Je m'installe au fond du wagon, très peu de monde, je suis la seule dans le fond, je me mets près de la fenêtre, je l'apperçois de l'autre côté de l'allée, un rang derrière moi. Le train démarrre. il me scrute, je sens son regard insistant dans mon dos, sur ma nuque, sur mes épaules. je suis génée, je ne bouge pas.

Il se lève et avance d'un rang, il est maintenant de l'autre côté de l'allée, juste en face de moi, côté fenêtre, il se penche vers moi et continue à me scruter, je tourne la ête vers la fenêtre, faisant semblant de regarder le paysage, je vois son reflet dans la vitre . Il continue à  me "déshabiller du regard". Je suis tétanisée par la peur. je ne comprends pas ce qu'il cherche. Et puis il descend sa braguette, passe la main dans son pantalon et se masturbe tout en continuant à me scruter.. Je lui lance un regard noir de haine, il change encore de place, se rapproche de moi, juste l'allée nous sépare. J'ai peur je me lève très vite et me précipite dans le wagon d'après. Je m'assoie tout au fond, m'en voulant de ne pas lui avoir cracher à la figure  ce que je pense.

10mn après, deux femmes viennent me rejoindre, visiblement très perturbées. Je vais vers elles leur demandant si elles ont des problèmes, elles me racontent: les attouchements, l'insistance du regard, la perversité du bonhomme.

C'est le déclic: je fais appeler le contôleur, lui demande de me suivre jusqu'au "pervers" et lui expose mes griefs, bienôt rejointe par les 2 autres femmes. L'autre joue les innocents: je suis folle, je me fais des idées etc...; Et en plus il me prend pour une conne?

"Que voulez vous faire madame? "

" Mr le contrôleur, je vous demande de prendre les papiers de cette personne et de prévenir la police des frontières pour qu'il soit attendu à sa descente du train. J'ai l'intention de porter plainte pour "exhibition sexuelle"

" Très bien....... !"

Arrivés en gare, nous ne sommes que 2 à décider de porter plainte, notre parcours du combattant commence. La police des frontières arrive, appréhende le personnage, nous demande quels sont nos griefs contre lui. Le jeune homme m'insulte encore une fois. Le policier le fait taire.

" je veux porter plainte, je ne suis ni une pute, ni une soumise, j'exige qu'on respecte mon identité de femme, et qu'on ne m'abuse pas de façon "perverse" parce que je suis une femme. j'en ai marre d'avoir peur de prendre le train parce que des tarés en manque de sensations fortes, prennent plaisir à jouer à ces jeux, se croyant  en impunité totale parce que la plupart des femmes se taisent. j'en ai marre qu'on me siffle dans la rue, qu'on m'aborde comme si c'était naturel, qu'on m'importune en me proposant un verre et voire plus simplement parce que je suis du sexe féminin. "

"Il repartira avec les menottes, il restera quelques heures en garde à vue, ma plainte n'ira pas plus loin que le bureau du procureur qui classera l'affaire parce qu'on peut pas  s'occuper de tous les cas de tous les pervers...... je m'en fou, je porte plainte et lui il SAIT que toutes ne se taisent pas."

On nous accompagne dans les locaux de la police de la gare: locaux minuscules, sans aérations, sans ordinateurs, avec un seul téléphone, tous dans la même pièce. L'angoisse monte mais MERDE, je ne vais pas craquer. La police des frontières fait son rapport et nous laisse pour remonter dans un autre train. La police de Toulouse nous a dépêché une voiture, on nous demande de monter avec le prévenu.

" la dame montera dedans, voulez vous monter à l'arrière avec le prévenu? nous n'avons pas d'autre voiture de libre  en ce moment!"

"Non, il est hors de question que je frôle ce pervers"

"Dans ce cas prenez le bus et rejoignez nous au commissariat"

Ça frôle le ridicule, mais je n'ai pas envie de rire. Je prends le fameux bus, passablement perturbée. Au commissariat, la connasse de l'accueil( scusez ça m'a echappé )  ne supporte pas que je passe devant tout le monde pour lui expliquer mon cas.

"Veuillez attendre votre tour"

"Mais on m'attend, on vous a prévenu, renseignez vous au moins"

"plus tard"

Je craque: ça donne vachement envie de porter plainte, pour sûr, laissons les oeuvrer en paix ces pervers, pour le cas qu'on fait des victimes.

J'attend 10 minutes, puis n'en pouvant plus ,je suis à deux doigts d'abandonner et de partir. Et puis non... Je suis pas venue jusque là pour rien! Je prend la première porte que je trouve, un long couloir, une salle, des femmes en pause déjeuner.

"je suis madame....."

"Ah! on vous attendait justement"

"Pas la personne de l'accueil en tout cas"

"On l'a pourtant prévenue de vous laisser passer!"

J'en peux plus: le bus, que je ne prends jamais vu que pour une personne souffrant d'agora, c'est plutôt un supplice, le petit commissariat de la gare, sans fenêtre, sans aération pour la personne souffrant de phobie sociale que je suis, une grosse épreuve. Le manque de considération de la fille de l'accueil, pour la personne passablement énervée et angoissée que j'étais à l'instant, c'est trop. Quand elle me dit:

"attendez 10mn et je prends votre déposition je m'effondre en larmes.

"j'en peux plus, je porterai pas plainte, si c'est pour  parcourir un chemin semé d'embuches, sachant très bien comment finira cette affaire, pourquoi bouffer mon énergie? Je voulais juste qu'il ne gagne pas, ni lui ni ceux de son espèce."

"Ok! calmez vous, un verre d'eau? venez je prends votre déposition tout de suite".

Sortie du commissariat deux heures après les faits. Manqué 2 heures de boulot, que j'ai rattrapés ce soir.

  Je fais cette démarche pour la 3ème fois de ma vie, et c'est parce que ça me tient tant à coeur que je vais au bout à chaque fois.

A 11 ans ma fille ainée a été victime d'un pervers: tentative d'enlèvement,. On a porté plainte, il a été retrouvé 2 mois après, passé en jugement 9 mois après, pas de préventive, (il avait un très bon avocat vu que c'était le fils d'un chef d'entreprise de la région, bien placé politiquement) prison avec sursis et obligation de se soigner. POINT!

Il y a 18 mois, tentative de viol sur mon autre fille de 15 ans. Elle l'a reconnu 2 mois après dans la rue, il a été appréhendé, déja fiché. pas de témoin. Le procureur a classé l'affaire: l'accusé n'était pas "responsable " au moment des faits.

Moi même victime a 15 ans d'attouchements: je n'en n'ai jamais parlé. A l'époque, on se taisait, on en parlait pas et surtout pas aux parents.

Et vous croyez que je vais me taire? NON...... PLUS JAMAIS !!!!!!!!!!