Je me trouvais à 60 km du lieu de l'explosion. La radio allumée, je faisais du repassage.

Puis, vers 11h la nouvelle est tombée: on a parlé d'explosion, et tout de suite après de terrorisme. Le 11sept était encore (et pour longtemps) dans toutes les mémoires.

J'ai essayé de téléphoner à ma soeur, qui travaillait à l'époque près de la cité de l'espace.

Evidemment, la plupart des gens faisaient comme moi. Téléphone fixe coupé, impossible de l'avoir sur son portable.

Au fur à mesure que la journée avançait, les images défilaient à la télévision et la panique montait.

Mon neveu était au lycée près de Rangeuil. On voyait à la télé des scènes de panique, l'autoroute en champs de bataille, le centre ville lui même avait été touché, des vitres brisées partout dans les rues.Des gens déboussolés. Et toujours pas de possibilité d'avoir des nouvelles.

Les numéros verts à disposition étaient saturés, les urgences de tous les hôpitaux et cliniques alentours pris d'assau.

D'immense bouchons se sont formés sur l'autoroute, dans la direction opposé de l'explosion. Tous les étudiants et tous ceux qui avaient de la famille dans la région partaient. Certains, sont même arrivés en voiture, dans notre ville, sans savoir ce qui s'était passé, et blessés.

L'explosion a eu lieu le matin à 10h18. Je n'ai eu des nouvelles de ma soeur et ses enfants que tard dans la soirée. C'est elle qui a réussi à me joindre. Et elle m'a raconté l'enfer.

L'explosion s'était entendu à des kilomètres à la ronde.

Un séisme de magnétude 3,4 a été enregistré.

La déflagration a creusé un cratère de forme ovale de 70 mètres de long et 40 mètres de largeur, et de 5 à 6 mètres de profondeur.

Tous sont sortis dans la rue et ont vu le nuage de poussière qui s'élevait du site AZF. Les gens ont voulu rentrer chez eux, récupérer leurs enfants à l'école. Pour eux une bombe avait explosé, ou un avion s'était écrasé quelque part.

Beaucoup ont compris de suite que c'était AZF, et pas mal de Toulousains se méfiaient de cette bombe à retardement qu'était cette usine donc la cheminée se voyait à perte de vue.

Ma soeur est restée. Elle a essayé de joindre ses enfants et c'était impossible. Elle a finit par avoir le lycée ou on lui a dit que tout le monde avait déserté les bâtiments. Toutes les vitres étaient par terre, il y avait des blessés.

Ce qui s'est passé en réalité? Juste après l'explosion, tous les lycéens et les profs sont sortis dans le parc qui entoure le lycée. C'était la panique totale. La plupart ont décidé de rentrer chez eux par leur propre moyen.Les  bus ne circulaient plus.

La majorité des enfants ont fait du stop. Des parents arrivés en premier ont récupérés plusieurs enfants. D'autres ont marché pour rentrer chez eux.

Mon neveu a été pris en charge par les parents d'une copine. Et ce n'est que dans l'après-midi qu'il a réussi à joindre sa mère pour la rassurer.

Il a raconté la panique, les plus jeunes qui hurlaient, d'autres qui montaient avec n'importe qui en voiture pour fuir. Il n'y a eu aucun plan de secours, adultes comme enfants étaient totalement paniqués.

Toulouse et sa région ont été traumatisés par cet accident. Le fait qu'il soit survenu juste après le drame des tours jumelles a marqué les esprits, même si très vite la thèse d'un acte terroriste a été écartée.

Je pense que chaque toulousain a en mémoire ce qu'il faisait à la seconde exactement où l'usine AZF a explosé.

Je n'ai en tête que le souvenir de l'inquiétude qui m'a taraudée tout au long de cette journée terrible, et personne de ma famille n'a été blessé. Mais il y en a tant qui n'oublieront jamais pour des raisons bien plus dramatiques.

L'explosion d'AZF a entraîné la mort de 30 personnes et fait 2500 blessés graves.

Les blessés légers seraient au nombre de 8000.

Quand au nombre de personnes qui sursaute au moindre claquement d'une porte, on ne le saura jamais.

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