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1962: J'ai deux ans.

Nuce, c'est le nom de la petite bourgade où nous avons déménagé. Nous habitons, me semble-t'il, le premier étage d'une maison de village, pas très loin de l'église. Il y a un jardin au rez de chaussé, et un escalier extérieur qui mène chez nous. Mais peut être n'est-ce que dans mon imagination?

Maman s'occupe des courses et du ménage le matin. L'après-midi, elle nous amène en promenade sur les chemins environnants. Ma grand-mère vit avec nous. Des brides de souvenirs: la mémé prenant le soleil devant la porte, des voisins papotant avec maman. Et de papa? Rien, je ne me souviens pas.

Et puis il y a cet endroit où maman nous  amène tous les jours. C'est un chemin de terre qui longe un joli champs verdoyant. Le pré est entouré d'un muret construit avec de vieilles pierres du Causse. Par endroit, le petit mur s'écroule. A d'autres, quelques pierres seulement manquent. Dans les trous béants, laissés par les pierres manquantes, ma soeur et moi laissons aller notre imagination. Quelques lapins utopiques et nous voici ravies de leur avoir trouvé un toit.

Ma soeur, dont les lapins sont soit disant plus gros, choisira donc le plus grand espace dans le muret. Moi, j'ai décidé que mes lapins étaient si petits qu'un seul pouvait se blottir dans le creux de ma petite main. Je choisis donc le trou le plus petit.

Nous installons nos petits compagnons imaginaires dans leurs refuges. Quelques brins d'herbe pour leur repas du jour, et nous refermons avec une pierre trouvée dans l'herbe. Il ne faudrait pas que l'un d'eux prenne la poudre d'escampette.

Et chaque jour, nous réclamons notre promenade jusqu'au pré où nous attendent nos amis si discrets. Nous changeons l'herbe, quelquefois nous rajoutons une carotte.

Et nous rions, nous rions de notre belle invention.