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Cet aprem, je discutais sur msn avec un ami. Il est phobique social, comme moi, on se connaît depuis quelques années déjà, rencontrés sur un site de phobique (virtuellement s'entend) et il adore les gâteaux (ça c'est pour donner un indice à Tangerine)

Pourquoi je parle de ça? Parce qu'il est revenu sur l'entrée postée avant hier. Il était étonné que j'ai encore des crises de panique, après tous les progrès que j'avais fait ces dernières années. On a donc discuté un moment de ma petite (enfin, plutôt grosse ) baisse de moral, et il m'a dit plusieurs choses pertinentes, auxquelles j'ai réfléchies. Donc, j'espère qu'il ne m'en voudra pas si je cite ici ses phrases, mais c'est pour mieux développer ma réflexion.

(lui): après tout ce temps et tous ces efforts t'en as encore (sous entendu des crises de panique)  J'ai encore des crises de panique. Moins souvent mais tout aussi importantes, et  encore plus difficiles à gérer pour moi. Pourquoi? Parce que maintenant je ne fuis pas avant la crise, je la laisse venir. Quelquefois, j'arrive à tenir. D'autres fois je craque, et dans ces cas là, c'est plus douloureux, car j'ai laissé monter l'angoisse.

...............et à aucun moment tu ne songes à consulter ? tu as l'intention de ne compter que sur toi-même ? Je ne songe pas à consulter, parce que je l'ai fait déjà 2 fois dans le courant de ma vie. La 1ère je ne voulais pas savoir que j'étais PS (phobique sociale) et la psy  m'a diagnostiqueé en dépression. La seconde, c'était il y a 4 ans. Cela m'a permis de "vider mon sac" Mais, et c'est souvent le cas chez les PS, je n'ai jamais osé la vérité jusqu'au bout, j'ai donc caché sciemment le degré de mon handicap. De toute façon, je sentais bien qu'elle serait dépassée par le problème. Elle m'a en tout cas aidée, sur un autre point, puisque c'est grâce à elle que j'ai pu trouver une unité de soins palliatifs pour ma mère en fin de vie.

......pourtant tu es l'exemple même et rare de qqn qui se bat: Je ne crois pas être un exemple "rare". Simplement, j'ai la chance de pouvoir témoigner de mon combat, et je me bats à mon niveau. Parce que je veux bien insister sur un point: tous, tous on se bat, à son niveau de phobique. Pour moi, se battre signifie avoir la vie la plus normale possible, parce que je ne peux envisager ma vie autrement. Pour un autre (lui par exemple) ce sera de se lever tous les jours, d'accepter son état, de trouver un palliatif à cet état. Pour un autre se sera d'avoir une vie de famille équilibrée malgré le handicap. Parce que se battre ce n'est pas forcément affronter ses phobies, mais vivre quand même, même avec.

.......tu sais, pour la ps, on a pris l'habitude de dire qu'on s'en sort pas seul : Mais ça veux dire quoi s'en sortir? Si c'est guérir, je ne sais pas, je ne crois pas qu'on puisse en sortir seul. Si c'est affronter le plus possible, essayer de réduire le handicap, je pense qu'on peut , à condition d'avoir un leitmotiv: sa famille, ses enfants, ou simplement son caractère combatif.

.......c trop con, tu te bats seule, toujours seule: Parce que c'est pour moi le moyen le plus adaptée, en tout cas pour l'instant

........mais ça ne te correspond pas de te résigner: Je ne me résigne pas. Je pense que le jour où je me résignerai, justement je me ferai aider. Mais il y a certaines périodes à passer plus rudes que d'autres. Alors je me noies un peu, le temps de fabriquer un radeau, de fortune je sais, mais qui me permet au moins d'atteindre une berge.

.......oui, tu parais être d'une lucidité sans pareille: Mais comment ne pas être lucide quand on est ainsi? Toutes ces années passées à fuir, ou bien éviter, ou bien calculer le meilleur moyen de me sortir d'une situation difficile, m'ont ouvert les yeux. Peut être que c'est cette lucidité qui me sauve, qui me permet de combattre: je connais mes limites, je sais que lorsque je renonce c'est qu'il n'y a pas d'autres possibilité, du moins dans l'instant

........c dommage que tu sois si seule dans ce combat: c'est peut être parce que je suis seule que j'arrive à combattre. Pour impliquer quelqu'un, il faudrait que je fasse confiance et surtout que je "lâche prise" . Si quelqu'un a la solution pour me permettre de "lâcher prise "je suis preneuse.

.........ben ce qui caractérise le ps aussi, c'est  sa solitude : Et là, je ne peux pas me plaindre parce que justement je réussi à travailler, à sortir dans la rue, à "parler de la pluie et du beau temps", à dialoguer même. . La solitude du PS, je la connais je la côtoie dans mes moments de doute ou mes fuites et mes évitements. Elle me fait très peur et m'attire à la fois. Être seul c'est souffrir de ne pouvoir communiquer avec les autres, mais c'est aussi paradoxalement ne plus souffrir du regard des autres. Grand dilemme, mais réelle souffrance.

.......toi comme tu te bats c dingue, je connais pas d'autre exemple parmi ceux que je connais aussi battant que toi. Il n'y a rien d'extraordinaire à ce que je me batte. Je n'ai pas d'autres choix, tout simplement. Je ne veux pas mourir, c'est tout simple. Et arrêter de me battre, renoncer, c'est une mort certaine pour moi. Et j'ai l'esprit de compétition. Je ne laisserai pas gagner la PS.

Il y a des tas d'autres gens qui se battent aussi, on en a connu dans le site phobique, simplement, une fois guéris, ou une fois qu'ils allaient mieux, ils partaient. La PS, l'agora, ça fait peur, quand on revient dans la vraie vie, on a pas envie de côtoyer ses vieux démons. moi, je ne m'estime pas guéri. J'ai beaucoup entendu certaines personnes dire, çà y est j'en suis sortie. Je ne vois pas les choses ainsi. Je pense qu'on ne guérit jamais. C'est un peu comme l'alcoolique qui ne doit jamais reboire une seule goutte de vin, sous peine de replonger. Mais peut être que je me trompe, peut être qu'on guérit vraiment. Mais moi qui suis lucide, je pense que je suis et resterais toujours phobique. Je le sens, c'est en moi. Je vivrai, je l'espère, le mieux possible avec, et c'est déjà pas si mal.

 

Pour finir sur notre petite conversation, parlant des mes entrées décrivant mes problèmes de phobique il me donne ce conseil:

je te dirais : ne te soucie pas de faire de bonnes phrases, surtout pas, serre au plus près ta réalité: Il a entièrement raison. Quelquefois j'ai tendance à vouloir en parler  en l'enrobant dans un joli texte, peut être pour que l'essentiel se noie un peu dans le contenu. Parce que je n'assume peut être pas encore pleinement certains de mes comportements. Ce qu'il faut c'est que j'ose dire vraiment, sans me préoccuper du texte lui même et de ce que lira le lecteur. C'est pour moi que j'écris quand je suis mal, pour vomir mes angoisses. Oser encore et encore les dire dans toute l'absurdité de cette maladie, dans tout le ridicule de ces situations de phobie, sans me préoccuper de ce qu'on peut en penser.

Et puisque j'ai la chance de poser des mots sur ce blog. Puisque j'ai la chance d'être lu par des gens intelligents, je veux témoigner de ce que je vis. Je veux qu'on reconnaisse ce mal qui ronge certains d'entre nous.

Pour ne plus entendre ce genre de phrase: mais c'est ridicule, mais ce n'est rien du tout. Force toi, ça va passer. C'est une question de volonté.

Parce que vous croyez pas qu'avec toute la volonté qui est mienne, depuis longtemps je devrai VIVRE vraiment?

Parce que vous croyez pas qu'avec toute la lucidité qui est la mienne, j'aurai du depuis longtemps être pleinement actrice de ma vie.

Et si je n'y arrive pas malgré tout, c'est qu'il y a une putain de maladie, une verrue, un cancer qui s'appelle phobie sociale, et qui me pourrit la vie.