Seule dans ce café, devant mon café, je dois sans cesse garder mon esprit connecté à la réalité.

Rien d'autre qu'un café brûlant devant moi, un expresso comme je les aime, deux sucres, un petit chocolat posé sur l'assiette.

Rien d'autre qu'une petite cuiller qui tourne dans le liquide sombre.

Rien d'autre que le métal qui cogne, deux fois, contre le rebord de la tasse. Ne pas en perdre une goutte. J'aime fignoler, ça me rassure.

Ne pas laisser mon esprit "partir en vrille" comme le dit mon psy.

Ne pas contrôler à tout prix. Juste ne pas partir ailleurs que dans ce café, devant ce café que je vais déguster.

Ne pas laisser les prémices d'une quelconque angoisse me prendre en otage.

C'est un travail de tous les instants.
Je connais tous les muscles de mon corps, de mon coeur dans les moindres recoins. Je les sens se mettre en mouvement dans un ballet sans fin dès que le stress m'étreint.

Reconnaître les prémices de l'émotion naissante, celle avant la sensation de danger puis la peur, puis la panique.
Désamorcer la bombe. Revenir à l'essentiel: l'odeur du café, la brillance de la cuiller, la rondeur du chocolat.

Ne pas laisser l'émotion aller chercher ailleurs, dans mon passé, une autre émotion, violente, intolérable, destructrice. Rester dans le réel, s'accrocher tant et plus au présent:
Le goût du café dans ma gorge serré.

Ne pas laisser la première once de douleur, celle qui signerait l'échec.

Parce qu'elle serait immanquablement suivie d'une déferlante qui annoncerait la fuite.

Rester concentré sur mon café. Mettre mon énergie dans l'instant présent et rien d'autre.

Et tout à coup, en une fraction de seconde, être là, bien présente dans le brouhaha de ce café, réchauffer ma main entourant la tasse brûlante. Et déguster, enfin déguster, quelques gorgées de café.

Je suis là, bien ancrée dans le présent et je savoure, je savoure la liberté d'être juste vivante. Si vous saviez le bonheur que cela procure. Ne courez plus. Vivez juste le moment présent, vous que rien n'enchaîne!
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