Après mes impressions sur ma nuit marathon voici le texte écrit à 4 mains, que vous pouvez aussi trouver chez Pati et sur Kaléïdoplumes, dans les textes libres.

C'est une belle journée d'été. Le soleil brille haut, et la clarté est telle, le ciel est si bleu, l'air est si dégagé que la vue se perd à des kilomètres, avec une netteté incomparable. Une de ces journées qui laisse l'esprit vacant, juste besoin de s’asseoir dans l'herbe et se laisser aller.

Le pépiement des oiseaux accompagne ma rêverie, et rend le silence environnant encore plus percutant. Je suis bien. Je sens chaque pore de mon être se dilater, chaque nerf se détendre. Impression vivace que j'ai toute l'éternité devant moi, et le monde entier sous mes yeux. Je suis chez moi.

Peu à peu, un sentiment étrange m'envahit. Il n'y a personne autour de moi, pourtant je sens... comme une présence. Comme un regard posé sur mon dos. L'impression devient si nette que je me retourne. Ce que je découvre alors me saisit de stupeur !

Au milieu de ce champ que j'ai traversé tout à l'heure, au centre de cette vallée que j'aime, tout près du figuier qui a recueilli tant et tant de mes confidences d'enfant, il y a un miroir.

Un immense miroir, aux contours de bois sculpté et patiné par le temps. Son verre a perdu de son tain, il ressemble à ces miroirs qui peuplent les contes de mon enfance. Pour un peu, je ne serais pas surprise d'y voir se refléter une princesse mélancolique.

Je suis plus curieuse qu'étonnée, comme si sa présence en plein champ n'était pas incongrue mais allait de soi. Ce miroir m'attire, irrésistiblement. Je me lève et m'approche. La chaleur estivale fait perler des gouttes de sueur sur ma peau.

Arrivée à son pied, j'ai comme un doute... ce n'est pas un miroir, c'est impossible. Car ce qui s'y reflète, ce n'est pas mon champ, ce n'est pas moi.

Ça y ressemble pourtant. « Elle » me ressemble, pourtant.

Plus je détaille cet étrange reflet, plus il devient net, précis, réel. Tellement réel que je tends la main vers cette femme que je ne connais pas et qui pourtant m'est familière.

Au même instant, sa propre main se tend vers la mienne.

Il y a le bois sculpté et patiné par le temps, le bois qui encadre le miroir. Celui que tu fixais à l’instant.

Un miroir ? De l’eau ? Un reflet, mon imagination, la tienne ? Deux âmes qui se rencontrent, deux cœurs qui se mélangent, deux esprits qui se connectent.

Un passage, vers un passé commun ? Un chemin qui trace ton avenir ou le mien ?

Pourquoi dans cet endroit-là, que je ne connais pas, près de cet arbre-là, dans lequel je n’ai jamais grimpé ? À travers ce miroir-là, dans lequel je ne me suis jamais regardée ? Que viens-je faire dans ton histoire, dans ce rêve que tu me racontes en souriant ?

Je ne sais pas, je ne sais rien, je sais juste que c’est toi qui tend ta main et c’est moi qui m’y accroche.

Je ne me perds pas, je ne me perds plus, tu n’es pas là pour ça.

Je ne demandais rien, je ne cherchais pas, trop occupée à me trouver moi.

J’avançais dans mon rêve à moi, ce n’était pas une vallée mais une colline, avec un petit ruisseau dont l’eau était si claire qu’on pouvait saisir le contour de chaque petit caillou qui tapissait le fond. Il y avait des châtaigniers centenaires et de la mousse autour des troncs. Le soleil était automnal et je me sentais bien.

J’ai trouvé le miroir au détour d'un sentier. Je me suis approchée, intriguée. Il n’avait rien à faire là, ce satané miroir. C’était mon décor, mon rêve, mon bien-être. C’est d’abord pour ça que je me suis approchée, pour comprendre ce qu’il faisait là.
Ta main se tendait déjà.

Ma main se tend et tu t'y agrippes avec une force qui me cueille.

Je rêve oui, je le sais, je te le dis, pourtant ce que je sens est vrai. Existe. J'avance dans cette dimension onirique avec une certitude que tout est à sa place, que je suis là où je devais être, au moment où je devais y être, et que rien d'autre ne compte.

L'air lourd des sous-bois envahit mon crâne. Autour de toi, les feuilles tapissent le sol et derrière moi brûle un été insolent. Tout est normal.

Je ne sais pas qui tu es, ni d'où tu viens, et pourtant je sais que tu fais partie de moi, aussi sûrement que le moindre de mes souvenirs t'appartient. J'ai l'impression d'avoir posé mes pas dans les mêmes sentiers que celui où tu te tiens, d'avoir couru sous ces châtaigniers qui t'entourent. Je te connais.

Je sais que nos vies se ressemblent, sans pour autant être identiques. Je sens les mêmes failles, les mêmes envies. Je sais déjà que ton histoire résonnera au creux de la mienne. C'est la première fois que je te vois, je découvre ton visage, mais je te connais quand même.

Et je souris. J'ai l'impression d'être entière, face à toi. Tu m'as manquée. Où étais-tu ? Rappelle-toi...

Je ne sais pas, je n’ai jamais su ! C’est pour cette raison que tu es là, pour cette raison que plus rien ne me parait incongru. J’ai tendu la main, je me suis accrochée à la tienne, qui n’est qu’un prolongement de mes doigts.

Je sens que tu as les réponses à mes questions.

J’étais là quand tu écoutais ton papé parler de son passé, Lorsque son silence t’entourait d’amour.
J’étais là lorsque ta grand-mère tuait la poule, nous la regardions ensemble courir à travers la cour, sans tête et plumes au vent. Je sentais le même café dans la vieille maison, je trouvais les mêmes cèpes cachés au pied des arbres. Je grimpais au sapin lorsque tu descendais du figuier. La soupe de nos grands-mères avait la même odeur et le ciel au-dessus de nos têtes nous faisait voyager vers les mêmes contrées.

Viens, je vais te raconter ce que tu sens déjà. Puis nous écrirons ensemble de la même encre qui coule dans nos veines.
Je ne veux pas perdre ta plume. Vas-tu écrire pour moi ?

Écrire. Nous le faisons déjà. Nous l'avons toujours fait. Ce n'est pas du sang mais de l'encre qui coule dans nos veines, elle colore à l'envie nos états d'âme, elle détaille sous mes mots ce que tu explores, et décrit sous les tiens ce que je combats.

Écrire. Encore, toujours. Comme on survit, comme on vibre et comme on aime.

J'écrirai pour toi l'histoire de deux femmes qui ne se cherchaient pas et qui pourtant s'étaient perdues à force de lutter contre leurs peurs. J'écrirai l'histoire de deux vies entremêlées, de deux destins que les mots réunissent. Et tu écriras leurs errances, leurs erreurs et la joie de leurs retrouvailles.

Les histoires se racontent, s'écrivent et se nourrissent de notre sang, de nos racines et de nos rêves. Elles viennent achopper sur une réalité qu'elles détournent et décrivent un avenir qui est sans cesse à construire.

Écrire, encore, toujours. Comme on vit, comme on peut, comme on saigne.

Et nos mots viendront nourrir les rêves de ceux qui ne rêvent pas.

Tu ne peux pas perdre ma plume, comme je ne peux plus perdre la tienne. Elles se mêlent et créent à l'unisson, leurs voix s'élèvent bien plus haut que nos regards ne voient, que nos cœurs ne battent.

Il suffit que tu penses, et les mots viennent à moi.

Il suffit que j'espère, et tu réalises l'impensable.

Le bal a commencé. Je ne sais pas le tempo, je ne connais pas le but. Aucune importance, nous allons avancer. Il suffit de tremper nos plumes dans l'ancre de nos vies.

Raconte-moi...

Est-il possible que certains ne rêvent pas ? Ne pas rêver en dormant, c’est une chose, c’est triste, mais pas dramatique. Mais ne pas rêver même éveillé, ne pas plonger dans les méandres des pensées, ne pas les transformer, les redessiner, les colorer, pour les rendre plus agréables à rêver, n’est-ce pas impossible ?

Toi comme moi, nous avons traversé le miroir, nous avons exploré l’autre côté, ton côté, le mien qui est tien, le tien qui est mien.

Nous nous en sommes à peine étonnées, il n’y avait pas vraiment de curiosité. C’était juste une évidence, l’envers de l’endroit, le côté pile dans le prolongement du côté face.

Je te raconterai ma plume décrivant ton rêve, tu rêveras de nouveaux mots pour aiguiser les miens.

Tu veux le ciel vert et l’herbe bleue ? Soit, je te suggérerai les mots qui vont avec. Tu préfères plonger dans l’herbe et marcher sur l’eau ? Ma plume y trouvera son compte, à condition que tu mettes des fleurs dans les rivières et un poisson perché sur une branche.

N’oublie pas la berceuse, celle qui enchante les mots et apaisent les maux. Elle plonge nos corps fatigués dans une douce torpeur, propice à la poésie.

C’est bien cela, rêver ? C’est un poème à peine fredonné au creux d’une oreille à peine attentive, une nuit, dans le silence de la pièce, et 4 mains qui courent sur les claviers, au rythme d’une mélodie silencieuse, battant à l’unisson de deux cœurs assoiffés de mots.

As-tu des plumes de couleur ? On en aura besoin je crois !

J'ai un kaléidoscope entier de couleurs encrées à notre disposition. Une foison arc-en-ciel riche de dizaines de vies, de milliers de mots à inventer, de mondes à explorer.

Je connais des gens qui sont incapables de rêver. Même éveillés. Ils sont englués dans une vie qu'ils subissent, ils ont oublié comment on rêve, ils ne savent plus. Ils ne font que ressasser les mêmes rengaines, savent-ils même ce qu'ils perdent ? Ils croient en des chimères fardées d'artifices, ils se plient au bon vouloir de bonimenteurs qui leur volent leurs mots.

Ils ont besoin de nous. Nous, on a des rêves à revendre, on les fabrique à l'envie, on jongle avec, on sautille d'une chimère à une berceuse d'enfant (oui, je m'en souviens, de la berceuse que fredonnait ta mère, que murmurait la mienne, comment oublier ce qui peuplait de doux mes nuits ou les tiennes)

Je voudrais effacer chaque doute, chaque crainte, pour que s'épanouisse l'envie, et renaisse l'espoir. Sans espoir, comment veux-tu rêver...

J'inventerai un monde où tu ne seras pas reine, où le chant des cigales éclaboussera les murs bétonnés d'une ville de papier, où le poinçonneur des coquelicots éparpillera des confettis sur les quais embrumés d'un port de pacotille.

Tu arpenteras un univers fait de coton et de piment, rouge sur blanc comme les tresses mises à sécher sur les murs d'Espelette, un univers de métaphores et de fantaisie, où tes mots et les miens fabriqueront les plus beaux des voyages.

Tout est permis, à ceux qui osent, à ceux qui rêvent en conscience et pensent en dormant

Choisiras-tu l'Orient et ses épices, ou bien l'Occident et ses débordements ? Un peu des deux, peut-être, pour amener un peu de couleur dans la grisaille de nos mégapoles inhumaines ?

Je ne sais pas ce que je choisirai, j’ai un penchant pour l’Orient et ses épices aux couleurs franches et lumineuses. Je bannirai le noir et le gris, et le blanc ne tapissera que les aubes matinales, quand le premier rayon de soleil pointe à travers le volet, et éclaire le mur pâle. Un blanc candide, pur et tendu vers l’espoir.

Je ne suis pas surprise de percevoir quelques mots sombres : mégalopole... Inhumaines... Toi qui vis là-haut, près d’une ville immense qui ne se repose jamais, qui ne peut donc rêver.

Touchée/coulée lorsque l’injustice frappe à ta porte, tu te ressaisis aussi vite que ta plume glisse sur le papier et tes doigts sur le clavier. Et tu te dresses, fière, avec tes gouaches plein le cœur pour réparer les âmes perdues. Tu as vite fait de recouvrir le I et le N de peintures rouge ou bleue, l’humain tu le manies en lettres d’artifices.

C’est aussi ça que j’ai vu dans le miroir, en moi à travers toi.

Le piment d’Espelette sèche toujours aux balcons des maisons du village, les volets fraîchement repeints aux couleurs de cette épice qui voyage dans ton cœur, dans ma cuisine, et rebondit de tes mots aux miens.

Les mégalopoles, tout comme les humains et les « INS » sont bien loin de moi.

J’ai trouvé ma tanière, pas très loin des montagnes, à vrai dire à leurs pieds. Les odeurs de là-haut arrivent jusqu’à moi, ce sont les mêmes que celles du causse de mon enfance. Celles dont je rêve si facilement.

Est-ce que le reflet des Pyrénées arrive jusqu’à toi ?

Elles ne quittent jamais mon cœur, tout comme ton causse nourrit sans trêve ton besoin d'essentiel.

Si d'aventure je les perdais de vue, il me suffirait je pense, de me plonger dans ma mémoire, dans mes racines pour qu'aussitôt elles surgissent et masquent le laid qui m'entoure.

À vrai dire, je ne le vois que rarement. J'ai un don pour effacer de ma vue ce que je n'ai pas envie de voir. Et puis tu sais, il faut du gris, du terne, pour apprécier la clarté lumineuse d'un ciel dentelé par des montagnes majestueuses. Il faut aussi avoir du noir de suie dans sa vie, pour mieux goûter au miel mordoré d'une amitié qui offre un présent précieux à celle qui ne s'est offert le luxe d'y croire que bien récemment...

J'en arrive à penser que ce miroir a toujours été là. Qu'il attendait juste qu'on le remarque, qu'on ose l'affronter, qu'on désire plus que tout passer outre. Peut-être ressemble-t-il au bonbon de mon grand-père, sorte de passe-muraille magique, qui permet à la vie de s'épanouir même au plus profond des gouffres. L'inhumain existe-t-il pour permettre à l'humain de le racheter ? Le mal est-il nécessaire à l’existence du bien ?

Je ne me voyais pas comme un peintre médecin, mais pourquoi pas ? L'image me plaît, elle a l'espérance vissée en son centre, elle dégage une sorte d'équilibre dont j'ai besoin.

Moi, j'ai vu du vert et de la lavande, dans le miroir. Vert comme la transhumance, parme comme l'espoir d'une vie qui se trouve, et s'affirme. Si je colore avec soin la laideur, tu l'effaces d'une ruade obstinée contre toute injustice, tu la détruis par ton envie d'aller de l'avant et par la force de ta volonté.

Et quand tu as pris ma main, j'ai entendu le chant des bergers, qui percute les flancs des montagnes qui t'entourent, qui tapent en écho et roulent leur accent jusque sous mes fenêtres. J'ai entendu les chisteras siffler dans l'air et les balles frapper les frontons, blancs si blancs sur fond de ciel azur.

Est-ce que le causse chante aussi fort pour toi ?

Ma volonté, je l’ai piqué dans le regard de ma grand-mère, puis celui de ma mère, elles qui ont affronté le pire avec pudeur, qui ont aimé avec dévouement, et qui sont parties discrètement.

Le bonbon de ton papé, si précieux dans ta poche, celui qui t’a donné tant de courage, celui dans lequel tu as mis tant d’amour, il ressemble aux petits cailloux que je ramassais dans le causse, auquel je donnais la forme que je voulais, par la simple volonté de mon imagination de petite fille. Le grand deviendra bassine, le petit deviendra verre, le gros rocher sera fauteuil.

C’est cela rêver, oublier le gris et le sombre comme moi, ou le transformer, comme toi, pour qu’il se colore d’humanité.

C’est toi qui a raison, il faut connaître le sombre pour voir la clarté se dessiner au loin. Il faut avoir pleuré pour savoir rire d’un rien. Il faut avoir désespéré pour aimer être en vie.

C’est mon revêche grand-père qui a éclairé la bonté de la mémé.

C’est l'infantilisme de mon père qui m’a ouvert les yeux sur la beauté de cœur de maman.

C’est mon côté sombre qui m’a obligé à diriger mon corps vers la lumière.

Vois comme tu me donnes des réponses, sans même que j’aie posé les bonnes questions.

Le causse ne chante pas, du moins ne chante-t-il plus, puisqu’il n’a plus à me ramener à lui. Il vit en moi.

Mes racines ne m’appellent plus. Il y a quelques années, je n’aurais eu de cesse que de courir vers elles, pour humer leurs parfums, pour jouir de leurs couleurs. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de m’épuiser à aller les chercher, elles sont en moi chez moi.

Le miroir devait être là depuis toujours. Il était juste sale et caché par les branchages. C’est toi qui l’as nettoyé ?

Bien sûr qu'il ne chante plus, tu vis au pied de ta source, quelle chance tu as !

Mes racines ne m'appellent pas non plus. C'est moi qui parfois les extrait de mon crâne, de mes tripes, c'est ma fontaine à moi, j'y bois quand j'ai soif, je m'y réchauffe quand j'ai froid, j'y puise la joie quand je n'ai pas le moral.

D'aucuns disent que se plonger dans le passé est parfois néfaste, qu'il faut savoir s'en détacher. Que vivre avec son passé au creux des mains noie le présent dans une nostalgie qui fausse la réalité. Je n'arrive pas à être en accord avec cette idée.

Mon passé ne me pèse pas, il n’empêche pas mon présent d'exister, au contraire, j'ai la sensation qu'il le bonifie. C'est grâce à mon passé que je peux savourer le goût qu'a mon présent. J'ai bataillé ferme, pour le vivre, ce présent. Et la force dont j'ai eu besoin, elle vient de mon passé, de mes racines.

Et puis, il a un pouvoir particulier... il draine vers moi une encre inépuisable, qui nourrit ma plume. Je n'ai même pas besoin d'avoir à parler de lui, il m'offre une source d'inspiration qui me semble éternelle, une corne d'abondance, et bien sûr, quand j'écris, tout se met en place, tout a un sens. Mais tu le sais.

Quant à nettoyer le miroir... honnêtement, je suis trop mauvaise femme d'intérieur pour y avoir seulement pensé !

Non, je crois plutôt que ce sont nos larmes d'antan qui peu à peu, ont lavé sa surface lisse, l'ont rincé de toute poussière, de tout brouillard. Il était peut-être temps qu'il étincelle, qu'il brille au soleil de mon été et à la douceur de ton automne ?

En fait, nous n'en avions plus besoin, voilà tout. À quoi bon maintenir un écran entre nos deux volontés, entre notre envie commune de créer de concert une ode à... à quoi d'ailleurs ?

Je l’ai trouvé. Oui, je l’ai trouvé ce même trésor qui se cache en toi et au fond de moi.

Je sais pourquoi ton miroir est devenu mien, pourquoi ton reflet t’amenait vers moi, pourquoi mon reflet ne me faisait plus peur.

J’ai compris pourquoi nous nous reconnaissons, pourquoi nous avons grandi ensemble.

C’est dans la même encre que nous plongeons nos plumes. C’est avec les mêmes courbes que nous formons nos mots. C’est avec les mêmes accents que nous écrivons nos partitions.

Cette encre coule du même ruisseau, celui de notre passé, de nos racines. Le ruisseau dans lequel je trempais mes pieds lorsqu’il faisait chaud, celui sur lequel tu construisais des barrages.

L’encre dont nous remplissions nos cahiers d’écolières n’était rien d’autre que l’eau de ces mêmes ruisseaux, que nous nous étions amusées à colorer, parce que déjà, nous rêvions, par-dessus l’école, par-dessus les champs, par delà les sens.

Notre plume est faite du même bois, celui-là même qui a servi à l’ébéniste pour façonner les chaises sur lesquelles s’asseyaient nos grand-mères.

Ce bois-même qui a chauffé la cheminée de Montarras et la cuisinière du causse-comtal. C’est aussi le même qui a charpenté notre enfance et soutenu nos vies de femme.

Tu vois, nous n’avons plus à chercher ce qui nous unit. Déjà, nous ne nous en étonnions plus. L’évidence a fait éclater le verre du miroir.

Dans une autre vie, j’ai du être toi, et toi, moi !

Et puisqu’il faut une fin, je n’en mettrai pas. Je lui préfère des mot plus porteurs d’espoir : à suivre.