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Avant qu'elle ne tombe malade, quelques mois avant son décès, je n'imaginais même pas qu'elle puisse disparaître.

Pour moi, c'était évident, elle survivrait des années à mon père. Et je pourrai enfin aller à l'essentiel avec elle, découvrir enfin qui elle était vraiment. Passer du temps, parler, échanger, lui poser toutes ces questions qu'elle aurait, avant,  balayer d'un revers de main devant son mari.

Je n'aurais pas calculer mon temps.  J'aurai profité d'elle. Il n'aurait plus été là entre nous, à pourrir l'atmosphère, à nous empêcher de ne penser qu'à notre plaisir d'être ensemble.

Mémé avait soufflé ses 80 bougies avant de s'en aller. Je voyais bien maman battre ce record haut la main.

Mais voilà. Mon père est toujours là. Elle est partie depuis 3 ans et demi.

Maman cachait derrière un corps trop lourd une grande pudeur et une tolérance hors norme.

Elle a voué sa vie aux enfants. D'abord à ses nombreux frères et soeurs, puis à ses deux filles, et enfin en s'occupant des enfants des autres.

Je ne sais pas quelles étaient ses doutes, quelles étaient ses peurs, hormis celle de devenir un poids pour les autres.

Maman ne parlait pas, ou si peu. Elle faisait du silence son décor, je crois aussi son petit coin de paradis, loin des hurlements de son père lorsqu'elle était enfant. Loin des discours stériles de son mari lorsqu'elle était adulte.

J'ai longtemps pensé que l'écriture était venue à la suite de ma séparation il y a plus de 4 ans. Je me rends compte aujourd'hui que ce n'est pas le cas. C'est simplement un hasard de circonstance. La séparation, puis la maladie de maman suivie de son décès, ont eu lieu la même année. Avouez qu'il y a de quoi perturber.

Et puis l'autre jour, j'ai osé rouvrir ce cahier, dont j'ai du mal à relire les mots.  Ce cahier qui est devenu, avant mon clavier, le déversoir de mes angoisses, j'ai commencé à l'écrire en octobre 2003, à peine 15 jours après l'annonce de la maladie de maman. Il était parti depuis 6 mois.

Moi aussi je suis une silencieuse, du moins je l'étais avant, avant que je ne commence à écrire.

Et puis j'ai pris un cahier, et les premiers mots posés sur la feuille blanche ont été:

"Écrire, écrire pour ne plus avoir mal, écrire pour oublier que j'ai si mal. Je voudrai remonter le temps, rembobiner le film de ma vie jusqu'à ce moment où tout a basculé. Mais quel moment, quel jour, à quelle heure? Quand la vie a t'elle cessé d'être paisible?"

Demain c'est ton anniversaire. je penserais à toi plus que d'habitude.

Ce soir en écrivant ces mots j'ai envie de te dire merci pour 2 de tes cadeaux:

- Merci d'avoir été ma maman à moi, et accessoirement celle de ma soeur! 

- Merci de m'avoir, sans le savoir, sans le vouloir, fait découvrir à quel point l'écriture était essentiel à ma vie, un peu cahotique, beaucoup phobique, mais et enfin, pleinement assumée.