au hasard d'une conversation sur msn, nous avons, avec Pati dévié sur les odeurs (allez savoir pourquoi). Nous est alors venue l'envie irrésistible d'écrire de concert sur le sujet. Voici en ce qui me concerne, ce que cela donne:Coquelicots Comme tout enfant de la campagne, j’ai grandi avec les odeurs de mes racines.

Je viens d’une famille humble, pour ne pas dire pauvre, où la vie se gagnait à la sueur de son front, aux crevasses de ses mains, à la chaleur du soleil brûlant l’été et aux gerçures du vent glacial l’hiver.

J’ai donc grandi avec les odeurs de mes racines, et particulièrement les odeurs du causse où vivaient mes grands-parents maternels.

Ces différentes odeurs se sont mêlées dans mon enfance, puis entremêlées un peu plus tard, pour me tricoter un doux manteau de souvenirs, qui se ravivent dès qu’un effluve reconnu titille mes narines.

Il y a eu d’abord l’odeur de la roche sur laquelle s’accrochaient les maisons du village. Celle sur laquelle j’ai fait mes premiers pas. Une odeur de causse, de mousse et d’herbe séchée par le vent.

Il y a eu l’odeur du vent. Un petit vent chaud ou froid suivant la saison, qui trainait jusqu’à moi le parfum de la vallée ou celui des hauteurs du causse comtal, cela dépendait de sa direction.

Au milieu de ce décor tout en senteurs du sud, il y a eu l’odeur de la vieille maison tout en pierre du Causse, Une odeur qui me prenait au cœur dès que j’avais posé un pied dans le jardin. Une odeur reconnaissable entre mille autres.

Un mélange de bois et de pierre :

La pierre du vieil évier encastré dans le mur, la pierre du sol de la souillarde creusé à même la roche.

Et puis l’odeur du bois : celui des meubles cirés, celui du vieil escalier montant au grenier qui nous servait, à ma sœur et moi de chambre durant les vacances d’été. Et surtout celui du vieux plancher troué de ce même grenier, qui grinçait à chacun de nos pas.

Toutes ces odeurs particulières qui faisaient dire à l’une de mes tantes :

- J’aurai beau prendre les légumes de ce jardin, l’eau de cette pompe, le sel entreposé dans la souillarde, j’aurai beau les emporter chez moi près de Toulouse, et faire ma soupe comme je te l’ai toujours vu faire maman, elle n’aura jamais le goût d’ici, parce que je ne pourrai jamais y mettre l’odeur d’ici !

Parce que la soupe de ma grand-mère, c’était quelque chose ! A elle seule elle résumait le bonheur d’être à table en famille.

Parce que ma grand-mère, c’était quelqu’un ! A elle seule elle résumait la force tranquille des femmes de la lignée.

Je me souviens de son odeur de propre. Les toilettes se limitaient au poulailler, la salle de bain à l’évier de la cuisine. Malgré cela je ne me souviens pas avoir senti une odeur de saleté chez ma grand-mère. C’était le parfum discret du savon de Marseille qui entourait sa lourde silhouette, mélangé à l’odeur du plat qui mijotait sur la cuisinière.

Quand elle se déplaçait dans la cuisine, unique pièce a vivre, elle entrainait dans son sillon le parfum de ce qu’elle venait de toucher : celui de la toile cirée qu’elle venait de nettoyer, celui du jambon qu’elle venait de couper en larges tranches épaisses, celui du pain qu’elle venait d’acheter au boulanger ambulant, celui des œufs sur lesquels étaient encore accrochées quelques plumes, et qu’elle venait de cueillir dans le poulailler, celui des légumes qu’elle venait d’éplucher, celui des pommes de terre sautées à la graisse d’oie qu’elle venait de touiller.

Au final la seule odeur désagréable et que je finissais par ne plus supporter, c’était celle de mon grand-père, pauvre homme rongé par un cancer. Je me souviens de l’odeur de pourriture qui sortait de ce pied gonflé et meurtri par la gangrène, mélangé à l’odeur des antiseptiques et autres pommades qui ne suffisait pas à le soulager.

J’en suis venue, égoïste enfant sage, à espérer sa mort prématurée pour retrouver le parfum des vacances.

Mon vilain vœu fut exaucé pour mon quinzième anniversaire. Ce fut certainement une délivrance pour mon grand-père lui-même, qui luttait depuis des années, et pour la famille entière.

L’odeur du causse reprit alors possession de la maison de ma grand-mère et moi, jeune adolescente, je pus profiter à nouveau de l’odeur de mes racines.

Lire le texte de Pati