29 avril 2009
Plus qu'un dimanche à la campagne
Partie de Paris sous la pluie, le soleil m'accueille à mon arrivée dans le sud.
La maison sent le renfermé. J'ouvre les volets pour la laisser respirer.
Je retrouve un à un tous les gestes familiers de l'été dernier.
Cette fois, pas de longues vacances en perspective, ni même de dimanche à la campagne.
Mûri pendant de longs mois, décidé en quelques semaines, le temps de régler les dernières détails, et me voici de retour au pays, dans la maison de mon enfance, pour un nouveau départ.
Mes articles pour un grand hebdomadaire, je continuerai à les écrire ici. Quand à mon projet, il va enfin voir le jour.
Le temps ne me manque plus et l'inspiration m'attend ici, dans ces murs, sous ces toits, dans cette campagne que j'affectionne.
Je vais enfin l'écrire, ce livre qui me tient tant à coeur.
(Extrait de mon journal de bord, commencé le jour de mon arrivée: 1er juillet 2008 et intitulé: Plus qu'un dimanche à la campagne*)
* Plus qu'un dimanche à la campagne deviendra plus tard le titre de mon premier roman
26 avril 2009
Mauvaise excuse
- Madame, j'étais là avant vous.
Je ne vous avais pas vue
- Vous avez fait semblant de ne pas me voir
Allez, soyez gentille
- Avez-vous été polie en prenant ma place?
Ça ne m'arrive jamais
- Si: aujourd'hui
Mais c'est une exception
- Qui confirme ma règle ?
Je suis pressée, j'ai rendez-vous chez le coiffeur
- Mauvaise excuse
Je n'ai qu'un produit
- C'est avec plaisir que je vous aurais laissé passer devant moi si vous aviez eu la politesse de ne pas m'ignorer
Vous n'êtes pas sympa
- Pas avec vous en tout cas
Mais moi d'abord j'ai un cancer
- Mais pas d'éducation *
* J'aurai pu tout aussi bien continuer sur sa lancée en rétorquant: et moi j'ai la phobie des autres et particulièrement des cons. Mais je ne mange pas de ce pain là..... Et j'avoue que sa dernière réflexion m'a plus fait rire que compatir.
J'avais toutes les raisons du monde de ne pas la laisser passer devant à la caisse.
-Je suis agora.
-Le magasin était bondée
-Il y avait 10 personnes devant moi et 5 derrière
-J'allais être en retard au travail
-Elle n'a pas fait la queue comme tout le monde
Mais c'est pour une tout autre raison que j'ai eu besoin de lui donner une leçon.
Elle m'a « ignorée ». J'étais là et bien là, sans l'envie de fuir ni l'impression de perdre pied.
Pas de panique en vue, à peine un stress contrôlé. J'étais vivante et en pleine possession de mes moyens. Les pieds bien ancrés dans la réalité.
Elle est venue tout foutre en l'air. En gardant le silence devant son geste anodin mais pas très malin, j'allais foutre en l'air mon exercice du jour. La colère est montée et à mesure que la caisse se rapprochait, je sentais l'injustice de cette situation et essayait de me donner le courage de me révolter.
Je me suis lancée, au dernier moment, parce qu'à réagir, autant le faire avec arrogance.
J'ai placé mon panier sur son article à l'instant où elle le tendait au caissier, pensant m'avoir vaincue sans gloire.
J'ai regardé la madame bien sous tout rapport et placé ma voix au dessus du brouhaha:
- Ce n'est pas votre tour madame, j'étais là avant vous!
C'est rien ou si peu? Ben moi, je sais ce que ça vaut!
21 avril 2009
Les clefs du paradis
Je cherche une trace de mon passé.
Mon fantôme glisse le long des murs froids et humides.
Je frôle une porte, puis une autre. Je peux traverser la pierre et le bois, m'envoler au dessus des toits, ou glisser par une cheminée obscure.
Mais je continue à léviter au dessus de ce couloir dallé.
« La rue est le cordon ombilical qui relie l’individu à la société. Oseras-tu la traverser pour revenir à nous? »
J'entends encore ma mère prononcer cette phrase. C'était le jour où elle m'a accompagnée jusqu'à ma cellule, à ma demande.
La société ne m'intéresse pas. Je veux rencontrer Dieu.
« Foutaise! - A alors hurlé mon père - Une bonne soeur dans la famille! On n'a jamais vu ça, parole de communiste! Nous on se bat avec les armes à la main, pas avec un crucifix autour du cou! »
Père, quand Bernadette a rencontré la vierge à lourdes, on l'a acclamée et amenée jusqu'à l'autel pour qu'elle prenne le voile. Ne veux-tu pas que je sois ta Bernadette?
« Tu t'appelles Raymonde et tu as rencontré un crétin de bourgeois qui t'a plaquée devant l'autel du mariage.
De là à te prendre pour soeur Emmanuelle ou je ne sais qui, faut avoir le ciboulot pas mal dérangé.
Le bonheur on s'y fait, le malheur on ne s'y fait pas, c'est ça la différence. Alors toi t'as décidé d'être heureuse en cherchant Dieu plutôt que de rester malheureuse à cause d'un con qui va prier d'autres demoiselles! »
C'est pourquoi je vais prendre le voile père. Dieu va me guider et je vais trouver le chemin de la vérité.
C'était sans compter sur la saleté de maladie vénérienne refilé par le bourgeois volage.
Cette infection m'emporta en deux mois.
J'eus beau prier et prier encore, Dieu ne m'accorda pas le pardon. Tout juste me donna-t-il un conseil en forme d'énigme.
Trouve ton propre chemin, renoue avec ton passé pour trouver ton futur. La clef est là, près de toi. Elle te mènera vers le repos éternel.
Je cherche une trace de mon passé.
Mon fantôme glisse le long des murs froids et humides.
J'ai pas la clef du paradis! Je suis coincée ici!
(Pour la consigne 69 de Kaléïdoplumes)
Photo de Bruyère.
15 avril 2009
En bois blanc
J'ai été crée par un ébéniste, amoureux de son métier, et fier de ses enfants. Je suis à l'identique des plus belles chaises en osier sorties de son atelier, voilà maintenant bien longtemps.
J'ai fait le bonheur de ses enfants, puis de ses petits-enfants. Ainsi je suis passée de main en main jusqu'à ce qu'on m'oublie dans un grenier, remplacée par des jouets mécaniques, puis électroniques.
Sous ses toits humides et sombres, je me suis usée, jusqu'à ce que je sois envoyée dans un vide grenier.
Je m'y morfondais depuis des mois, personne ne voulant de moi, vieille chaise, petite et sale, couverte de poussière.
Je n'avais plus aucune valeur, les parents préférant à ma vieille paille défraîchie un ensemble table et chaise plastique, inusable, même pour les mains maladroites de leurs chérubins. Plastique qui se nettoyait à l'eau savonneuse et se jetait à la première crise préado.
J'étais au milieu d'un fatras de fauteuils éventrés, de coussins en cuir noir de crasse et de vieilles casseroles rouillées. Elle est venue directement vers moi. Grâce à elle, j'allais reprendre une place de choix et faire le bonheur d'une merveilleuse petite fille aux yeux verts, qui prendrait soin de moi.
20 ans après, je me suis écaillée un peu plus, mais je suis toujours là.
Je l'attends, dans une petite chambre mansardée, près d'un vieux, très vieux coffre en bois, trouvé aussi dans un vide grenier.
Je ne suis pas inquiète. Ici je sais que j'ai ma place. Elle a repeint le vieux bureau et la vieille étagère. Elle a récupéré un très vieux fauteuil en bois auquel elle a donné une deuxième jeunesse.
Moi, elle me laisse telle que je suis, même si je vieillis mal.
Vous savez pourquoi? Je lui ai posé la question, et voici ce qu'elle m'a répondu:
A chaque fois que je rentre dans cette chambre, chaque objet, chaque meuble me raconte une histoire.
L'histoire que tu me racontes toi, petite chaise d'enfant, c'est celle d'une petite fille de 3 ans.
Elle a sa mine réjouie, un chapeau sur la tête, et un sourire aux lèvres.
Elle trempe son pinceau dans le pot avec application.
Elle te peint de blanc avec délectation.
C'est à ce moment que j'ai pris la photo.
Elle avait un grand tee-shirt gris, emprunté à son père.
Je l'ai laissée faire, j'ai gardé toutes les imperfections.
Elle était si fière de son chef d'oeuvre.
Elle te redonnait vie de sa main hésitante.
Et moi, je l'aime tant.
10 avril 2009
Le recul nécessaire
Le recul nécessaire pour mieux appréhender nos actions passées ou présentes.
Emporté par la suractivité ou bien par l'angoisse, on s'oublie
On oublie ce qu'il y a eu de bon dans sa vie
Plus envie, plus besoin de jeter le bébé avec l'eau du bain.
Si j'avais été différente, je n'aurais certes pas pris certaines mauvaises décisions
Mais si j'avais été différente, je n'aurais pas non plus su tout ce je pouvais accomplir par amour, par fierté, ou pas simple humanité.
A l'âge où on prend du recul, je ne veux pas ne faire que constater. Je veux aussi accepter.
Mon père:
Père enfant, plus enfant que père.
De ce père je ne retiens rien. Rien que désamour, derresponsabilité, lâcheté, violence parfois.
Mais de l'enfant qu'il est? Il y a sûrement quelque chose aussi infime soit-il, qui me retient.
Pitié? Tendresse? Ou simplement désir profond que c'est cet enfant qui a empêché le père d'être.
Maman:
D'elle je ne veux retenir que tolérance, patience, simplicité, humilité.
Une force de caractère au delà du commun.
Taire ses souffrances et sourire pour cette vie qu'elle a tant chérie.
Qui mieux que moi pouvait voir au delà de ce corps trop lourd, de cette discrétion.
Comme j'ai regretté d'avoir parfois eu honte de ta mise en plis négligée, de tes tabliers à carreaux et de tes chaussures en corde.
C'est ainsi que te voyaient mes copines venues des beaux quartiers, elles dont les maisons neuves étaient entourées d'un jardin fleuri et les mères fines et jolies.
Et puis j'ai grandi, j'ai compris, j'ai accepté. Je t'ai aimée mieux aussi. Je savais tout le reste.
Le recul nécessaire m'a apporté la fierté d'aimer tout de toi, jusqu'à ta rondeur rassurante.
Je n'aurais sans doute jamais ta force tranquille mais je revendique ton humanité et ta sensibilité.

08 avril 2009
Tout peut arriver
A force de discours, tout finit par arriver dans ce monde.
Il suffit de laisser faire, de se laisser distraire.
De retrouver une âme d'enfant, bercé par une voix adulte.
Qui, le soir au coucher dépose un baiser en éteignant la lumière.
Ne plus retenir les mots importants, les mots coûteux,,
Dans cet oppressant ronronnement de vérités.
Laisser de côté le mot de trop, et les mots malheureux:
Le monde devient fou, il me donne des nausées
La gloire des uns ne fait pas mon affaire,
Je laisse aux autres, les annales de l'éloquance
La simplicité reste mon seul repaire.
Jouer avec les mots, comme on joue avec les notes,
Faire d'un dragon, le héros d'une nuit d'insomnie.
Lui donner la douceur et le pelage d'un chat noir ébène
Voir apparaître un edelweis dans une fleur de pissenlit.
A force de rêver, tout finit par se vivre dans ce monde,
Changer la partition pour en faire hymne de vie.
Ne prendre que les mots, les couleurs, les odeurs dont abonde
Une terre riche, barbouillée de futile, et frappée d'amnésie.
Le vent s'engouffre dans les dunes
La mer est agitée et le sable est frais
Mon chien fou court après les vagues
Une gemme, entre mes doigts de pieds, apparaît.
03 avril 2009
L'heure perdue de Mr Lapin
« Oh mon dieu! J'ai perdu une heure, j'ai perdu une heure »
Maître lapin, toujours aussi excité,
court dans l'allée en se frottant le nez.
Je ne suis pas du genre soucieux,
mais cet énigme me rend nerveux.
Je n'oublie pourtant jamais rien,
même pas mes rendez-vous du matin.
Je range mes affaires bien repassées,
Je fais la poussière et trie mon courrier.
Alice dit que je suis méticuleux,
Elle en rie, mais ce n'est pas un jeu
Depuis que je suis né lapin
Ma devise est faire mieux que bien
Je suis tout tourneboulé
Cela ne m'était jamais arrivé
Ma précision fait des envieux,
Je suis maniaque et facétieux
Et voilà qu'en me levant ce matin
Je réalise que je ne suis pas malin
J'ai perdu une heure, une heure bien précise
Je l'avais placée entre 2 et 3 heures, sans surprise.
Elle m'a joué un sacré mauvais tour,
en se faisant la malle au petit jour.
Sans cette vilaine heure,
je ne peux plus être à l'heure.
Je suis condamné à tourner court
à tous mes rendez-vous du jour.
Mon avance sera retardée,
Mes retards seront avancés.
Comment m'y retrouver, foi de lapin
dans cet imbroglio sans début ni fin.
Une heure perdue, ça ne doit pas passer inaperçue
Et toi lecteur, ne l'aurais-tu pas aperçue?
Ou ma mémoire me joue des tours
ou c'est toi qui me joue un tour,
Une consigne sortie du chapeau,
Et me voilà transformé en étourneau.
Oh mon dieu! J'ai perdu une heure! J'ai perdue une heure!
Que ne faut-il pas inventer, pour plaire au lecteur!
Consigne 66 de Kaléïdoplumes


