Texte 3 du marathon des bloggeurs (suite du texte précédent):

Alors à cet instant là, à ce moment précis, on croit avoir tout compris.

On la laisse terminer sa conversation. Elle parle bien, elle est si jolie.

Et puis on se dit: qu'ai-je donc à lui apprendre encore? Quelle est ma nouvelle place dans sa vie?

L'aimer, ça je sais, l'écouter, la rassurer, je sais aussi. Mais pour le reste? Où est ma place dans son coeur? quelle est mon rôle dans sa vie future.

C'est que je n'ai pas eu le temps. Le temps de la voir grandir, puis s'éloigner. Le temps d'apprendre son absence.

Je n'ai pas eu assez de temps pour la bercer, pour sécher ses larmes de petites filles tristes. Je n'ai pas eu le temps de la regarder grandir.

J'ai bien compris, très vite, que le temps filait. J'ai eu conscience tout au long de ses années de l'urgence de vivre. J'ai essayé à travers elle, ma fille, mon aînée, d'apprécier chaque jour, chaque minute, chaque seconde de sa vie. J'aurai voulu stopper le temps, ou tout du moins le mettre au ralenti à chacun de ses sourires, à chacun des ses rires. Prolonger ses instants magiques. Faire un arrêt sur l'image de son visage épanouie, et passer en vitesse grand V les autres moments, ceux qui l'ont, ceux qui m'ont fait souffrir pour elle, par elle.

Je n'ai pu que laisser le temps filer, impuissante et consciente d'un temps qui se consume.

A cet instant là, à ce moment précis où on réalise soudain que l'enfant est devenue adulte, est- ce qu'on a moins peur?

Moins peur que lorsqu'elle tombait de vélo, les genoux écorchés.

Moins peur que lorsqu'elle rentrait de l'école en pleurs, parce que on l'avait moquée.

Est- ce qu'on a moins peur que lorsque on posait le dos de la main sur son front fiévreux.

Ses chagrins paraissaient si intenses, sa souffrance si visible.

Alors on s'inquiétait, parfois pour rien, parfois pas assez.

On cherchait à comprendre, ses mots, ses regards, ses gestes.

On expliquait, on rassurait, on distribuait des bisous, des câlins, de l'amour.

Et finalement on ne se posait plus la question: est ce que je fais bien d'avoir peur.

Mais là, à cet instant précis, au moment où elle devient femme dans notre regard, est-ce qu'on a plus peur?

Ma réponse est OUI