PC080018

La porte de gauche était entrouverte, je savais qu'il était là, j'apercevais un morceau de sa robe noire dans l'entrebâillement.

L'église était vide. J'aimais venir à la toute fin, lorsque le prêtre en était à son dernier quart d'heure, juste avant le repas de midi. La matinée passée au confessionnal lui avait ôté une bonne partie de son énergie et il n'était pas rare qu'il profitât de ces moments plus calmes pour piquer un petit somme, à l'abri des regards.

 

J'aimais le silence qui régnait dans la chapelle, le froid qui traversait la pierre et l'odeur d'encens qui flottait entre les rangées de bancs vides. J'aimais le bruit que faisait le talon des mes chaussures sur les grandes dalles de l'allée centrale.

 

Le catéchisme, imposé par mes parents, eux-mêmes croyants (du moins mon père) mais non pratiquants, ne m'avait jamais « illuminé » l'esprit, du moins dans le sens « catholique » du terme.

J'allais à la messe comme on va à l'école, traînant les pieds et soufflant d'ennui. Il faut croire que je n'étais pas faite pour tout ce qui touche à l'élévation de l'âme et de l'intellect.

Moi, j'étais plutôt de celle qui ne rentre dans aucune boîte, fut-elle en forme de confessionnal, familiale, ou sociale.

 

Les champs de blé pour espace, le ciel en guise de  toit et l'horizon comme fenêtre. Telle était la maison de mes rêves. Avec pour seules contraintes de toucher, sentir, écouter, cueillir tout ce que la terre voudrait bien mes donner en partage.

Le projet était ambitieux et mes rêves enfantins. Mais à 8 ans, l'appartement familial peut vite donner la sensation d'être une prison, et les codes parentaux la désagréable certitude d'être enchaîné.

 

C'est ce que je me disais en avançant vers le confessionnal.

 

« Encore une boîte dans laquelle il faut que je rentre ». Mes genoux écorchés ne supportaient plus la dureté du bois sur lequel je devais m'agnouiller. Le repose-main était trop haut pour que je puisse trouver un quelconque soulagement à ma position inconfortabel.

Le curé sentait la sueur et prenait un malin plaisir à faire sursauter ses ouailles en ouvrant le clapet d'un geste brusque.

Il apparassait alors derrière les barreaux, auréolé d'un lumière blafarde, ce qui accentuait mon impression d'avoir à quelques centimètres de moi quelqu'un qui ressemblait plus à un diable qu'à un humain.

 

J'avouais mes fautes dans un souffle, et une élocution incompréhensible, ce qui ne décourageait pas le prêtre puisqu'il terminait notre tête à tête en faisant un signe de croix et en m'envoyant réciter un «je vous salue Marie » face à la croix. Je savais que cela ne durerait qu'un temps, le temps de passer de petit à grand.

 

J'ai toujours aimé les églises. Je n'y entre que lorsqu'elles sont vides.

(Pour Kaléïdoplumes, consigne 93)