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Ce piano, je l'ai acheté en 2000. Des années que j'en rêvais.

Je crois qu'enfant j'en rêvais déjà.

Mon père avait fait le conservatoire de musique de Toulouse. Il avait appris le saxo. Il en était très fier. Fils unique d' un père qui était sorti de sa condition sociale en devenant cheminot. Le père avait exigé du fils qu'il soit à la hauteur de ses ambitions de père. Mon père avait donc été au conservatoire.

J'ai appris à mon tour le solfège: 3 ans de galère. A l'époque, on ne prenait l'instrument qu'au bout de la 3ème année. Il fallait avant des heures de bachotage de notes, des tonnes de partition à avaler, à lire, et surtout à chanter. Un DO chanté ne ressemble pas à un LA chanté, croyez moi.

DO MI MI SOL rééé, faa, sooool.

Et vas y que je te chante les 4 temps de la valse, les trois temps du tango et les deux temps classique:

mii, miiisol laafasi doooo

De toute façon, je voulais faire du piano. Et le piano, c'était pas possible. D'ailleurs je n'ai même pas demandé. Je me suis rabattue sur l'accordéon. Trop cher, mais en empruntant celui de l'école de musique, ce serait peut être possible.

Et puis j'ai tout envoyé balader, avant même de prendre l'instrument. Sorte de rébellion contre mon père et son saxo, mon père et sa musique, mon père et ses partitions qui me donnaient une indigestion.

Ce n'est qu'après, bien longtemps après que j'ai regretté . J'avais été si près du but.

Alors le jour où j'ai inscrit mes enfants à des cours de guitare pour l'une, de piano, pour les deux autre, j'ai acheté un sinthé pour qu'ils s'entraînent et en cachette, pendant qu'ils étaient à l'école, j'ai ressorti mes partitions.

Trois ans de solfège indigeste, ça ne s'oublie pas. Lire les partitions ne s'était pas perdu avec les années. Par contre les chanter, impossible. Alors je les ai joué.

Et de fil en aiguille, j'ai pris des cours aussi.

Mais très vite, cela ne m'a pas suffit. c'est un piano qu'il me fallait, un vrai. Le toucher, le renifler, caresser les touches, glisser sur ses notes. J'avais envie de ça.

Et en 2000, j'ai été choisir moi même un vieux piano, un peu éraflé. Pas d'une grande marque, et ayant pas mal vécu. Parce qu'un piano tout neuf, brillant, rutilant, sans âme finalement, ne m'intéressait pas.

J'ai passé des heures sur ce piano, à faire mes gammes. Travailler la main droite. travailler la main gauche. Et les 2 mains ensemble. Du classique, beaucoup de classique, pour me donner l'impression de vivre la musique. Je ne jouais pars super bien. J'avais l'oreille musicale, et le désir d'apprendre vite. Et cette boulimie d'avaler les morceaux les uns après les autres. Alors une fois à peu près acquis, alors que j'aurai dû les travailler jusqu'à la perfection, je passais au suivant. Il y avait toujours un autre morceau qui m'inspirait.

Un peu comme les mots finalement. Jamais rassasiée.

Et puis j'ai arrêté presque de jouer il y a trois ans. je crois que ça correspond au moment où j'ai commencé à écrire sur Obsolettres. C'est bizarre d'ailleurs. Ce n'est pas que je n'avais plus envie, mais travailler le piano était devenu plus difficile, je n'étais pas complètement dedans, alors je ne progressais plus. J'avais même tendance à régresser.

Et puis j'ai complètement arrêté il y a deux ans. Ca correspond avec l'ouverture de mon blog je crois. C'est bizarre. Ecrire était sans doute devenu plus facile, moins contraignant, m'isolait moins sans doute.

A ne pas s'entraîner, on perd très vite. J'ai eu envie de m'y remettre, mais dès que je touchais le piano, je me rendais comte des dégâts. Et ça me décourageait.

J'ai fait venir un accordeur. J'ai recommencé à jouer avec les touches. J'ai rouvert mes partitions. Je repars presque de zéro, mais l'envie est là.