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1961: J’ai un an. je ne manque de rien, du moins je le suppose. Beau bébé joufflu, je suis d’une extrême sagesse. Je pleure rarement, mange de bon appétit, allant même jusqu’à finir le biberon de mon frère de lait, enfant né un mois après moi et fils de la meilleure amie de maman. Je fais mes nuits depuis longtemps. Les jalons sont posés. Il n’y a rien à redire de cet enfant trop sage, qui ne fait pas de vague.

Près de mon berceau, il y a cette petite main posée et ses yeux aimants. Ma grande soeur, qui m’a accueillie tendrement, qui m’aime et comprend déjà que pour lutter, être deux ne sera pas de trop. Je sens l’amour de cette soeur, d’un an mon aînée, et c’est à cet amour que je décide de m’accrocher pour les quinze ans à venir.

Maman s’occupe bien de nous, moi dans ses bras, ma soeur accrochée à son bras. Elle joue son rôle consciencieusement, répétant les gestes maintes fois accomplis pour ses 17 frères et soeurs.

Elle a fermé la porte aux émotions, à grand coups de bâton et de coups de pied au cul, reçus tout au long de son enfance.

Mais les gestes sont là, précis et efficaces.

J’apprends à ne rien réclamer et commence ma vie en espérant être aimée d’elle, vivant dans la peur d’être ”abandonnée” puisque la place est déjà prise, par une autre enfant, peut être plus belle, incontestablement plus intelligente, et qu’on ne peut qu’aimer, puisque je l’aime moi même intensément.

Je cherche dans le regard de maman une invite à avoir moins peur, et c’est dans celui de ma soeur que je découvre qu’elle peut m‘aider puisqu’elle m’aime et que derrière elle je peux me cacher: Moi derrière et elle devant . Et en avant!