dolls_veloJusqu'à présent, je n'ai rien trouvé de mieux pour soigner ma phobie sociale que d'adapter mon comportement à la situation anxiolytique.

Concrètement, pour apprendre à faire du vélo, il faut s'entraîner, tomber, se relever, recommencer.

Pour apprendre à nager, il faut s'immerger, apprivoiser l'eau, s'accrocher au bord, synchroniser ses mouvements, puis se lancer, s'accrocher encore, et recommencer toujours.

Ma seule différence, c'est que je dois répéter à l'infini ses exercices.

Lorsque je maîtrise une situation anxiolytique, ce n'est pas parce que cette situation ne me traumatise plus, c'est parce que la répétition des mêmes gestes automatisent mon comportement.

J'ai cerné le problème, pris possession du décor et refais les mêmes gestes quotidiennement.

L'automatisme fait baisser la tension. Je ne réfléchis plus à ce que je fais: je fais. Toute la différence est là. Car la phobie vient la plupart du temps de l'intellectualisation des gestes quotidiens.

Au départ il y a un ou des traumatismes. le corps, la tête ont enregistré, avalé et digéré, toutes ces informations.

Les actes qui rappellent ce traumatisme entraînent une anxiété hors norme.

Le traumatisme est un séisme, les phobies sont les secousses sismiques consécutives à ce séisme.

Pour me protéger, deux solutions:

_ L'évitement

_ La confrontation quotidienne.

C'est ainsi qu'une situation que je vais affronter tous les jours, comme prendre le train, ou aller travailler, je vais les "contrôler".

Les débuts sont traumatisants, je dois me faire violence pendant des jours, souvent des semaines. Et quand je maîtrise, mon anxiété baisse et l'automatisme s'installe.  J'utilise moins d'énergie. Je suis donc moins fatiguée et plus détendue.

Mais il suffit d'une semaine de congés pour voir l'anxiété réapparaître au moment de me confronter à nouveau. Heureusement, les automatismes reviennent vite.

On me demande souvent comment je peux travailler avec mon problème, et affronter certaines situations. C'est justement grâce à ces automatismes. Se faire mal pour aller mieux. Maîtriser sans guérir.

C'est aussi pourquoi les situations qui ne sont pas quotidiennes sont source de plus grande souffrance et donc d'évitement:

- Les repas de famille

- Les voyages

- Les rencontres occasionnelles

- Les réunions

- Et j'en passe (il y en a trop)

Cette thérapie comportementale, je la fais seule, sans l'aide d'un psy. Je me connais par coeur, j'ai la motivation et la volonté d'y arriver. Parce que je ne veux pas "vivre à moitié".

Alors je me donne des priorités. Continuer à travailler, prendre les transports en commun, aller au spectacle, au cinéma. Pour le reste, j'ai décidé que je m'en passais très bien pour l'instant, avec le secret espoir qu'un jour je n'éviterai plus jamais et plus rien.

Je ne sais pas ce que je serais si j'étais différente. Est-ce que je serais aussi sincère? aussi honnête avec moi-même? Est-ce que je ne laisserais pas mon hypersensibilité se laisser envahir par mon mauvais caractère, par mes comportements excessifs?

Ce qui fait ma faiblesse, je sens que c'est aussi une force. Je ne sais pas encore définir comment ni pourquoi c'est une force.

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