pots_pharma

Il vient de m’ausculter. Moi je sais qu’il l’a fait.

Mais lui? A sa façon ultra rapide de refaire pour la 20ème fois de la journée les mêmes gestes, je me demande si il a réalisé chacun de ses gestes consciemment ou mécaniquement.

Je me demande même si il s’est rendu compte que j’avais des seins! Pas que j’ai des seins (enfin, je veux dire, bien sûr que si, que  j’en ai, mais pas  plus que la moyenne... Des femmes s’entend!) Mais que j’ai des seins, et donc que je suis une femme. Pas un homme, un enfant ou un bébé (quoique là il s’en apercevrait non?) Bref, autre chose qu’un corps.

Donc je suis là, assise sur cette chaise, face à lui. J’ai déjà préparé ma carte vitale et mon chèque tout rempli (je voudrai pas lui faire perdre de temps, il est déjà tellement en retard, ce brave docteur!)

Lui, depuis qu’il s’est rassis, il a pris l’ordonnance et la remplie consciencieusement, sans un regard sur moi.

Il écrit, le nez sur l’ordonnance.

Moi: - J’ai quoi?

Lui, sans lever les yeux: -C’est pas grave

Moi:- Je sais, mais c’est quoi? ( ça a l’air de le surprendre que j’insiste. Suis-je capable d’entendre la réponse? Je veux dire de 2 choses l’une:

-1) Je suis en phase terminale de cancer, auquel cas je comprends sa réticence à m’avouer la vérité.

-2) Mon niveau intellectuel ne me permet pas de comprendre les mots qu’il va prononcer, auquel cas il pourrait quand même essayer au cas ou ce serait juste la fièvre qui me donnerait cet air de demeurée (tiens, il l’a remarqué? donc il sait que je suis une femme!)

Lui, le nez sur l’ordonnance: - une trachéite, bronchite, c’est pas grave.

Il continue à écrire.

Moi: - Vous me donnez quoi comme traitement?

Lui, visiblement agacé par ma demande, énumère puis commence à taper sur son ordinateur.

Moi. Le voyant occupé, je me dis que peut être je pourrai lui parler de mes insomnies, peut être pourra-til me conseiller.

Je commence donc à lui raconter, que je dors pas depuis des années déjà, etc... Que j’ai essayé beaucoup de trucs, que ça n’a pas marché, mais que si il peut m’aider, (il a le nez collé sur son écran) parce que j’en ai marre d’être obligée de prendre un somnifère 2 fois par semaine pour récupérer des ma fatigue que je ne récupère d’ailleurs pas, vu tout le retard que j’ai pris.

Mon monologue dure quelques minutes, lui continue à tapoter sur son écran. Pas une seule seconde il n’a levé les yeux sur moi.

Lui, toujours sur l’ordi: - Je vais vous donner un anti-dépresseur!

Moi: ............

Lui: commence à noter sur l’ordonnance...

Moi: Mais..Mais... je ne suis pas dépressive.

Lui: ben je sais pas moi, je ne vous connais pas, c’est la 1ère fois que je vous vois ( ... Et la dernière je pense, vu que mon dossier est sous tes yeux, vu que je suis la patiente de ton collègue et ami le Dr R. Vu que tu vois bien qu’il y a pas marqué que je suis dépressive sur ce dossier de m.... qui est visiblement plus intéressant qu’un vrai corps en chair et en os assis en face de toi et qui TE PARLE!

Lui: une des raisons de l’insomnie est la dépression!

Moi: Depuis 20 ans? Je suis une dépressive qui s’ignore depuis 20 ans....... Je vais me coucher moins bête ce soir, tout aussi insomniaque, mais moins bête! réflexion intra- cervicale (si tant est que ce mot veut bien dire ce que je veux lui faire dire. En bref: c‘est mon cerveau qui pense!))

Lui: bon ben si vous êtes pas dépressive, je vais vous donner des somnifères.

Moi: non merci, j’ai les mêmes à la maison.

Lui: je ne vois pas ce que je peux faire pour vous alors!

Moi : sinon, j’ai un poulet à découper ce soir, tu crois que tu peux lui faire une anesthésie générale, je voudrai pas le faire trop souffrir. C'est surtout au niveau du croupion, c’est mauvais le cul d’une poule, c’est plein de vaisseau. faudrait pas la traumatiser. D’autant que je voudrai bien que le poulet, qui est en fait une poule (vous avez pas remarqué ses seins?, A elle non plus?) me ponde encore quelque œufs!!!!!!!!!!!!!!!

Ps: la dernière phrase est pure fiction.

 

Cri du coeur: Messieurs les toubibs, bardés de diplômes. Vous qui possédez la science et les outils nécessaires à un travail de pointe. Une simple question: que lisez vous dans les yeux de vos patients? Si tant est que vos patients aient encore un visage?

Je viens d’une famille d’ouvrier et de “petites gens“. Chez moi, on a appris à respecter le docteur.

D‘antan, dans nos campagnes, et sans doute aussi dans nos villes, le docteur était celui qui savait, celui entre les mains de qui on pouvait laisser nos corps meurtris, en totale confiance. Pas besoin de grand discours, de palabres infinies: un échange entre deux humains. Un qui possédait le savoir, l’autre le sens du labeur. Entre les deux un seul mot: RESPECT.

Alors bien sûr on dira c’est la faute au progrès, aux exigences de Mme Sécu, au trop de travail, au manque d‘effectif.

Oui, on peut, y a sans doute un peu de ça aussi. N’empêche.....

N’empêche, je me souviens d’un temps ou on écrivait sur une feuille blanche avec un stylo plume. Le travail était il rendu moins soigné? Le coeur à rendre un travail impeccable, on l’avait.. Ou pas... Et ça n’avait rien a voir avec le progrès ou le manque de temps, ou même la qualité de l’encre ou de la feuille de papier. Peut être parce que nous en d'autres temps, pas si lointain, ou trouvait de l’âme, même dans une plume, ou une feuille blanche.

Mais je m’égare, où t’as mis la hache? J’ai un poulet à éliminer, sans préavis........