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Voici ma dernière contribution à Obsolettres dont le thème était:  La paresse:

Il n’est pas paresseux. Non, malgré ce que pourrait en dire certains promeneurs, certains collègues, et même des gens de sa famille qui pensent qu’il a choisit ce métier pour “se la couler douce”

C’est un contemplatif. Est-ce que rester immobile, de longues minutes, devant un parterre de fleurs peut être attribuer à un penchant très net à la paresse?

Est-ce qu’admirer le lever de soleil sur le parc, juste avant l’ouverture, peut être comparer à une tendance à la léthargie?

Ce qu’il aime, dans ce métier, c’est justement cette notion de temps suspendu. Pas d’horaire à respecter, pas d’obligation au résultat, pas de stress à finir un ouvrage commencé trop tard.

Lucas est gardien de parc. Quelle drôle d’idée d’ailleurs: garder un parc. Il y a le gardien de zoo, ou le gardien de foot, ou même le gardien de prison, chacun gardant jalousement son morceau de terrain, son zoo ou sa prison, prêt à faire la peau de celui ou celle qui s’avisera de sortir du périmètre de sécurité ou bien d’y entrer.

Lucas, lui, il garde un parc, ou chacun est libre de ses mouvements, chacun pouvant entrer et sortir à sa guise, aux jours et heures ouvrables. c’est ainsi qu’on le voit déambuler à longueur de journée dans ce grand parc du centre ville, ou se mêlent les rires des enfants, les bavardages des parents, et le bruit étouffé des voitures au loin.

Lucas n’a pas choisit ce métier au hasard. Lui, ce qu’il voulait, depuis qu’il a appris à dessiner, c’est regarder, tout ce qui peut être admirer, puis dessiner. Et son parc en fait partie. Il connaît le moindre détail de son paysage pourtant si familier. Chaque fleur, chaque arbre, chaque sentier, sont autant de courbes, de lignes et de couleurs dans sa palette de peintre.

Et le soir lorsqu'il rentre dans son petit studio, au coeur de la vieille ville, il sort ces pinceaux, et retrouve son parc à travers ses dessins. Lucas cherche toujours le détail, celui qui fera la différence, celui qui éveillera en lui le désir de reproduire sur une toile une émotion

Lucas cherche la perfection, il scrute son parc, sans la moindre notion de temps. Il part à la recherche du bleu le plus limpide, du vert le plus gracieux, de l’ocre le plus doux. Il reste des heures à contempler le gris d’une roche, pour découvrir l’endroit exact où la couleur est la plus scintillante, celle qui ne peut être comparer à une autre, celle qui lui fera dire que cette roche est bien à nulle autre pareille.

Ces temps-ci, Lucas cherche la couleur qui représente le mieux la pureté. il la voudrait jaune, comme la douceur des rayons du soleil sur une peau éclatante. Cela fait déjà plusieurs semaines qu’il la cherche, mais jamais il ne s’impatiente, il sait que le moment venu, il la découvrira. Ses yeux, sans cesse en mouvement, observent, détaille, compare. Lucas contemple, et attend.

 

 

Elle était là, insouciante au mileu de l’allée, pédalant avec légèreté, laissant ses jolies gambettes, rosir au soleil. Sa jupe courte volait tout atour d’elle, laissant deviner une mignonne cuisse bien fuselée.

Elle souriait de plaisir, sous la chaleur de ce mois de juin. Son chemisier déboutonné jusqu’au creux de sa poitrine, laissait apparaître la rondeur d’un sein petit et ferme. Les manches blanches sur ses bras relevés, contrastaient avec le hâle satiné de sa peau bronzée.

Elle fixait la route, zigzagant intentionnellement sur les gravillons du sentier. Elle sifflait en même temps un air entraînant, et le joli dessin que faisait sa bouche en coeur, lui donnait un air espiègle et un visage charmant.

Elle ne l’a pas vu, trop occupée à faire sans les mains, essayant de garder un équilibre précaire, tout en roulant un peu dans l’herbe, un peu dans l’allée. Ca la faisait rire, d’être aussi empotée.

Lui non plus ne l’a pas remarquée, trop concentré sur cette pâquerette, celle là même qu’il venait de remarquer juste sur le bord de l’allée.

Un vélo par dessus, une jeune fille en dessous, un gardien de parc sans dessus dessous, et 4 paires d‘yeux qui se découvrent, voilà une histoire bien tournée qui en retournerait plus d‘un.

Elle ne se démonta pas devant le regard tout étonné du jeune homme bien embarrassé.

_ Ouf! Quel vol plané! Je suis confuse de vous avoir bousculé, Mais comme vous êtes drôle avec votre casquette de travers et votre air penaud et fâché.

Elle eut à peine le temps de finir sa phrase qu’il la dévorait déjà du regard, ne pouvant détacher ses yeux de la chevelure soyeuse et pourtant si mal coiffée de la demoiselle vautrée à ses pieds.

C’est quand son regard bleu azur à lui plongea dans son regard vert amande à elle que l’alchimie se produisit.

Ils laissèrent là vélo, casquette et air embarrassé pour se réfugier dans les fourrés tout proches, où ils se régalèrent des plaisirs de la chair, tout émerveillé de s’être trouvé.

Lucas et Pauline apprirent la paresse, aux dernières heures de leur 1ere nuit d’amour, à défaut de trouver la sagesse de ceux qui croient tout savoir et ne profitent finalement de rien.