Texte écrit pour l'hebdomadaire d'Obsolettres

Pouc_lina

Monsieur Miro était assez laid, un peu rond, un peu chauve, un peu court sur patte, un peu voûté.

Monsieur Miro était myope, très myope. D’ailleurs il portait en permanence sur son nez une paire de lunette à double foyer, maintes fois rafistolées.

Monsieur Miro était seul, très seul. Il vivait dans sa tanière en Hermite, n’en sortant qu’en de rares occasions.

Monsieur Miro était méticuleux, très méticuleux, et acariâtre, pas mal acariâtre, c’est pourquoi il passait son temps à rabrouer Mlle Souricette qui venait 3 fois par semaine lui faire son ménage.

Ce n’était jamais bien. Et il restait un grain de poussière là, et une goutte d’eau ici. Mlle Souricette était habituée à sa méchante humeur, si bien qu’elle n’y faisait plus du tout cas. Elle faisait sa vie comme elle disait à ses amies, et empochait la paye à la fin de du mois. Elle n’en disait jamais plus, ni sur les idées bizarres de son patron, ni sur son goût immodéré pour les collections de toutes sortes: papillons, fleurs, racines aux formes bizarres. Mais un jour.........

Monsieur Miro tomba amoureux, très très amoureux, et de la plus belle des jeunes filles.

Poucélina était belle, très belle, aussi belle qu’une fleur des champs. Et c’était bien normal, puisqu’elle était justement née dans une rose, ce qui lui avait donné son jolie teint frais et ses lèvres d’un rouge parfait.

Poucélina avait la taille fine d’une guêpe, et des cheveux longs et ondulés, de la couleur des blés.

Mais Poucélina était petite, si petite, qu’elle tiendrait dans le creux de ta main.

Poucélina avait grandi dans un joli nid de mésanges, douillet à souhait. Elle avait eu pour frères et soeurs des oisillons rieurs et espiègles.

Poucélina était devenue la coqueluche de la petite forêt où grouillait tout un monde infiniment petit, comme elle. Et de partout on avait entendu parlé de la plus belle des fleurs née dans une rose, un jour de printemps.

Monsieur Miro, lui aussi en avait entendu parlé, si bien qu’il s’était mis en tête de l’épouser.

Et un soir de pleine lune, il avait enlevé sa belle, persuadé qu’elle finirait par l’aimer.

C’est ainsi que la belle Poucélina s’était retrouvée dans la maison de Monsieur Miro. Mais Poucélina était claustrophobe, et vivre dans l’ombre la tuait à petit feu. De plus, elle n’aimait pas Monsieur Miro, mais Monsieur Miro s’en contrefoutait. Lui, ce qu’il voulait, c’était une jolie fleur pour égayer son quotidien.

Mais la fleur dépérissait et Mlle Souricette s’en désolait.

C’est pourquoi elle alerta le rat des champs, qui, ventre à terre, se précipita chez son cousin le rat des villes, qui, lui même monta par les égouts jusqu’à l’appartement de son grand ami Monsieur Jean de La Fontaine.

Celui-ci, comprenant l’urgence de la situation, se mit immédiatement à la tâche.

Et c’est ainsi qu’une nouvelle fable vit le jour, sous la plume habile de ce bon monsieur. “La Taupe et le Bourdon.”

Monsieur Bourdon, chevauché par le petit prince, tombé là par hasard, partit à la conquête du monde des ténèbres. Tous deux délivrèrent après moult aventures, la belle Poucélina qui tomba aussitôt sous le charme de ce beau petit blondinet, que tous appelait le petit prince.

Le petit prince, conquis par cette jolie demoiselle, l’entraîna sur sa planète où il lui offrit, en gage de son amour, sa belle rose sans épines.

Sacré Monsieur Jean de La Fontaine. Il a de la suite dans les idées, tu ne trouves pas?

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Tu dors ma chérie?

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Fais de beaux rêves ma princesse!