Samedi 22h30 : je retrouve Pati sur msn, avec, comme elle, l’envie d’écrire.

Au départ l’idée d’écrire de concert sur un même sujet. Puis nous optons pour une sorte de ping-pong avec pour raquettes nos claviers et pour balle un texte que nous nous renvoyons à intervalle régulier.

Et puis, pendant qu’elle écrit sa partie, les doigts me démangent. Ce sera finalement une partie de ping-pong de mots, entrecoupée d’un marathon personnel.

Car à écrire, autant que ce soit, comme tout ce que j’entreprends, à fond et jusqu’au bout. D’autant que ces dernières semaines, le temps m’a justement manqué pour écrire ici ou sur Kaléïdoplumes. Je ne sais pas où les mots vont me mener, mais je sais qu’avec eux, je ne suis jamais déçue.

Samedi 22h45 : Lorsque mes parents ont eu 50 ans, je me souviens avoir pensé qu’ils étaient vieux. Sur quoi je me basais pour dire ça ? Sur la façon dont ils s’habillaient (j’avais toujours connu ces vêtements là), sur leur façon de parler ? (je n’avais connu d’eux que ces mots là) sur le fait qu’ils me semblaient plus fatigués ? (maman ne l’était jamais, papa se plaignait toujours, rien ne changeait) Les cheveux blancs ? (ils n’en n’avaient ni l’un ni l’autre).

30 ans nous séparaient. Lorsque j’ai eu 20 ans, ils en ont eu 50. C’est sans doute ainsi que j’ai réalisé. J’étais jeune, je les pensais vieux.

Je ne sais pas à quoi rêvait mon père à 50 ans : à sa retraite qui arriverait 5 ans plus tard, à son jardin dans lequel il passait de plus en plus de temps. Mais à part ça ? A rien je crois

A quoi pensait maman à 50 ans, à mon futur certainement, et à celui de ma sœur aussi. Aux enfants qu’elle gardait et qu’elle aimait profondément, au simple fait d’être en vie, je crois, et d’apprécier chaque minute égrenée.

Aujourd’hui je suis à leur place, j’ai 50 ans. Maman n’est plus là pour le voir, mon père a depuis longtemps oublié mon âge (il ne l’a probablement jamais su). Il ne sait pas à quoi je pense, ce que je fais, ni comment je vis, il en a bien assez à supporter le poids de ces 80 ans.

Je ne me sens pas vieille, juste à un croisement de vie. J’ai le choix entre plusieurs avenirs, je rêve encore, j’ai encore des envies, de plus en plus d’envies, j’ai des choses à apprendre, je ne sais pas ce que je veux vraiment, mais je suis sûre de ce que je ne veux pas.

Samedi 23h : Pati me passe  notre texte, elle vient d’en écrire le 1er chapitre. Je lis, puis j’entame l’écriture du second chapitre avec plaisir.

Samedi 23h30 : j’ai renvoyé le texte à Pati, après avoir écrit un paragraphe. Je suis toujours étonnée d’écrire à sa suite avec autant de facilité. On pourrait penser que l’écriture est toujours un acte solitaire. Il ne l’est pas, pour preuve la formidable excitation de l’écriture à 4 mains, inspirante, galvanisante, qui nous oblige à nous surpasser, sans que ce soit un acte de souffrance ou obligatoire.

J’écrivais sur quoi avant le passage de relais ? Ah oui ! Mes 50 ans et ce que je vais en faire.

J’ai des projets plein la tête, mais j’ai aussi fait mes deuils d’une certaine vie passée. C’est important d’admettre qu’on aura de plus en plus de rides, de kilos en trop, de muscles en moins, de fatigue en plus. Qu’on ne peut pas mettre cette jupe ultra courte parce qu’on a passé l’âge, ou bien se faire des couettes parce que c’est rigolo. J’accepte tout ça, plus parce que je n’ai pas le choix que par raison. Il m’arrive d’en pleurer parfois. Je ne monte plus sur une balance depuis belle lurette (à quoi bon se faire du mal), je ne me regarde plus dans un miroir et je déteste sortir en ville parce que je suis obligée de « m’habiller » autrement qu’avec un saroual ou un jogging tout pourri.

J’arrête de parler des mauvais côtés de la cinquantaine, y’a pire (la soixantaine lol)

Lorsque je me suis retrouvée au chômage l’an dernier, je me suis donnée 1 an pour réfléchir à ce que je voulais faire. Les finances du ménage me permettent de prendre mon temps et je suis très consciente de la chance que j’ai. Bien qu’un peu d’argent en plus cela ne se refuse pas.

Le bilan étant fait, reste à dessiner mon futur.

Samedi 23h50 : Pati me renvoie le texte, j’ai hâte de découvrir ce qu’elle a écrit……

Dimanche 00h10 : ma plume a fait basculer l’heure de samedi à dimanche, je repasse le flambeau à Pati, je la suppose en train de renifler, ou pas loin, en lisant mes mots. Sacrée Pati, jamais à court de mots !

J’en étais où moi ? Ah oui! Mon futur, de quoi sera-t-il fait? Il y a le bébé de ma voisine qu’elle m’a proposé de garder quelques mois le temps qu’elle trouve une place à la crèche. L’occasion pour moi de pouponner à nouveau. Le moule est cassé, trop vieille pour enfanter, mais la fibre maternelle ne m’a pas quittée, j’ai besoin de câliner, de promener, d’amuser un bébé, j’ai besoin de lui tenir ses petites mains pendant qu’il tête son biberon. Un ange dans la maison va adoucir mon paysage.

Et puis il y a ce projet qui trotte dans ma tête depuis quelques temps. Ce projet qui prend une grande partie de mes journées, je ne fais pour l’instant que monter le dossier. Mais j’ai de plus en plus envie de me lancer. Je ne sais pas si je le ferai, j’ai peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas oser faire certaines démarches, peur de me croire capable alors que je ne le suis pas. En même temps je serais tellement fière de moi et heureuse si j’allais au bout de ce projet.

Dimanche 00h30 : le texte a 4 mains me revient, l’inspiration sera-t-elle toujours au rendez-vous ?

Dimanche 00h56 : moments d’écriture et de lecture intense. La magie opère. Elle a écrit sa partie et ça m’inspire.

Me revient en mémoire certaines nuits de marathon, où nous écrivions 8 ou 10 heures d’affilés, sans perdre le rythme, en nous encourageant l’une l’autre.

La nuit pour être plus tranquille. La seule chose qui me faisait arrêter, c’était le mal de dos qui me prenait après avoir passé une nuit entière sur la chaise de bureau, même confortable. Je sens que ce soir ce sera encore elle qui m’aura à l’usure (la chaise de bureau, pas Pati !!!!!!!)

Et dans ces moments là, je me souviens que j’ai bien 50 ans ! Et que mes fesses, même plus rembourrées, ne me sont d’aucune utilité pour mon confort.

Dimanche 01h10 : une pause tisane s’impose !

Dimanche 01h53 : Le texte est revenu puis reparti vers Pati. Je ne pensais pas qu’il prendrait cette tournure. Mais c’est bien, vraiment bien. Ce n’est pas un texte que j’aurais écrit de moi-même, du moins le seul mien serait resté sur son tracé du début. J’aurais suivi mon idée jusqu’au bout. Là, rien ne se prévoit d’avance. Les chemins bifurquent à chaque passage dans l’autre camp, mettant en évidence une nouvelle trame. C’est passionnant, exaltant. Je suis curieuse de ce que ce texte va donner dans son entier.

Pour l’instant je ne lis que la partie précédant la mienne. Pati ne faiblit pas. Il est quand même 2h du mat et nous avons presque 4 heures d’écriture derrière nous. Ne finirons-nous pas par dire des conneries ? Un pétage de plomb n’est pas exclu !

Dimanche 2h15 : Je suis effarée par le niveau des gamins au collège. J’ai lu quelques copies que ma fille était en train de corriger le w-end dernier et je suis restée ébahie par la majorité des copies.

Je me suis demandée comment, en quelques 20 ans, nous en étions arrivés là. On ne peut pas ne pas se sentir responsable lorsqu’on voit les dégâts provoqués par notre société actuelle sur ses enfants. Moi qui n’est jamais été qu’une élève moyenne, aujourd’hui je passerai pour une surdouée si j’étais en 6ème. Comment avons-nous élevé nos enfants pour en arriver là? A bien y regarder, j’ai quelques pistes. En voici quelques une :

- Les enfants lisent de moins en moins, ils préfèrent regarder la télé ou jouer aux jeux vidéo.

- Combien de parents prennent le temps de lire une histoire à leurs enfants ? Tous les soirs avant le coucher ?

- Combien d’enfants vont à la bibliothèque de leur propre initiative, toucher les livres, lire les résumés et finalement emprunter autre chose que des bandes dessinées ou des mangas (quoique ce soit déjà mieux que ne rien lire du tout)

- Pourquoi les scènes violentes sont partout dans les médias, pourquoi se sent-on obligé de nous faire voir des cadavres pour nous faire comprendre que des gens sont morts. A croire que les journalistes doutent tellement de la qualité d’écriture de leur sujet, qu’ils pensent que l’image est plus parlante.

- Comment se fait-il que des mômes de 10 ans aient des portables ? Pourquoi les gardent-ils allumés dans leur cartable ?

- Le langage texto et msn est devenu langage universel, au point que certains adultes se font traiter de ringards lorsqu’ils en sont choqués.

Dimanche 03h00 : le texte est venu faire un petit tour chez moi puis est reparti vers Pati. La fatigue s’installe de mon côté, et le mal de dos avec. Il va falloir songer à conclure notre virée nocturne des mots.

Dimanche 03h50 : le dernier tour de texte à 4 mains est pour moi. Une relecture à 2 et au dodo, non sans être très heureuse de cette soirée d’écriture, enrichissante à souhait

Dimanche 04h30: Le lit m’appelle. Sommeil bien mérité!

Pour lire ses impressions à elle c'est ICI chez Pati

Quand au texte il paraîtra demain ici même!