27 novembre 2008
Seras-tu là?
Mon dieu, donnez moi la force de fouler cette terre sauvage en grand homme.
Me voici seul face à mon destin, et j'ai peur, comme un enfant.
Je ne regrette rien de ce que j'ai fait puisque je l'ai fait pour la grandeur de la France.
France, que j'ai haïe autant qu'on peut haïr l'ennemi de ma terre natale.
France que j'ai appris à aimer quand j'ai compris que mon destin était lié à toi à jamais.
France, c'est à tes pieds que j'ai voulu déposer le monde, pour que tu deviennes plus belle, plus grande , plus puissante, plus admirée.
Trahi, abandonné, déchu,
sur le point d'écrire le dernier chapitre de ma vie, sur cette
île rouge et ocre, je me souviens de ma Corse natale.
Je courais sur ses plages que déjà je me sentais à l'étroit. Et pourtant je ne pouvais imaginer un jour la quitter. La fierté de mon bout de terre n'avait d'égal que la haine que je vouais à ces Français poudrés qui n'avaient qu'un seul but, martyriser mon peuple.
Maman, belle et distante, je me souviens de ces douces mélodies que tu fredonnais en italien lorsque tu veillais sur mes nuits fiévreuses et agitées.
Maman, des années que je n'ai pensé à toi. Et là même, sur le pont du bateau qui va bientôt me débarquer si loin de la Corse, maman je pense à toi. J'ai besoin de ton regard bienveillant sur moi, de tes baisers sur mon front brûlant.
La nuit engloutira bientôt le bateau, l'île St hélène et mon passé de conquérant. Ne restera qu'un homme vieilli, fatigué, isolé, et désespéré.
Et pourtant, c'est la tête haute et la main sur le coeur que je foulerai ce lieu, symbole de mon déshonneur. J'ai peur, comme un enfant, mais je ne laisserai couler mes larmes que dans la solitude de ma chambre comme enfant je faisais.
Maman, seras-tu là pour me
consoler?
(Consigne 48 de Kaléïdoplumes)
24 novembre 2008
Pollux clepto
Sans aucun doute
18 novembre 2008
La librairie
«'Jour M'sieur Benoît!»
«Salut justin! Tu arrives bien tôt aujourd'hui»
«Com' Dab' M'sieur Benoît!»
Tous les
mercredi à 13h30 précise, Justin pousse la porte de la
vieille librairie de son quartier.
Et ces jours là,
à 13h30 précisément, Monsieur Benoît
l'accueille avec les mêmes mots.
«Tu me gardes la boutique Justin? Je vais casser la croûte au café du coin. Je n'en n'ai pas pour longtemps»
« Pas d'soucis M'sieur Benoît!»
A cet heure là,
il n'y a personne dans la librairie.
C'est une vieille boutique, inchangée depuis son ouverture.
Un demi siècle que le bois verni côtoie les livres reliés, que le parquet ciré craque sous les pieds, et que les abats jours dessinent des ombres sur les étagères où s'entassent des centaines de bouquins.
Un demi siècle que Monsieur Benoît, sexagénaire alerte, arpente les allées, monte aux échelles pour atteindre les livres les plus rares, les plus précieux.
Cinquante ans qu'il pose ses yeux, maintenant usés, sur les pages encore intactes, qu'il caresse de ses mains, à présent ridées, le cuir de la couverture.
Justin vient ici depuis cinq ans. Il aime les livres qui le font rêver, autant par leur aspect, que par leur contenu.
Il a acheté son premier «beau livre» avec son argent de poche, le jour de ses dix ans.
Depuis, il revient tous les mercredis, à 13h30 précises, passer l'après-midi à feuilleter, lire et même relire tout ce qui le passionne.
Il y a encore
tant à découvrir dans cette caverne aux trésors.
Grâce aux livres de Monsieur Benoît, Justin rêve,
il est tour à tour, astronaute, pêcheur en mer des
caraïbes, chercheur ou égyptologue. En un mot, Justin est
un aventurier.
Et cet
adolescent, timide et silencieux, discute des heures avec Monsieur
Benoît du dernier livre qu'il a lu ou du suivant. Monsieur
Benoît connaît tous ses livres sur le bout des doigts, à
croire qu'il est né ici, entre deux bouquins, au milieu des
pages d'une encyclopédie, ou dans un dictionnaire de grands
auteurs.
Justin voudrait
partager sa passion avec ses parents, qui courent après le
temps, mais ils n'ont jamais de temps à lui consacrer.
Il aimerait en toucher deux mots à ses copains, qui courent après les filles, mais ils n'ont cure des ses mots tout droit sortis d'une librairie.
Mais il y a
Monsieur Benoît, qui parle de ses livres avec tant d'amour et
de poésie, que Justin n'a plus qu'une envie: ne plus jamais
sortir de la vieille librairie.
Justin attrape
un livre dans l'allée centrale, et commence à lire la
quatrième de couverture:
"Ceux qui brûlent les livres finissent tôt ou tard par brûler les hommes"
Monsieur Benoît
vient de rentrer.
« Le
hasard fait bien les choses petit. C'est justement le livre que j'ai
choisi de t'offrir.
Car aujourd'hui,
me semble-t-il, tu fêtes tes quinze ans»
(Consigne 47 de Kaléïdoplumes)
13 novembre 2008
La clef
Je n'aurais jamais dû en parler, mais à qui d'autre me confier?
C'est
un escalier en colimaçon. Qui grimpe sur plusieurs étages. Je ne sais
combien. Pas de lumière électrique. Une ouverture de temps en temps,
qui laisse à peine passer les rayons de soleil, et des lampes à huile
accrochées au mur de pierre.
Je ne sais depuis combien de temps je monte cet escalier. Sûrement depuis des heures.
- Pourquoi des heures?
Parce que je vois le jour décliner à mesure que je monte cet escalier.
Je monte encore, malgré les ombres qui commencent à courir le long des murs.
Je dois arriver avant la fin du jour. Je me presse.
- Pourquoi avant la fin du jour?
Pour ne pas être en retard. Je déteste être en retard, alors je me presse.
De temps en temps, un pallier. Sur ce pallier, une porte à droite, une porte à gauche.
Elles sont fermées.
- Elles sont verrouillées?
Non! Juste fermées.
- Comment le savez-vous, si vous ne poussez pas les portes?
Je le sais, c'est tout. Je continue à monter. Les portes fermées ne m'intéressent pas. En tout cas pas encore.
- Pourquoi « Pas encore »?
Parce que ça viendra, plus tard, peut être en redescendant, si j'ai le temps.
Je monte depuis si longtemps, que je ne me souviens même plus ce que je suis venue faire là.
- Pourquoi ne pas redescendre?
Redescendre, c'est abandonner, c'est renoncer.
- A quoi?
A ce que je suis venue chercher.
- Vous cherchez quoi?
Je ne sais pas encore, je sais juste que j'en ai besoin.
Je monte encore. Je ne suis pas essoufflée. L'angoisse qui m'a
submergée dans les premières heures s'est atténuée, puis mon rythme
cardiaque est redevenu normal. Je suis calme, sereine, confiante.
- Confiante?
Je crois.
Je
ne sais pas vraiment. Je n'ai jamais été confiante avant. Je suppose
que la confiance ressemble à çà. Je ne me sens pas heureuse, ni
joyeuse, ni triste. Pas inquiète, plus du tout angoissée. Je suis.....
Apaisée. Je crois que j'ai confiance.... En moi!
- C'est la 1ère fois?
Je crois. En tout cas c'est la première fois que j'en ai conscience.
Il
fait nuit maintenant. La pierre, éclairée par les chandelles, dévoile
les cicatrices du temps. La bâtisse est vieille, toute une histoire se
cache derrière.
- Quelle histoire?
L'histoire d'une vie, une longue vie passer à chercher la bonne porte.
- Celle qui sera ouverte?
Celle que vous m'aiderez à ouvrir.
- Ce sera laquelle?
Je ne sais pas encore, mais quand elle apparaîtra, au détour d'une marche, je saurai que c'est elle. Elle sera verrouillée.
- Vous le saurez comment?
Je le saurai c'est tout Je le sais déjà!
Je vais continuer à monter. Je sais que je suis tout prêt.
- A quoi le voyez-vous?
Parce que je suis ici, assise devant vous, à vous raconter ce rêve.
Parce que le moment est venu d'ouvrir cette porte. Parce que vous en avez la clef.
Parce que c'est à vous que je confie la tâche de m'aider à entrer.
- Vous êtes sûre de vous?
Je suis sûre de moi.
Un
an que je viens vous voir chaque semaine, sans franchir le premier pas.
un an que j'apprivoise votre bureau. Un an que vous apprivoisez ma
peur. Il est temps de faire le premier pas vous ne croyez pas? Je me
sens prête.
- Bien! La thérapie peut commencer.
(Consigne 46 de Kaléïdoplumes)
11 novembre 2008
Mon psy et moi (2)
Je marche vite.
Je marche vite et tête baissée.
C'est tellement ancré en moi que je ne m'en rends même plus compte.
Je ne suis pas physionomiste, et pour cause, je marche tête baissée.
Je me souviens des personnes par une odeur, un détail, une anecdote, une posture.
Je ne reconnais pas leur visage, leur corps, leur façon de s'habiller.
Moi: Je marche vite
Psy: pourquoi vous marchez vite
Moi: par habitude, pour aller vite
Psy: pourquoi aller vite?
Moi: Pour ne pas être en retard
Psy: pourquoi seriez-vous en retard?
Moi: parce que si je ne marche pas vite, je serais en retard.
Psy: partez plus tôt!
Moi: vous savez que c'est impossible, que c'est tout mon fonctionnement que je devrais revoir.
Psy: alors commencez par prendre le temps d'observer autour de vous, de lever la tête et de regarder autour de vous. Si on commençait dans le café? Disons que cela fait partie du prochain exercice
Je marche vite pour ne pas arriver en retard. Si je ralentis je sais que je serai en retard.
Je ne veux pas être en retard, cela déclencherait une attaque de panique.
C'est pour cette raison que je marche vite.
Et si je pars plus tôt, je risque d'arriver à l'avance. Attendre m'est insupportable.
Attendre trop longtemps déclencherait une attaque de panique, c'est pourquoi je pars au dernier moment.
Je tiens compte du fait que je risque d'attendre un peu, on attend souvent dans les salles d'attentes.
Alors je pars presque en retard, et je marche vite, pour arriver juste à l'heure.
Si j'attends , cela sera quelques minutes ( pas plus n'est-ce pas? C'est sûr? Car je paniquerai!) et quelques minutes, je peux gérer, mais pas une de plus. C'est pourquoi je dois arriver juste à l'heure.
Je marche vite et j'arrive à l'heure. J'attends à peine quelques minutes car c'est lui qui est en retard.
Moi je suis pile à l'heure.
Psy: Qu'est-ce qui se passerait si vous étiez en retard?
Moi: je paniquerai
Psy: Prenez le risque
Moi: Je ne veux pas prendre le risque, cela me compliquerait, et il faudrait que je revois tout mon système de préparation.
Il faudrait que je parte plus tard, mais à quel heure? Je ne suis jamais en retard. De combien a-t-on le droit d'être en retard sans être « jugé », sans passé pour une malpolie. Pire, sans se faire remarquer?
Si je pars quelque minutes après, et même si je marche vite, je serai en retard, c'est fatal.
Je vais devoir assumer ce retard. Bien sûr, je n'aurai pas le stress d'attendre dans la salle d'attente, puisque je ne serai pas en avance.
Mais je ne dois pas paniquer, un petit retard de rien du tout, ce n'est pas grave.
Alors pourquoi la simple idée d'être en retard. Pire: de faire exprès d'être en retard, me mets en état d'angoisse.
Psy: nous en reparlerons
Moi: OK! Mais pour l'instant je m'en tiens.....à mon petit café du coin.
03 novembre 2008
La 25 ème heure
Je suis l'invitée surprise, celle dont on rêve en silence.
L'heure de plus accordée à un condamné à mort pour espérer encore.
L'heure utile à la ménagère pour boucler une journée surchargée.
L'heure aimée par deux corps enlacés ne pouvant s'arracher.
L'heure dégustée au petit matin, bien au chaud sous la couette
Je suis les minutes de trop qui semblent durer des heures
L'heure haïe par l'employé éreinté par une journée de labeur.
L'heure qui n'en finit pas de s'étirer faisant s'éterniser l'ennui
L'heure de trop pour l'amant impatient qui regarde sa montre
L'heure qui dure une éternité pour le jeune enfant puni
Je suis l'heure de tous les possibles, je m'offre en cadeau une fois l'an,
Je vous offre une parenthèse au milieu de la nuit, ou du soir précédent,
ou bien alors du jour suivant, à votre bon vouloir.
Il vous suffit pour cela, de retarder la petite aiguille,
A l'automne venu, quand le jour décline, ou en pleine nuit.
Je suis l'invitée surprise, tout un rêve de possibles
Après tout je suis votre heure, utilisez moi comme bon vous semble
Puisque je ne suis qu'un leurre, une heure de plus, une heure de trop,
Empêcheuse de tourner en rond, ou cadeau du temps qui passe.
Je vous offre d'arrêter la pendule, une heure, une fois l'an.
Profitez en, car cette heure, je la reprends, dès le printemps!
Consigne 44 de Kaléïdoplumes




