09 mai 2008
Ma thérapie... Tu parles!!!!!!!!!
Depuis 6 mois, je vois un comportementaliste.
Très rapidement après mon arrivée ici, j'ai compris que j'allais régresser (ce qui était normal compte tenu de tous les changements radicaux des dernières semaines)
Jusque là, en tout cas pendant les 4 dernières années, je gérais par moi-même, en ne me concentrant que sur ce qui était essentiel pour moi: travailler en l'occurrence, et donc aussi sur tout ce qui tournait autour du travail( trajet, performance, relationnel etc....) Je zappais allègrement tout le reste. Quoique j'avais aussi réussi à contrôler les cafés, et de temps en temps le resto (et encore, ceci pourrait faire l'objet d'une entrée humoristique, tant le fait d'affronter le resto peut être une véritable épreuve d'endurance..... J'y songe!)
Pourquoi je n'en n'ai pas parlé plus tôt? Parce que les débuts ont été difficiles, et les progrès inexistants. Parce qu'il a fallu adapter le traitement à mon comportement qui ne s'adaptait pas au traitement. Autrement dit, là où d'autres (phobiques s'entend) arrivaient dès la 1ere séance à faire l'exercice qui consiste (juste) à serrer son bras contre sa poitrine, puis à le détendre tout en l'ouvrant (exercice de base de la relaxation) J'ai mis exactement 1 mois (à raison d'une séance par semaine) à le faire.
Là ou d'autres se mettent en hyperventilation et ont les 1ers symptômes désagréables à la 8ème ou 10 ème inspiration, je pars en flèche dès la 1ere.
Par contre, le comportementaliste m'a aidée à comprendre de quoi je souffrais exactement, avec schéma à l'appui.
Je souffre d'abord d'attaque de panique. Sachant que pour moi l'attaque ne survenait qu'au sommet de la pyramide des symptômes (c'est a dire au moment de la fuite, ou de la sensation de mort imminente) Lui m'a expliqué que l'attaque commence dès le 1er symptôme, celui que je remarque à peine, celui pourtant qui déclenche tout le reste. Et c'est sur ces 1ers symptômes qu'il faut travailler.
Dans mon cas les attaques de panique sont les symptômes d'une agoraphobie « ciblée » et d'une phobie sociale invalidante.
Sachant que j'ai une vie normale tant que je ne suis pas face à l'objet de mes phobies, qui peut fluctuer.
Il y a l'objet que j'évite depuis toujours. Celui que j'évite mais que je n'évitais pas avant, celui que j'évite un jour, et qui le lendemain passe dans la catégorie des possibles, pour revenir dans la catégorie phobie un autre jour. Il y a ce que j'éviterai demain. Il y a une phobie que je remplacerai par une autre: en ce moment, ayant eu une attaque de panique l'autre jour au travail à cause de la chaleur très humide qui régnait, je panique des que je sors et que je sens qu'il fait plus de 25 ° (je pense que ça va passer en étant confrontée tous les jours à cette chaleur)
Bref, j'aurai l'occasion de reparler de tout ça.
Ce que je voulais dire, c'est que mon toubib donc, m'a persuadée, à la suite de mes dernières attaques, de prendre un anti-depresseur particulièrement efficace pour les attaques de panique. Et ce pour arriver à progresser dans la technique comportementale, vu qu'en 6 mois j'ai pratiquement pas avancé (car une attaque de panique me fait régresser systématiquement)
Il est hors de question que je quitte ce boulot. Si les attaques continuent, je sais que je n'aurai pas d'autre choix que de le faire. Ce serait un échec dont je ne me remettrai pas.
Et même si je m'en veux terriblement d'avoir recours à ce poison, que j'ai peur des effets secondaires, du sevrage plus tard, je sais que je n'ai pas d'autre solution en ce moment.
C'est donc la mort dans l'âme que j'ai commencé mon traitement.
Parce que merde! JE NE SUIS PAS DEPRESSIVE. Je suis phobique (et c'est loin d'être mieux!)
Les premiers jours sont difficiles. Effets secondaires, culpabilité, peur de grossir, de regretter, de ne plus rien contrôler.
A suivre....
08 mai 2008
Ma 5ème vie
On dit que le chat a 7 vies. Je ne sais
combien il m'en reste. 2, peut être 3. Cela me suffira-t-il
pour atteindre la sagesse?
Je suis un chat de gouttière, recueilli un soir par cet homme taciturne qui se nomme mon maître.
Je sautais de balcon en balcon, pour atteindre le sien. Il déposait toujours quelques miettes de son repas, juste sur le coin de la fenêtre. Il ne m'observait pas, craignant de m'effrayer.
J'étais un chat de gouttière, mon pelage hirsute et quelques cicatrices témoignaient de ma rage de survivre dans ce quartier hostile. On me craignait, on me respectait, j'étais la terreur des chiens de passage. Mais je rêvais d'autre chose.
Être apprivoisé, choyé, dorloté, vivre au chaud toute l'année, ne plus me battre pour manger. Je voulais connaître ça avant d'en finir avec ma 5ème vie.
Mais je voulais choisir mon compagnon. J'en voulais un sauvage, solitaire, un comme moi. Et c'est sur ce balcon, derrière cette fenêtre qu'il a un jour entrouverte, que je l'ai trouvé.
Je n'y ai passé que les moustaches, avant de reculer. Le lendemain, la fenêtre était un peu plus ouverte. Je m'y suis aventuré un peu plus.
Et j'ai fini par oser. J'avais pris mon temps. L'homme ne m'en avait pas tenu rigueur.
Il a refermé la fenêtre et je suis resté.
Alors a commencé un long apprentissage. A tâtons, nous nous sommes guettés, cherchés, puis apprivoisés.
Mon petit prince était un drôle d'humain bougon, solitaire et écorché, par la vie sans doute. Lui qui n'en n'avait qu'une ne l'avait pas méritée si triste, si sombre, si injuste. Mais il en avait pris son parti. Et c'est ce qui me fascinait en lui. Sa capacité à, malgré tout, sourire à un rayon de soleil, se lever tôt le matin juste pour admirer l'aube, relire un livre 3 fois de suite, tant il l'avait trouvé beau, et s'instruire encore et toujours.
Les premiers temps; il laissa la fenêtre fermée, de peur que je ne m'échappe sans qu'il n'ai eu le temps de m'apprivoiser. Ce fut comme un défi pour moi de rester, sans avoir l'envie de fuir et retrouver mon indépendance.
Et puis nous avons fini par nous faire confiance. Nous n'attendions que ça. Il avançait sa main, et je ne m'enfuyais pas, laissant sa caresse réchauffer mon corps imperméable à toute sensation avant cet épisode.
C'est cette première fois là que je me suis mis à ronronner. C'est à cet instant là qu'il prit l'habitude de me parler, comme on parle à un ami, à une personne de confiance.
Depuis 1 an, nous continuons la route ensemble. La fenêtre reste ouverte tout l'été. Perché sur un haut tabouret, j'observe la rue.
Lui relève la tête de son bouquin pour me dire:
« Tu sais, Bonhomme, les bois et les champs, ça a beaucoup de charme. Cela te plairait sûrement.
Qu'en penses-tu? Je songe fortement à nous installer à la campagne"
(Consigne 19 de Kaléïdoplumes)
05 mai 2008
Sombre
J'étais dans la salle de bain. C'était ce matin. Je pensais aux derniers jours que je viens de passer.
A part cette belle journée de rando que j'ai vécue hier, la semaine dernière a été particulièrement difficile.
Il serait long d'en expliquer ici les raisons. Il y en a beaucoup.
Je reviendrai probablement sur certaines, comme cette attaque de panique que j'ai vécu au travail vendredi, suivie d'une seconde le lendemain ( ce qui était prévisible dans la mesure où j'avais encore en tête, en partant travailler samedi matin, celle de la veille)
Le fait est que tout ceci me fragilise. On ne se remet pas d'une attaque de panique en claquant des doigts. Les répercussions sur le moral et le physique s'en font sentir pendant des jours.
Mais je ne me sens pas en état d'en parler maintenant, de décortiquer les faits pour essayer de les assimiler. Il est encore trop tôt.
Ce matin donc, en sortant de la douche, je réfléchissais à la façon dont j'allais aborder cette demi-journée de travail. Le but étant de ne pas repartir dans le même schéma que vendredi et samedi.
Et puis mon esprit est parti ailleurs, dans mes souvenirs.
Je me suis assise sur le tabouret et j'ai pleuré, en songeant à un autre moment de détresse, dans d'autres circonstances, avec d'autres personnes. Encore! Toujours. Si bien que ma progression, immanquablement suivi d'une régression, finit par user ma volonté.
Ce jour là, j'étais partie seule avec mes 3 enfants passer 2 jours chez ma belle famille.
Ce jour là, on était tous attablé,discutant de choses et d'autres. Je faisais manger mon petit dernier (1 an) Il était assis sur sa chaise haute, et mangeait avec plaisir la purée que je lui donnais, sous l'oeil d'une de mes filles (9ans) . Les autres discutaient, j'étais juste un peu stressée d'être là,mais j'assurais plutôt pas mal.
Et puis en quelques secondes, elle m'a submergée. Je l'ai à peine vu venir. L'attaque de panique, foudroyante.
J'ai lu alors dans les yeux de ma fille qu'elle voyait, il y avait ses 2 points d'interrogation dans ses yeux verts. Ma main était figée sur la petite cuillère, mon fils s'impatientait.
Je me suis penchée sur ma fille, lui ai demandé de finir de donner à manger à son frère, lui ai dit de ne pas s'inquiéter. Juste un petit malaise qui passerait à l'air libre.
Elle n'a rien dit, a pris le bol de purée et fait manger son frère, m'aidant ainsi à fuir, me protégeant en assumant à ma place.
Je me suis assise dehors, sur la pelouse. Cherchant désespérément une solution. Dans ces moments là, je suis incapable de réfléchir, de parler, de contrôler ma respiration. Dans ces moments là, une seule pensée me noie: il faut que je meure, à l'instant, pour ne plus supporter l'insupportable.
On est venu plus tard me demander ce que j'avais. J'ai prétexté un malaise, me suis isolée dans une chambre, pris un somnifère et dormi jusqu'au lendemain.
Je suis rentrée chez moi le lendemain matin. J'ai mis des jours à me remettre de cette panique, et rayé de ma carte de futurs « quelques jours » dans ma belle famille.
Je pensais donc à cet épisode ce matin, en sortant de ma douche.
Je pensais à ma fille, qui a bientôt 22 ans. Aux épisodes analogues que nous avons vécus, elle comme moi (les chiens ne font pas des chats!)
Je pensais aux magnifiques progrès qu'elle a accomplis ces dernières années. Je pensais aussi aux miens, à une moindre échelle.
J'admire ce qu'elle devient, et cet amour qui nous unit.
Je pleure en songeant à ce qu'elle a enduré à cause de moi, ce que mes enfants ont vécu par ma faute.
Et malgré tout ça, ils m'aiment, et, depuis qu'ils savent ce que je suis, ils acceptent, et m'aiment tout autant.
Je sais, c'est con à dire. Puisque je reste leur mère, malgré tout, mais ce matin, dans ma salle de bain, la gorge nouée, c'est à ça que je pensais.
04 mai 2008
Deuxième rando
Départ de la ferme d'Esteben, en pays Basque, près d'Espelette.

Deux ânes accompagnent nos premiers mètres

D'un côté la france
De l'autre l'Espagne
Une palombière
Nous passons une source
Puis une seconde
Nous rencontrons des chevaux
Un arbre superbe, au milieu de ce sentier aride
Au tronc impressionnant
Puis tout la haut, contre la roche, des chèvres
Elles s'enfuient à notre approche
Un arbre rocher
Ou un rocher arbre?
Retour par les crêtes
Tibo cherche le nord
Au loin Biarritz et l'océan
Par là l'Espagne
Par là toujours plus beau
Un petit paradis
Encore des chevaux
Encore des brebis
Simba est partout chez lui
Là encore
Il est temps de redescendre au point de départ
Quelques jolies photos en passant

Un autre belle rencontre

Les ânes sont toujours là
En repartant, nous nous arrêtons encore
L'eau m'attire
Et elle est très photogénique
Une autre belle balade dans les Pyrénées
02 mai 2008
L'instant de grâce
L'instant, il est parfois éphémère
Dure une seconde, parfois trois ou quatre
Il a la douceur d'une léger souffle
La légèreté d'une main frôlée
L'instant, il n'a pas d'heure précise
Il peut me donner rendez-vous un soir
Ou bien un matin, au saut du lit
Ou n'importe quel autre moment de la journée
L'instant peut durer plus longtemps
Parfois même une journée entière
Sans aucune raison particulière
C'est juste à cet instant là. Je ne sais pas pourquoi.
L'instant, celui après qui je cours sans cesse
C'est le moment ou mon corps dit stop
celui ou mes muscles baissent leur garde
celui où ma tête se vide de pensées encombrantes
Juste un laissé aller. Une douce pente vers le bien être.
Sentir que mon corps cède à cette douce torpeur,
Ne pas lutter, ne pas résister, ne pas avoir peur de lâcher prise
Accepter de ne pas se perdre, ne pas se battre pour, ne pas lutter contre
L'instant qui peut faire oublier que c'est parfois si compliqué
De se laisser aller
Et tout à coup, en prendre conscience, entièrement, passionnément
Juste respirer, s'inspirer, s'extirper. Pour un instant.
(Consigne 18 de Kaléïdoplumes)
29 avril 2008
Première rando
La météo l'avait prévu. Ce serait un dimanche ensoleillé. Un dimanche à partir en rando. Et si on veut une rando réussie, vaut mieux la préparer à l'avance.
La première de la saison, il faut qu'elle soit pas trop longue, pas trop loin, pas trop dénivelée.
Il faut tenir compte de la météo, de votre état physique (qui est rarement folichon au sortir de l'hiver)
Alors nous avions mis toutes les chances de notre côté. De nouvelles chaussures pour moi, plus légères, pour préserver au mieux mon pied encore un peu douloureux. Un sac à dos pour chacun, avec tout le nécessaire en cas de fraîcheur, de chaleur, de pluie, et même de petits incidents.
Une pharmacie, un bon casse croûte, un blouson de pluie, un pull, une crème écran total, une casquette, lunettes de soleil, bâton de rando, des jumelles, une boussole au cas où, les gourdes évidemment. Des lingettes bien sûr, et l'indispensable numérique pour les souvenirs.
Pour cette première rando, ce sera le pays basque. Et ces paysages impeccables, ses maisons blanches aux toits et volets rouges, et ces champs bien délimités.
Partager une rando, c'est assez extraordinaire. D'autant plus quand c'est la 1ere de la saison, celle qu'on a attendu tout l'hiver.
Le départ est toujours un peu difficile. On prend d'abord son temps pour bien lasser les chaussures, vérifier que tout est là, dans le sac à dos, et puis on démarre.
Généralement, ça monte assez vite. Même si nous avions opté pour un parcours facile. Départ à 200 m d'alt. Montées sur 300m. Petite bifurcation pour aller jusqu'au sommet, admirer la vue, puis redescendre enfin, plus tranquillement, jusqu'au point de départ. 3 Heures de marche, avec le ferme espoir que d'ici la fin de la saison, nous assurerons les 5 ou 6 heures de marche par rando.
Des les premiers lacets du sentier, nous nous allégeons de nos pulls, remontons nos pantalons, et buvons 2 gorgées d'eau. Le chien court devant (pour l'instant)
Il faut bien une bonne demi-heure de marche pour délier les langues. Quand les corps se sont habitués à l'effort, que les têtes se sont vidées de tout le quotidien. On laisse alors lentement la douceur de la journée, le plaisir de la marche, anesthésier nos esprits pour ne garder que le plaisir d'être là.
C'est à ce moment là qu'on commence à parler. Des banalités, des riens du tout, des phrases toute bêtes, des mots tout simples, mais qui sont remplis du bonheur d'être là, de partager, de vivre ses moments privilégiés.
« La terre est encore humide »
« Le printemps est en retard ici »
« Cet arbre est magnifique »
« Tu vois la cabane de berger en contrebas? »
« On a de la chance, il fait chaud. »
"Les moutons ont encore leur laine"
Et puis tout d'un coup, le mot est lâché:
« On est bien »
Les 2 autres hochent la tête, un sourire béat sur les lèvres. Ça arrive généralement au moment du casse-croûte
Pour cette première rando, nous avions prévu de fêter l'événement, un petit vin rouge de St Emilion, à déguster en plein champs, c'est un plaisir qu'on goûte à petites gorgées.
A cet instant là, le sandwich au jambon d'une main, le verre de rouge de l'autre, croyez moi, on est loi, bien loin, très loin des préoccupations du quotidien.
En rando, nous ouvrons grands toutes les écoutilles. Nous observons tout ce qui nous entoure, nous respirons à plein poumons, nous apprécions chaque instant volés au quotidien. La nature nous tend les bras et nous nous y plongeons avec volupté.
Et à chaque virage, à chaque détour de sentier, de bois ou de rocher, nous découvrons.
Ici, une forêt de châtaigniers plusieurs fois centenaires:
Là un arbre qui a rendu l'âme:
Plus loin, une maison-arbre, à moins que ce soit un arbre maison?
Plus loin encore, au détour d'un chemin, un calvaire:
avec un banc juste à côté, près à accueillir les pèlerins et autres marcheurs qui s'aventurent jusqu'ici:
Et puis une autre grange, ouverte celle-ci:
Mais la rando s'achève, nous voici presque revenus au point de départ:
Une dernière partie de cache-cache avec une vache est ses petits veaux, puis il est déjà l'heure de rentrer:
Avec l'envie de très vite repartir en rando, dans les Pyrénées.
26 avril 2008
Ricochet 1984
Un virage à 180° pour moi
cette année là. Je choisis de tout quitter, alors que
justement j'ai besoin de repères, de stabilité, de
sécurité.
Finalement je vais passer ma vie à tout chambouler, moi qui recherche sans cesse des repères pour éloigner mes phobies. Paradoxe de ma personnalité. Fuir et faire face. Me cacher et affronter.
Après quelques mois d'échanges purement professionnels, et quelques sorties, toujours en groupe, nous sommes plus que jamais attirés l'un par l'autre. Nos regards se croisent de plus en plus souvent, nos mains se frôlent par moment. Je suis effondrée. Je réalise qu'il se passe quelque chose que je n'avais pas prévu. Je suis amoureuse d'un autre que celui qui partage ma vie depuis plusieurs années.
Un premier rendez-vous en tête à tête, et nous tombons dans les bras l'un de l'autre. Catastrophe pour moi. Je vais devoir faire un choix. Mais il est déjà fait.
Je fais mes bagages, sous le regard abattu de mon ami. Je suis mal de faire du mal. Mais je sais ma vie ailleurs.
Je m'installe chez le nouvel homme de ma vie. Nous passons notre temps à cacher à notre direction que nous sommes ensemble. Je risque le licenciement et lui la mutation.
Et puis, et puis, il y a cette première attaque de panique. Celle qui va lentement me plonger dans la phobie sociale, qui sera diagnostiquée bien des années plus tard
Chaque seconde de cet événement est gravé dans ma mémoire. Le seul fait d'y repenser est angoissant. Et elle est la 1ere d'une longue série qui finira par empoisonner ma vie.
Cela se passe dans une caserne, au mess des officiers très exactement. Un repas en l'honneur de mon ami qui est venu me présenter à son ami officier. Il y a là une bonne partie des officiers de la caserne, et moi, seule femme parmi tous ces uniformes. Bon dieu, mais qu'est-ce que je foutais là? Je suis antimilitariste depuis presque ma naissance. Je n'ai qu'une vague idée de l'autorité masculine, mais j'ai cette peur en moi, qui m'habite depuis très longtemps. Depuis quand déjà? Et pourquoi?
Le regard d'un homme, si il n'est pas aimant, me liquéfie sur place. Peut être parce que j'y vois le regard de ces garçons qui, l'année de mes 16 ans, m'ont traînée dans ce coin ombragé du parc. Et cet instinct qui me dit « danger » là où il n'y en a pas.
Tous ces regard tournés vers moi, toutes ces questions. Je me sens jugée, jaugée, passée en revue. Je m'éloigne sous un faux prétexte et vais m'enfermer dans les toilettes. Je m'effondre, vomis, pleure, tremble. Je suis assommée par cette attaque de panique, et paralysée par la peur. Je m'assoie par terre, enfermée dans les toilettes. Je suis incapable de me relever, de tourner cette poignée et de sortir de cet endroit exigu. Je vais crever là sans savoir, sans comprendre pourquoi. A ce moment là, je suis comme cet enfant qui espérait disparaître sous les couvertures, quand mon père frappait et frappait encore, ignorant les cris de douleur de ma soeur. Je veux disparaître, m'évaporer, m'envoler, quitter cet enveloppe qui m'étouffe.
Les minutes passent. Je me sens comme une bête traquée. Je crois devenir folle. Et puis j'entends sa voix. Il est venu me chercher, s'inquiétant après 15mn d'absence. Que lui dire? Comment lui dire? Quoi lui expliquer moi qui ne comprends rien à ce qui m'arrive?
J'invente un malaise quelconque. Sans mal, je suis défigurée par la douleur.
Je ne sais comment j'ai réussi à ouvrir cette porte. Il y a eu comme un déclic, une dépersonnalisation qui a fait que j'ai été m'installer à cette table, je n'ai rien avalé, je n'ai pas parlé, mon corps était là, moi j'étais partie ailleurs.
D'ailleurs je n'ai aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant ce repas, ni après.
Je ne me souviens que de plus tard, bien plus tard, quand la panique a fait place à la honte, la culpabilité. Et cette fatigue intense, et cette angoisse qui resurgissait: Je ne suis pas guérie.
Cet homme que j'ai choisi et dont je connais si peu de chose, et qui ne connaît rien de moi, vient d'être le témoin sans le savoir de ce qui va empoisonner ma vie, notre vie. J'ai la vague sensation que cette relation va aggraver mes symptômes, par le simple fait qu'avec lui, je renonce à tous mes repères, à justement tout ce que j'ai crée à Toulouse en quelques années: des barrières de sécurité contre mes phobies. Nous allons chacun de nous protéger l'autre en pensant lui rendre service. Lui va me surprotéger, au point que je vais devenir dépendante affective. Moi je vais continuer dans la ligne de conduite qui m'accompagne depuis toujours: le silence. Ne pas dire, ne rien dire, ne pas me dévoiler, jamais.
25 avril 2008
Ricochet 1983


Mes études sont déjà
loin. Je suis toujours avec le même petit copain, celui que
j'ai rencontré lorsque j'avais 17 ans. J'en ai maintenant 23 et quelquefois, lorsque je vois dans la rue de jeunes femmes avec
des landaus, je me prends à rêver qu'un jour, je serrerai
un bébé dans mes bras. Et puis je chasse vite cette
idée. Dans un an ou 5 ans, je serai où? Je ferai quoi?
J'ai l'impression étrange que je suis en transit. Que bientôt
ma vie va changer.
Depuis que j'ai arrêté mes études, je n'ai pas vécu d'anxiété importante. Petit à petit, la peur de rechuter s'est estompée. J'en viens à penser que je suis guérie.
Fin 83, Je trouve un boulot, stable cette fois.
Et puis, la rencontre a lieu.
Le coup de foudre, vous connaissez? Lorsque les regards se croisent et qu'instinctivement, on sait. Que c'est lui et personne d'autre.
Il y a comme une onde électrique qui vous traverse le corps, juste au moment ou la rencontre a lieu.
Ce n'est qu'après, lorsque vous détournez le regard que le manque est déjà là.
J'avais un petit ami, qui m'aimait et que j'aimais, un avenir tout tracé et en l'espace d'un instant, tout a explosé.
Il m'a avoué bien plus tard qu'il avait ressenti la même chose.
L'année 1983 se termine sur cette rencontre, qui restera platonique encore quelques mois.
24 avril 2008
Enfin le soleil
On l'attendait comme le Messi. Il est arrivé ce matin
Avec la ferme intention de prendre ses quartiers d'été
Et moi j'ai bien la prétention, de le garder prisonnier,
Puisqu'il distribue dans le jardin, des bouquets colorés
23 avril 2008
Autoportrait
Je m'appelle Cassymary. Je mesure 1m 52 et demi et je pèse 48 kg et de grosses poussières.
J'ai les cheveux noirs, rarement coiffés. J'ai depuis longtemps abandonner l'idée de les discipliner.
Je chausse du 35 et demi. J'ai une jambe plus courte que l'autre de 1cm, la vésicule biscornue et l'utérus bicorne.
J'ai les hanches étroites et la taille d'un garçon. Mes seins ont la forme de pommes.
J'ai les yeux marrons ou verts, ça dépend de la couleur du ciel.
Mon nez est en trompette et mes dents du bonheur.
Une bouche charnue, une langue râpeuse comme celle d'un chat.
J'ai un petit ventre rond, juste sous le nombril, là où 3 enfants ont fait leur nid.
Les jambes sont fines et les genoux barrés de cicatrices.
Il me manque les dents de sagesse, ainsi que l'appendicite et les amygdales.
Mes épaules sont rondes et mes bras trop courts pour toucher la pointe de mes pieds sans plier les genoux.
La nuit pour m'endormir, je tète ma langue et entortille une mèche de mes cheveux.
J'ai longtemps zozoter, puis j'ai décidé de corriger ce défaut qui entraînait les moqueries de mes camarades de classe. Aujourd'hui mes « S » ne ressemblent plus à des « Z », même si ils n'ont pas toujours la fermeté d'un double « S »
Je me ronge les ongles et me mords la lèvre inférieure quand je suis concentrée.
Je suis à la fois un volcan et une eau dormante, alternant les deux avec plus ou moins de bonheur.
Il m'arrive de me lancer à corps perdu dans des causes parfois perdues d'avance. J'y laisse souvent des plumes.
Il m'arrive de m'enfermer dans le silence, des heures, des jours durant.
J'ai un gros ballon d'émotion qui n'habite, gonflé à bloc. Tour à tour, je le laisse s'envoler ou se dégonfler pour n'être plus qu'un bout de caoutchouc insignifiant.
L'entre deux, je ne sais pas faire.
A faire le yoyo, je m'y perds un peu. Et je m'enfonce dans des tunnels dont j'ai du mal à ressortir.
J'ai poussé comme une herbe folle. L'enfant sauvage de l'Aveyron, ben c'est moi. En tout cas ça pourrait l'être, j'ai même rêvé, enfant, que je l'étais.
D'ailleurs je suis Aveyronnaise. Mon pays c'est le causse, il me ressemble. Il est aride, venteux et rocailleux. Il est sauvage aussi et résistant.
Moi j'ai poussé en silence le jour, dans un coin, puis je me suis vite évadée, dans le causse, au milieu des rochers.
Je sens encore le goût du vent dans mes cheveux, lorsque je me tenais là-haut, près de la croix, et ce sentiment de liberté, et d'osmose avec la nature environnante.
Oui, le vent à une odeur, le vent à une saveur, et elles sont restées imprégnées partout sur moi.
Moi, j'ai aussi poussé en silence la nuit, au fond de mon lit, d'où je me suis évadée dans des rêves éveillés.
J'explorais ma vie de l'intérieur et je choisissais mon décor extérieur. Mon coeur restait accroché à un bout de rocher.
Je m'appelle Cassy et j'écris.
J'ai 3 beaux enfants, un chien, un ami lointain et un piano.
Ah! Aussi! Je suis phobique sociale, mais ça, c'est un détail.
(Consigne 17 de Kaléïdoplumes )


















