Aveyronnaise

"Roda que rodaras, totjorn al païs tornaras" [voyage tant et plus, toujours au pays tu reviendras]

J'étais de celle qui avait besoin de repères. Mes racines étaient ancrées en Aveyron. En partir était équivalent à m'arracher une partie de moi. La vie m'a emportée ailleurs. Ces ailleurs ont été nombreux.

Je sentais même loin que mon corps avait besoin de cette terre là, parce que c'est là et nulle part ailleurs qu'il y puisait l'essence même de sa vie.

Pourtant, pourtant ma tête était en friche, et cherchait un endroit où se reposer.

J'ai déménagé tellement de fois. Il y a eu des départs heureux, d'autres fait de contraintes. Tous ont été angoissants, à part l'avant dernier, en 2000. Je me rapprochais de la terre qui m'avait vue naître. J'ai pensé que ce serait le dernier. La boucle était bouclée. Je ne savais pas que cette période là signerait des moments douloureux, mais aussi des moments décisifs dans ma vie de phobique sociale.

Me revoici dans les cartons. Je m'éloigne à nouveau de ma région natale. Probablement parce que j'y ai fait ce que j'avais à y faire, et que je sais qu'où que l'on aille, on emporte avec soi un peu de sa terre natale.

Je suis Aveyronnaise et je n'ai plus le besoin de revenir à ma terre puisque j'en prends un gros bout que je place dans un coin de ma tête. Un bon morceau de terre que je case dans un grand tiroir, parmi tous ceux qui remplissent ma tête trop pleine.

Refaire sa vie est difficile. Repartir à zéro demande volonté et désir de réussite.

Refaire sa vie avec le même homme, après plusieurs années de séparation, est-ce que c'est plus difficile?

Rejeter les dés, avec le même pion, c'est culotté non?

Nous voulons construire une autre vie, riche de ce que nous avons vécu séparément, remplie de nos victoires, vidée de nos échecs.

Dites moi, dois je y croire?

"Les Aveyronnais appartiennent à la race des paysans. Les deux pieds solidement rivés à la terre "