailleurs très bien dans son blog. Moi, je n’arrive pas à me situer par rapport à tout ça, peut être parce que je ne suis pas touchée de la même manière, pas de paroles échangées durant mon enfance sur les conséquences de la guerre, ou très peu. Mon grand-père paternel a été emprisonné pendant 4 ans dans un camp de travail en Allemagne, parce qu'il refusait de partir au STO, c’est du moins la version qu’on m’en a donné.

J’ai le souvenir d’une photo de lui prise juste avant son retour, en pyjama rayé. De ce qu’il a vécu là-bas, mon père ne m’en a jamais parlé, je pense que lui même n’a jamais posé de questions. Je n’ai jamais eu l’occasion d’en discuter avec mon grand-père puisqu’il est mort avant ma naissance.Cette raison suffit sans doute à me donner l’impression que j’ai tout à apprendre de mes recherches, à travers le témoignage de ceux qui en sont revenus et qui ont parlé bien des années après.

Est-ce que mon grand-père m’aurait parlée? Est-ce que j’aurais su lui poser les bonnes questions? Ni le passé, ni l’avenir ne me le diront!

Il y a un second événement concernant la guerre qui me “travaille” depuis longtemps aussi. La tuerie de Oradour sur Glane. J’ai lu des tas de choses dessus, j’ai été voir le site deux fois:

La première fois je devais avoir 12 ans, mon père nous a simplement dit, à ma sœur et à moi, que la seule rescapée de l’église était une grand tante à lui, et donc à nous (ma famille paternelle est limougeotte)  Je me prenais tout à coup en pleine face l’histoire de mes grands-parents, et je n’osais poser aucune question, encore aujourd’hui. J’ai vu des photos, lu des livres, cherché à retrouver mes traits dans ceux de cette femme qui avait eu le courage de fuir, imaginé sa vie après, son témoignage tardif. J’ai repensé à mon grand-père, à ce qu’il avait du vivre. A l’ adolescence , comme beaucoup de jeunes de l’époque, je me suis saoulée de témoignages, de potos et reportages insoutenables, comme pour me le rentrer dans le crâne, le garder dans un coin de ma mémoire. Et puis je suis passée à autre chose, parce que que faire de tout ça à 18 ou 20 ans?

Finalement aujourd’hui, sans en avoir eu l’intention, peut être parce que ça arrive au bon moment, je fais des recherches pour ce livre écrit à 4 mains. Et à 50 ans, le désir de mémoire est intense. DSCN1411