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Il faut que je vous dise: j’ai menti.

Je désirais tant qu’il garde ce regard rêveur jusqu’à son départ. J’avais envie de le voir sourire, de le voir heureux.

Alors je lui ai promis, que demain tout irait mieux. Je lui ai dit que le ciel était toujours aussi bleu au dessus du lac, que les arbres presque en fleurs n’attendaient que lui pour parfumer le sentier.

Je lui ai encore décrit notre coin de verdure, là, sous le gros châtaignier où je me tiens à cet instant précis, j’ai même ajouté que l’herbe couchée portait encore la trace de la couverture à carreaux que nous étendions dès qu’il faisait beau.

Je lui ai dit que les poissons me narguaient, impatients de taquiner l’appât, sûrs qu’ils étaient de me voir rentrer bredouille. Il a sourit et il a chuchoté: “Quel temps fait-il ?”

Radieux, le temps est radieux. Je lui ai décrit le soleil qui étirait ses rayons par delà la forêt, les jolis tatouages laissés dans le ciel par les avions en partance pour les îles. Et la couleur de l’eau d’un vert profond. Et puis les arbres, toujours aussi coquets, s’admirant dans le miroir liquide jusqu’à l‘en faire frémir. Mais non, ce n’est que le petit air chaud qui vient troubler la surface de l’eau.

Ses yeux brillaient quand il a dit: “Tu racontes bien!”

Le temps s’est arrêté, juste à l’instant ou j’ai fermé ses beaux yeux bleus.

Mon enfant est mort ce matin. Il faut que je vous dise: j’ai menti. Il neige sur son lac, et mon coeur est glacé

(Texte écrit pour la consigne 42 de Paroles Plurielles)