17186379Je lui ai dit de se taire. Il n'a pas entendu. Rien ne pouvait l'atteindre, pas même ma voix que je voulais la plus douce possible.

A le voir ainsi renifler tant et plus, il me faisait peine. Je m'obligeai à réprimer l'élan de tendresse qui me poussait vers lui. Je ne voulais pas le brusquer, encore moins lui faire peur.

J'avais juste envie qu'il s'arrête de crier. L'entourer de mes bras m'aurait rassurée mais l'aurait paniqué. Je cherchais un moyen de percer sa bulle.

Il continuait à pleurer, enroulé sur lui-même, se balançant doucement d'avant en arrière.

Il y avait ces trois flacons sur l'étagère. Je ne sais pas ce qu'ils contenaient. Je les ai pris et posés sur la table basse, juste en face de lui. J'ai saisi un crayon de couleur au hasard. Il me semble qu'il était rouge. J'ai commencé à tapoter sur une bouteille, puis une autre, au rythme d'une mélodie imaginaire.

Il a suffit de quelques minutes pour qu'il cesse de pleurer. Il a levé les yeux vers moi et m'a souri.

Je lui ai alors montré du doigt la boîte de crayons. Il a pris le bleu.

C'est ce jour là que je l'ai apprivoisé.

 

(Texte écrit pour la consigne 54 de Paroles Plurielles)