pr35647Le train s'arrête au milieu de la voie, à 200m de la gare d'arrivée. Jusque là tout allait bien, je n'ai même pas tressailli lorsque des passagers se sont assis à côté de moi. Mon MP3 sur les oreilles, le son à fond(quelle merveilleuse invention pour les anxieux) je m'enferme dans ma bulle, je monte des barrières entre moi et les autres pour ne pas laisser une chance à Mme panique de m'attaquer.

Oui mais voilà, quand le train freine puis s'arrête au beau milieu de la voie, quand j'entends dans le haut parleur: " veuillez nous excuser pour cet ennui technique que nous tentons de réparer" Je sens le malaise apparaître. Et lorsque la même voix rajoute: "Pour votre sécurité,veuillez ne pas ouvrir les portes et sortir du train", là, là c'est le déclic, c'est le moment tant redouté. Je n'ai plus le contrôle de ce qui se passe, je ne peux que "subir". Aussitôt le processus : angoisse/peur/phobie/ panique s'enclenche. Aucun retour en arrière n'est possible. C'est une tempête qui envahit mes muscles, et mes pensées. Je vois arriver le danger et je n'ai rien pour le stopper. Il me faut déjà tant d'énergie pour contrôler les 40 mn de trajet, qui sont d'autant difficiles que le train est souvent en retard. Pour d'autres, un retard est une simple gêne, c'est râlant mais pas dramatique. Pour moi, c'est un début de perte de contrôle de la situation. Je dois alors redoubler d'énergie pour faire face à ce contretemps. Je monte donc dans le train avec un capital "énergie" passablement emputé, mon seuil d'anxiété a augmenté et j'ai donc besoin de plus de force mentale pour "contrôler".

Et là, quand le train s'immobilise, je suis prisonnière, c'est une douleur difficile à supporter de se voir devenir impuissante à affronter. Avant, quand j'avais des difficultés dans ma vie de tout les jours, je n'analysais pas ce qui se passait, je savais juste que je souffrais, et la plupart du temps, j'évitais. Aujourd'hui, je vais rarement jusqu'à la crise de panique, ce qui me trouble le plus, c'est ce sentiment de découragement qui m'envahit, cette tristesse, je me sens défaillir et j'ai envie de pleurer, de baisser les bras. J'ai envie de crier "aidez moi, prenez mon handicap pour quelques minutes, j'ai besoin de respirer. Eux râlent de ce contretemps, pendant que moi j'ai mal, je souffre dans mon corps, dans ma tête de cet incident. Toute la différence est là. Eux auront oublié demain, moi je dois aussi reprendre le train avec l'impression d'un danger là-bas, à 200 mètres de la gare, au milieu de la voie.