C'était le dernier d'une immense cohorte, celle des 8,5 millions de soldats français de la Grande guerre: Lazare Ponticelli , dernier poilu survivant de l'un des conflits les plus meurtriers de l'Histoire, s'est éteint mercredi à l'âge de 110 ans.

La lettre qui suit est celle d'un autre poilu que j'ai appris à connaître à travers les dizaines de lettres retrouvées dans un grenier. Lettres que j'ai déchiffrées, retranscrites et regroupées dans un ouvrage qui permettra à mes enfants de ne pas oublier que leur arrière grand-père était l'un d'eux.

Pour ne pas oublier:

 

Angers le 05 novembre 1915

 

chers parents,

je vous écris ces quelques mots pour vous renseigner sur mon état car jusqu’ici je ne vous avais pas beaucoup renseigné. Tout d’abord, j’ai été blessé le 25 septembre, au sale trou de Madagascar, d’une balle d’obus au visage. De là l’on m’a apporté à l’ambulance à Agnez-le-Dursan où je reste un jour, puis de là on m’amène à l’hôpital d’évacuation de Frenent, où je reste 4 jours mais j’ai toujours la balle dans la joue. Enfin le 31 septembre on m’embarque de là-bas dans un train sanitaire, à destination de l’intérieur, donc je commençais à fuir sérieusement les marmites. Une fois dans le train, l’on roule là dedans pendant deux jours et deux nuits et rien que pour traverser Paris l’on met un jour entier, et je vous promets que lorsque je suis arrivé à Angers . J’étais bien content car j’étais  totalement esquinté et puis ma blessure me faisait beaucoup souffrir, c’est pour ça que de suite arrivé je ne vous ai pas fait prévenir. A présent je suis bien reposé, je souffre beaucoup moins. Je suis ici avec un camarade de la batterie qui a été blessé en même temps que moi, et ici, à Angers, il y en a un autre de la batterie aussi mais pas au même hôpital. guère rien de plus à vous dire pour le moment , qu’à vous souhaiter une bonne santé.

Avec l’espoir de vous revoir bientôt. votre fils qui vous embrasse.

GABRIEL 18 eme artillerie, Hôpital temporaire chambre 16, Rue Acier. ANGERS ( Maine et Loire)